C’était à l’occasion d’un rendez-vous téléphonique avec mon oncologue. Il y a quelques années, j’ai eu une greffe de moelle osseuse pour un cancer. Je suis maintenant en rémission. Extrêmement chanceux, car je suis un citoyen québécois qui a eu droit à des soins hautement spécialisés, et ce, gratuitement.

Publié le 10 janvier
Raymond Lalande
Raymond Lalande Médecin, professeur émérite au département de médecine de famille et de médecine d’urgence, Université de Montréal

Mon médecin m’a annoncé qu’à l’hôpital où j’ai été traité, 75 % des patients hospitalisés pour la COVID-19 sont des non-vaccinés. Plus troublant, sur les 38 lits habituellement disponibles pour des cas similaires au mien, il n’en reste plus que 15, les autres sont occupés par des patients COVID… je le rappelle, majoritairement non vaccinés.

J’ai la chance de vivre dans une société où le filet social procure une qualité de vie et une égalité des soins à tous. Il y a un prix à payer pour cela. Ça s’appelle le vivre-ensemble. Le fameux « tous pour un » qui rend la collectivité responsable de tous et de chacun. Mais à partir de quand la formule se transforme-t-elle pour devenir « chacun pour soi » ?

Après plus de deux ans de pandémie, de morts qui s’accumulent, de restrictions à la vie normale, de discussions et de tergiversations à n’en plus finir, il faudra bien se rendre à l’évidence. Plus rien ne justifie l’attitude permissive vis-à-vis des non-vaccinés.

La route vers la vaccination obligatoire devient une évidence.

À moins que le gouvernement n’espère une accalmie durant les prochains mois ? Il faut rappeler que nous en sommes à la cinquième vague. On a déjà tenu ce discours apaisant après la deuxième, la troisième et la quatrième vague. On croyait Omicron moins dangereux. Mais comme il est plus contagieux, le nombre de cas explose, les hospitalisations atteignent des chiffres astronomiques et c’est tout le système de santé, que dis-je, toute la société qui est au bord de la déroute.

Pour quelles raisons ne pas imposer la vaccination obligatoire ? Certains diront qu’il s’agit d’une question de philosophie politique. La défense de la liberté individuelle à tout prix. On voit où cela nous mène quand la liberté collective, elle, est menacée par une minorité.

Ne serait-il pas plus juste de parler de raisons politiques tout court ? Il y aura bientôt des élections au Québec. Quel est le pouvoir de nuisance électoral d’une frange de 10 % de la population qui non seulement votera, mais s’agitera, peut-être violemment, pour occuper tout l’espace médiatique suivant une telle mesure ?

À coup sûr, ces questions animent certaines personnes dans l’entourage de nos politiciens. Le calcul politique alimente les tergiversations. Et les décisions cruciales se font attendre.

Nous avons une tradition de tolérance au Québec. Nous privilégions le consensus. Nous sommes contre les mesures liberticides (les plus âgés se rappelleront la conscription). Nous n’aimons pas la dissension. Mais nous faisons face à une menace unique dans notre histoire contemporaine.

Chaque citoyen doit faire son devoir. Ce que la majorité d’entre nous faisons. Tout ce qu’il nous manque, c’est du courage. Du courage politique.

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