Le Québec commémore le cinquième anniversaire de la tuerie à la Grande Mosquée de Québec qui a eu lieu le 29 janvier 2017. Cette tuerie a laissé 6 pères de famille tués, 6 veuves, 17 orphelins et 1 père de famille tétraplégique. Plusieurs personnes qui étaient à la mosquée au moment de la tuerie seront traumatisées pour la vie.

Publié le 22 janvier
Hassan Guillet
Hassan Guillet Imam, ingénieur et avocat à la retraite, membre de la Table interreligieuse de concertation du Québec

Des activités de commémoration auront lieu dans plusieurs villes d’un océan à l’autre du Canada. Nous allons rendre hommage à Boubakr, Khaled, Abdelkrim, Izziddine, Mamadou et Ibrahima qui ont perdu la vie dans la fusillade de la mosquée. Nous montrerons aussi notre solidarité avec Ayman Derbaly, que la fusillade a rendu paraplégique.

Malheureusement, toutes ces activités de commémoration ne pourront pas ramener à une veuve son mari ou à un orphelin son père ou à Ayman Derbaly la qualité de vie qu’il avait avant la tragédie. Malheureusement, les vies des Ayman et des 6 veuves et 17 orphelins sont changées à jamais.

Il y a cinq ans, le 3 février 2017, lors de mon hommage aux victimes du massacre, j’ai lancé un appel sincère demandant que l’après-29 janvier 2017 soit différent d’avant le 29 janvier 2017. J’ai également fait appel à nos dirigeants et à toute la société afin de prendre les mesures nécessaires pour que ces victimes soient les dernières victimes des actes de haine et de la propagande haineuse.

Malheureusement, il y a eu un autre meurtre à Toronto et quatre autres à London, en Ontario. Les trois tueurs ne connaissaient pas leurs victimes, ils les ont choisies au hasard pour une et une seule raison : « ce sont des musulmans ».

À la suite de chacun de ces attentats sanglants, il y a eu des condamnations et de nombreux discours de sympathie et de solidarité avec les victimes.

Le 23 mars 2017, la Chambre des communes a adopté la motion 103 condamnant l’islamophobie et « toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémique ». Il a également recommandé qu’un comité entreprenne une étude sur la façon dont le gouvernement pourrait éliminer ce problème et recueillir des données sur les crimes haineux.

Le 28 janvier 2021, le gouvernement fédéral a annoncé son intention de faire du 29 janvier une Journée nationale de commémoration de l’attentat de la mosquée de Québec et d’action contre l’islamophobie, afin d’honorer les victimes et d’exprimer sa solidarité avec les survivants de cette tragédie.

Le 22 juillet 2021, un Sommet national canadien a eu lieu pour combattre l’islamophobie. Ce sont des pas dans la bonne direction. Malheureusement, nous avons entendu des condamnations et assisté à des commémorations, mais nous n’avons vu aucune action réelle pour protéger la société de l’islamophobie.

Il est maintenant temps d’agir !

L’islamophobie existe et tue des gens. Elle menace non seulement les musulmans, mais aussi toute notre société.

De la même manière que le slogan « Black Lives Matter » a été répété après le meurtre de George Floyd, et que « All Children Matter » a été répété après la découverte des restes des enfants des Premières Nations, il est temps de déclarer le slogan : « Les vies des musulmans comptent ».

Les victimes des tueries de Québec et de Londres étaient des universitaires et des professionnels qui ont apporté une contribution très positive à la société canadienne. Ils ont choisi cette société et cette société les a accueillis et ils l’ont servie avec dévouement et loyauté. Par conséquent, nous pouvons affirmer que le plus grand perdant, après les familles des victimes, n’a pas été leurs pays d’origine, mais plutôt la société canadienne.

La lutte contre l’islamophobie relève de la responsabilité des gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux, des médias, des établissements universitaires, du secteur privé ainsi que de la responsabilité de chacun d’entre nous.

Il est temps d’adopter des lois et des règlements pour définir et interdire l’islamophobie comme toutes les autres formes de discrimination et d’actes de haine, et de réglementer les médias sociaux pour arrêter la propagation de la culture de la haine.

De plus, selon des informations alarmantes, des individus et des groupes suprématistes auraient réussi à s’infiltrer dans les rangs des forces armées et de certaines forces de police. Il est important que ces forces restent neutres pour mieux servir et protéger tous les Canadiens, peu importe leur religion ou leur origine ethnique.

Notre plus grand ennemi est l’ignorance. Nous vivons l’un à côté de l’autre sans s’ouvrir les uns aux autres. Nous devons mieux nous connaître mutuellement.

Il est temps de revoir nos programmes scolaires et universitaires pour apprendre à nos étudiants que leur collègue musulman est un concitoyen et un partenaire et non un ennemi ou une menace.

Après tout, et probablement avant tout, il est de la responsabilité de chacun de faire partie de la solution et de ne pas contribuer à aggraver le problème.

Nous sommes tenus de condamner les actes d’injustice, de discrimination et de haine, quelle que soit l’origine des auteurs ou des victimes. C’est la meilleure façon de commémorer et d’honorer nos victimes et d’assurer un avenir meilleur à nos enfants.

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