À l’occasion de la Journée mondiale du sida le 1er décembre, on vous pardonnerait de croire que le VIH ne constitue plus une menace pour la santé publique au Canada : nous disposons en effet de nouvelles options de prévention comme la PrEP, une pilule à prendre régulièrement par les personnes séronégatives pour arrêter l’infection ; nous avons aussi entendu la bonne nouvelle concernant les traitements qui sont désormais si efficaces qu’ils peuvent redonner une espérance de vie normale à une personne vivant avec le VIH et éliminer complètement la possibilité de le transmettre sexuellement.

Publié le 1er déc. 2021
Laurie Edmiston
Laurie Edmiston Directrice générale de CATIE, la source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C

Mais les statistiques nous racontent une tout autre histoire. L’Agence de la santé publique du Canada estime en effet qu’entre 2013 et 2018, les infections par le VIH au Canada ont augmenté de 31 %.

Pourquoi ces infections augmentent-elles alors que nous disposons de plus d’options de prévention et que celles-ci sont plus efficaces que jamais ?

Posez cette question au fédéral qui, depuis 2008, n’a pas augmenté le financement pour la lutte contre le VIH et n’a même pas dépensé les fonds qui avaient été alloués à l’initiative fédérale sur le VIH. Simultanément, le gouvernement fédéral a élargi la portée de ce fonds – autrefois consacré exclusivement au VIH – afin de lutter également contre l’hépatite C et d’autres infections transmissibles sexuellement et par voie sanguine – une approche qui pourrait être logique si elle était financée de manière appropriée. Mais dans la pratique, on observe plus d’organismes et plus d’enjeux liés à la santé se disputer une part du même gâteau. Le rayonnement élargi de l’attribution de fonds identiques a entraîné des réductions de financement et des coupes de services pour les programmes communautaires de lutte contre le VIH.

Lorsqu’ils sont adéquatement financés, ces programmes ont pourtant le pouvoir d’enrayer l’épidémie de VIH. Ils permettent de conseiller les personnes qui présentent un risque d’infection, de les informer sur les options de prévention actuelles et de les aider à y accéder. Ces programmes soutiennent les personnes vivant avec le VIH pour qu’elles entament et poursuivent leur traitement, contribuant ainsi à améliorer leur propre santé et celle des communautés conjointes. Certains de ces programmes offrent même un dépistage gratuit du VIH dans la communauté : la première étape pour orienter les personnes séronégatives et séropositives vers les services de prévention ou de traitement dont elles ont besoin.

Les programmes communautaires sont également mieux placés pour impliquer les membres des communautés qui ont été marginalisés par les services de santé traditionnels, y compris les plus touchés par le VIH au Canada : les hommes gais et bisexuels, les femmes trans, les peuples autochtones, les communautés africaines, caraïbéennes et noires, et les personnes qui consomment de la drogue.

Des programmes qui ont fait leurs preuves

C’est un fait : ces programmes fonctionnent lorsque les gouvernements leur allouent des fonds. Alors qu’on observe une augmentation des estimations d’infections par le VIH au Canada au cours des dernières années, c’est la tendance inverse qui se dessine au Royaume-Uni : 50 % de moins chez les hommes hétérosexuels et 22 % de moins chez les femmes (entre 2014 et 2017), et une baisse incroyable de 71 % chez les hommes gais et bisexuels (entre 2012 et 2018). Ces résultats probants ne sont pas le fruit du hasard : ils correspondent à une augmentation des tests de dépistage communautaire du VIH, des programmes de PrEP et à un meilleur accès des personnes atteintes du VIH aux traitements et aux soins.

Ces programmes coûtent-ils cher ? Non, par rapport au coût engendré par un nombre accru d’infections – un coût associé à une vie entière de prise de médicaments au quotidien, à des visites régulières chez le médecin et à une nécessité d’investir en flèche dans de plus en plus de programmes de prévention, de dépistage et de traitement.

Les décideurs politiques ayant une vision à long terme voient le financement du VIH comme un investissement plutôt que comme un coût, et la pandémie de COVID-19 a illustré ce qui se passe lorsque nous n’investissons pas de manière proactive dans notre santé collective.

Aucun parti politique en particulier ne mérite d’être blâmé pour cette approche. C’est la faute des gouvernements successifs qui ont négligé la riposte fédérale face au VIH et ignoré le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes qui avait recommandé une augmentation du financement à 100 millions de dollars par an pour les programmes de lutte contre le VIH. Une goutte d’eau dans l’océan par rapport au coût associé au traitement d’un plus grand nombre de personnes infectées par le VIH.

Les modèles mathématiques montrent qu’en mettant davantage l’accent sur la prévention, le dépistage et le lien avec le traitement et les soins, nous pourrions en fait éliminer le VIH en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030. Le gouvernement du Canada s’est publiquement engagé à atteindre cet objectif en 2016, mais n’a jamais alloué de fonds supplémentaires pour le concrétiser.

Sachant que les Canadiennes et Canadiens ont renvoyé les députés fédéraux à Ottawa cet automne avec le mandat de travailler ensemble pour faire avancer les choses, j’espère que la volonté politique prendra le dessus pour tenir cette promesse et enfin éliminer le VIH en tant que menace pour la santé publique une fois pour toutes.

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