Depuis quelques années, les écoles publiques et privées ont misé gros sur les nouvelles technologies : tablette électronique, téléphone intelligent, ordinateur portable… certaines commencent même à parler d’intégrer la réalité virtuelle dans leurs classes. Force est de constater que notre système d’éducation tend de plus en plus à se virtualiser. Avant la pandémie, bien malin celui qui aurait pu prédire jusqu’où allait s’arrêter notre technophilie, alors que chaque innovation technologique fut embrassée par les décideurs en éducation.

Publié le 17 janvier
David Santarossa
David Santarossa Titulaire de maîtrises en enseignement et en philosophie et enseignant au secondaire

Cette approche technophile a cependant heurté un mur au mois de mars 2020 avec l’arrivée du virus qui se passe de présentation. Aujourd’hui, plus personne ne remet en question l’échec de l’enseignement virtuel, même s’il est vrai que l’enseignement à distance vaut mieux que pas d’enseignement du tout.

La pandémie aura donc eu ceci de salutaire en éducation : nous aurons compris qu’innovation ne rime pas toujours avec amélioration.

Nous devrions prendre prétexte de ce constat de l’échec de l’enseignement en ligne pour réviser notre jugement par rapport à l’usage des outils technologiques en classe. Certes, l’enseignement en ligne et l’enseignement en classe à l’aide d’outils technologiques sont considérablement différents, mais soyons sérieux, pensons-nous vraiment que les effets désastreux du premier ne correspondent d’aucune façon avec les effets du second ?

À peine quelques années après la mise en marché de ces nouveaux écrans, ces derniers faisaient massivement leur entrée dans nos écoles et dans les chambres de nos adolescents et de nos adolescentes. A-t-on évalué l’effet de ces outils technologiques, ou bien avons-nous tout simplement été séduits par les multiples fonctionnalités qu’ils offrent ? Les études ne s’entendent pas toutes, mais elles tendent à montrer que les écrans en classe présentent, au mieux, peu d’avantages sur le plan de l’apprentissage ou, au pire, un effet net négatif. Voilà donc une technologie très coûteuse, qui est à remplacer chaque plan quinquennal et qui produit peu d’effets. On trouverait sans doute une meilleure utilité à tous ces milliards dépensés.

En plus de ces effets négatifs d’un point de vue didactique, d’autres enjeux culturels et sociaux sont à souligner. Cyberintimidation, cyberdépendance, déficit de transmission culturelle, distraction, plagiat, problèmes d’estime de soi : les nouveaux écrans ont joué le rôle de catalyseur pour tous ces problèmes qui touchent nos élèves, sans pour autant qu’on déploie de dispositifs pour les pallier.

Trop longtemps, le fardeau de la preuve a été du côté de ceux qui critiquaient les nouvelles technologies et, malheureusement, de peur de passer pour un dinosaure, un réactionnaire ou un technophobe, ils étaient nombreux à se taire. Pourtant, de bonnes raisons nous poussent aujourd’hui à tourner le dos, du moins en partie, à ces nouvelles technologies. On comprend donc difficilement comment nous avons pu être si passifs face à l’implantation de ces nouveaux écrans maintenant omniprésents.

Ceux qui lisent cet article estiment-ils que leur éducation fût à ce point déficiente qu’elle ne mérite même pas d’être un tant soit peu défendue aujourd’hui ? Estiment-ils que les modes pédagogiques et la technophilie ambiante sont des arguments suffisants pour mettre au placard leur école, soit celle du papier et du crayon ? Sans pour autant remplacer la technophilie par la technophobie, il est plus que temps que le fardeau de la preuve en matière d’innovation technologique change de camp.

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