Le gouvernement doit cesser immédiatement d’utiliser les problèmes vécus par les parents pour justifier ses stratégies de négociation avec les syndicats représentant le personnel des CPE. Même conscients que la grève générale illimitée représente un casse-tête colossal pour les parents, ceux-ci ne veulent pas d’une loi spéciale qui obligerait les travailleuses et travailleurs en CPE à retourner au travail.

Publié le 3 déc. 2021
Maude Caron, Carolann Claveau, Julie Francœur, Myriam Lapointe-Gagnon et Marie-Michelle Laflamme Parents impliqués dans Ma place au travail*

Les désagréments qu’engendre ce débrayage pour les familles ne justifient pas l’imposition d’une mesure qui brime le droit de revendiquer l’amélioration des conditions de travail et la valorisation du réseau public de services de garde à la petite enfance. Une loi spéciale qui forcerait le personnel à retourner au travail pourrait exacerber le conflit. Qu’arrivera-t-il si les travailleuses et les travailleurs se découragent au point de quitter le réseau qu’ils s’évertuent à protéger ? La fin des négociations ne signerait alors pas la fin des problèmes de conciliation travail-famille vécus par les parents.

Nous estimons que l’amélioration de leurs conditions de travail représente en fait une solution à la pénurie de places abordables et de qualité en services de garde éducatifs à l’enfance.

Depuis de nombreuses années déjà, les ruptures de services se multiplient en raison de l’exode du personnel des CPE. La qualité des services se détériore avec chaque départ. À cela s’ajoute l’angoisse qu’éprouvent des milliers de parents en attente d’une place, ou le désespoir qui habite ceux et celles contraints à sacrifier leur carrière, leurs études ou leur santé mentale en réponse à cette crise.

Ce sont surtout nos enfants qui en paient le prix. Ceux à besoins particuliers qui ne reçoivent pas les services spécialisés dont ils ont besoin. Ceux qui doivent composer avec des changements abrupts et continuels qui fragilisent leur intégration dans un milieu de garde dûs aux départs d’éducatrices. Ceux qui n’ont qu’un temps limité pour interagir avec ces dernières, épuisées par la surcharge de travail. Les travailleuses et travailleurs sont la clé de voûte des CPE et nous réclamons que le gouvernement reconnaisse le rôle essentiel qu’ils jouent dans la vie de nos tout-petits.

Nous nous opposons à ce que le gouvernement justifie ses tactiques de négociation à partir des difficultés à concilier nos responsabilités familiales et professionnelles.

Nous le prions d’adhérer aux changements proposés par celles chargées d’assurer le bien-être, la sécurité et le développement harmonieux de nos tout-petits. Ce faisant, nous lui demandons de leur accorder les ressources nécessaires pour y parvenir. Le gouvernement parlera en notre nom s’il acquiesce à leurs demandes.

Au Québec, nous avons hérité d’un réseau de services éducatifs publics de qualité, fondé sur un modèle de gouvernance par les parents et pour la communauté. Aboutissement de luttes de regroupements féministes et populaires, nos CPE ont permis d’assurer le développement global de nos enfants en plus d’accroître notre richesse économique collective. Grâce à eux, le Québec s’est hissé au sommet du palmarès mondial du taux d’employabilité chez les femmes âgées de 20 à 54 ans.

Nous espérons de tout cœur que le gouvernement répondra aux demandes du personnel en CPE, qui sont également celles des parents qui ont la chance de les fréquenter, mais aussi de ceux qui espèrent un jour que leur enfant s’y épanouisse.

*Ma place au travail est un mouvement né en réponse à la pénurie des places en garderie au Québec et à la défaillance du guichet d’accès unique La Place 0-5

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