Les inondations en Colombie-Britannique nous rappellent une fois de plus à quel point l’est du pays tire avantage de la voie maritime du Saint-Laurent. En raison des changements climatiques, il devient urgent d’optimiser nos corridors logistiques vers l’ouest.

Publié le 2 déc. 2021

Les images en provenance de la Colombie-Britannique la semaine dernière ont ébranlé tout le monde : plusieurs pertes humaines, des vaches laitières tirées en lieu sûr en leur gardant la tête hors de l’eau, la perte de bétail dans la vallée du Fraser et le flux de marchandises gravement compromis sur les rails ou sur les routes.

Plusieurs ont maintenant affirmé que les crues inopinées et les rivières atmosphériques en Colombie-Britannique devenaient de plus en plus probables. Mais les chaînes d’approvisionnement de l’Ouest ont toujours démontré une grande vulnérabilité et cela ne changera pas de sitôt.

Dans l’Est, le public a souvent accordé peu d’importance aux chaînes d’approvisionnement. L’Ontario, le Québec et les provinces de l’Atlantique ont tiré avantage de la Voie maritime du Saint-Laurent. L’accès facile aux marchandises nous fait oublier le génie logistique de la voie maritime. Des aliments en provenance de l’Europe, du Moyen-Orient et d’ailleurs arrivent par bateau en empruntant la Voie maritime depuis des décennies, desservant les provinces fondatrices de notre pays à un prix abordable. Dans une économie mondiale centrée sur l’Europe, il s’avérait logique de s’appuyer sur Halifax et Montréal.

En revanche, dans l’ouest du pays, les affaires avec l’Asie n’ont fait que croître au fil des ans. Le port de Vancouver voit plus de 12 milliards de dollars de biens et de produits agroalimentaires entrer et sortir du pays chaque année. Près de 35 millions de dollars de marchandises transitent par ce vaste complexe portuaire. Le port se situe à proximité d’une région où habite environ la moitié de la planète.

À l’automne, les produits de base cultivés dans les Prairies prennent la direction de l’Asie, voilà pourquoi les inondations ne pouvaient pas survenir à un pire moment pour nos agriculteurs de l’Ouest.

De plus, la faible récolte de 2021 a donné des quantités moindres à vendre, et une grande partie de ces produits se trouve maintenant bloquée dans les trains, quelque part dans les Rocheuses. Espérons que la situation se résorbera rapidement.

PHOTO DARRYL DYCK, LA PRESSE CANADIENNE

Zone inondée à Abbotsford, en Colombie-Britannique

Une « voie maritime » dans l’Ouest

Dans l’Ouest, l’idée de construire l’équivalent d’une voie maritime constitue un enjeu de longue date, depuis la création de notre nation, mais surtout depuis les 20 ou 30 dernières années. Le fait de ne pas construire de nouvelles portes d’entrée et de meilleurs corridors a rendu notre économie agroalimentaire occidentale plus vulnérable, en particulier avec les changements climatiques. En conséquence, avec la mondialisation du commerce, cette vulnérabilité devient désormais plus palpable. Les inondations dans l’Ouest nous rappellent que la moindre catastrophe naturelle peut créer des goulots d’étranglement majeurs à travers la chaîne d’approvisionnement.

Compte tenu de la topographie de la région, il deviendra difficile de développer de nouvelles options et de renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement. Le commerce qui transite par les États-Unis représente évidemment une solution de rechange, mais les conformités et les protocoles bureaucratiques restent toujours compliqués avec nos voisins du Sud.

Essentiellement, nous devons sécuriser les quelques options que nous avons à travers les Rocheuses en direction de Vancouver ou de Prince Rupert, maintenant le troisième port parmi les plus achalandés au Canada, après Vancouver et Montréal.

L’entretien et la sécurisation de ces routes nécessiteront des investissements importants. Malheureusement, cela aurait dû se faire depuis des années.

Au-delà du commerce, la situation de la Colombie-Britannique va générer des problèmes d’accès à la nourriture dans la région. Nous assisterons à des pénuries pour certains aliments, soit parce que la production de produits comme le lait, les œufs et la volaille est gravement entravée depuis un certain temps, soit parce que les produits ne peuvent pas entrer dans la région de Vancouver. Il ne faut pas oublier que la vallée du Fraser constitue la « technopole agroalimentaire » de la province.

PHOTO MINISTÈRE DES TRANSPORTS DE COLOMBIE-BRITANNIQUE/REUTERS

Travaux majeurs près de Lytton, en Colombie-Britannique, pour réparer les dégâts causés par les inondations et glissements de terrain

Pour le reste du Canada, nous nous attendons à des pénuries sporadiques de produits qui seraient venus de Vancouver, mais rien pour rapprocher les marchés canadiens de l’insécurité alimentaire.

Les climatosceptiques soutiendront sans relâche que des évènements météorologiques étranges et extrêmes se produisent depuis des siècles. Avec le dôme de chaleur et les incendies de forêt de l’été dernier et les récentes inondations, les sceptiques ne portent tout simplement pas attention. La véritable épine dorsale de notre système agroalimentaire, c’est notre chaîne logistique d’approvisionnement et nous devons nous en occuper.

Les citoyennes et citoyens ne voient aucun élément de la chaîne d’approvisionnement et ne peuvent interagir avec elle. Ce concept abstrait et invisible pour nous tous fonctionne et continuera toujours de fonctionner. Il faut avoir la foi que tout ira mieux. Pour les gouvernements cependant, la foi ne suffira pas à prendre soin de notre réseau logistique dans l’Ouest.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion