Lettre aux dirigeants du Canada et de ses provinces

Chers dirigeants et chères dirigeantes du Canada et des provinces, nous vous avons vu faire la cour à l’industrie fossile. Nous vous avons entendu rejeter les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui permettraient au Canada et aux provinces de faire leur juste part. Nous avons été témoins de votre satisfaction face aux demi-mesures qui condamnent les jeunes Canadiens et Canadiennes au chaos climatique d’un monde « post-1,5 °C » complètement transformé.

Maintenant, six ans après l’accord de Paris, avec peu de progrès à montrer après tout ce temps écoulé, vous devez savoir une chose : nous savons très bien ce que vous faites. Vous prétendez nous entendre, mais vous ne cessez d’ignorer nos voix et nos demandes.

Donc nous sommes ici, ensemble, pour tirer la sonnette d’alarme. Vous tenez notre avenir en otage.

Dans les situations de prise d’otages, de puissants groupes privent des individus de leurs droits fondamentaux à l’autonomie afin d’atteindre un objectif politique.

Pleinement conscients et conscientes que les plus jeunes d’entre nous ne peuvent pas voter, que beaucoup n’ont pas de représentation directe dans les instances politiques et qu’en tant que classe sociale, nous n’avons pas les ressources nécessaires pour défendre nos intérêts fondamentaux, vous marchandez notre droit à un environnement sûr et sain, et ce, sans notre consentement.

Nous avons tellement à perdre

Sans parler des répercussions de la crise climatique à l’échelle planétaire, le Canada se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et le Nord canadien se réchauffe encore plus vite, soit presque trois fois plus rapidement que le reste du monde.

Les conséquences des changements climatiques sont déjà là, et elles sont graves.

Elles incluent entre autres :

  • Des pénuries de nourriture et d’eau d’ici 2100. Chaque année, les agriculteurs constatent les effets de phénomènes météorologiques plus violents sur leurs exploitations et sur leurs terres. Ces acteurs, de même que les communautés autochtones, sont les premiers témoins de ces changements. Ces deux groupes mettent en garde contre les crises de sécurité et de souveraineté alimentaire à venir ou déjà en cours.
  • La modification du cycle hydrologique d’un océan à l’autre. On prévoit que des communautés qui avaient accès à l’eau seront désormais confrontées à une pénurie de celle-ci. Par exemple, on prévoit qu’un Albertain sur quatre fera face à de l’insécurité liée à l’eau d’ici 2100 en raison de la fonte des glaciers et des répercussions connexes sur l’approvisionnement en eau potable.
  • L’augmentation du niveau de la mer et des inondations. Ce phénomène est déjà en cours et cause des dommages matériels et le déplacement de populations dans tout le pays.
  • Des vagues de chaleur et des incendies de forêt. Cet été, nous avons assisté avec horreur à la destruction d’une collectivité entière, Lytton, en Colombie-Britannique. Au cours de cette même période de 39 jours, 569 Britanno-Colombiens sont morts à cause de la chaleur extrême – une chaleur si inhabituelle qu’elle a été jugée statistiquement impossible sans le dérèglement climatique causé par l’humain. Avec l’augmentation du nombre, de la portée et de l’intensité des incendies de forêt partout au pays, plus de Canadiens que jamais savent et sauront ce que c’est que d’étouffer dans la fumée, de se réveiller sous un ciel rouge et de devoir fuir son domicile.

Nous souffrons de manière inégale

Les jeunes ne sont pas le seul groupe sociodémographique qui subira de manière disproportionnée les conséquences du retard et du déni climatique de nos gouvernements.

En ne prenant pas les mesures nécessaires en matière de climat, vous – nos gouvernements – trahissez les communautés des Premières Nations, Métis et Inuits, à qui vous avez promis la réconciliation. Vous trahissez les personnes défavorisées, qui n’ont pas le luxe de disposer d’un fonds d’adaptation privé. Et vous trahissez toutes les personnes issues de groupes sociodémographiques marginalisés, vivant simultanément de multiples oppressions et rendues vulnérables aux bouleversements personnels, sociaux et économiques auxquels nous sommes confronté.e.s dans un monde où le climat change.

Nos demandes

Vous dites que vous êtes des leaders climatiques. Prouvez-le. Nous demandons :

  • Un virage immédiat pour traiter la crise climatique à la hauteur de l’urgence qu’elle représente, en s’engageant à adopter et à atteindre une cible climatique plus ambitieuse qui reflète la juste part du Canada dans la réduction des émissions de GES à l’échelle mondiale, tout en amorçant une transition juste qui ne laisse aucun travailleur derrière. C’est la seule façon que nous avons, en tant que collectivité, de réduire de moitié les émissions d’ici 2030 et de limiter le réchauffement à 1,5°C.
  • Un changement dans la mentalité actuelle, celle qui minimise les impacts futurs des choix d’aujourd’hui et qui affecte gravement la prise de décision parlementaire. Les générations actuelles ont le devoir de ne pas poursuivre des politiques qui mettent en péril les besoins fondamentaux et la santé des générations futures (par exemple l’air pur, les terres arables et la stabilité du climat). Ce principe est également connu sous le concept des sept prochaines générations, attribué à la Nation haudenosaunee (Iroquois et Iroquoises).
  • Une priorisation immédiate des droits des peuples autochtones. Cela comprend notamment le respect de l’engagement du Canada à l’égard de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, l’établissement des relations de nation à nation avec les communautés autochtones et le transfert des droits fonciers et de la gouvernance à ces communautés.
  • Des fonds additionnels pour l’adaptation, le développement, et les pertes et préjudices pour les pays en développement. C’est le seul moyen d’assurer une justice climatique à l’échelle mondiale.
  • L’arrêt immédiat des subventions et du financement des énergies fossiles au niveau national, la fin des projets pétroliers et gaziers ainsi qu’un plan de transition juste pour les travailleurs et travailleuses. La grande majorité des réserves mondiales de pétrole doit être maintenue dans le sol si nous voulons avoir le moindre espoir de prévenir les effets les plus dangereux de la crise climatique. Les compensations carbone et les technologies non éprouvées comme la capture et le stockage de carbone ne remplacent pas l’élimination complète de l’exploitation des énergies fossiles.
  • Une transparence totale dans la déclaration et la comptabilisation des émissions, et l’obligation pour les entreprises de déclarer leurs émissions conformément à des normes strictes. Les objectifs de zéro émission nette ne doivent pas se substituer à un plan d’action concret menant véritablement à zéro émission, et la transparence est nécessaire pour tenir les pollueurs responsables et garantir la protection des droits de la personne.
  • L’inclusion des jeunes dans les processus de prise de décision.

À toute la jeunesse

Il n’est pas nécessaire de se rendre à la COP26 pour avoir un impact. Les actions que nous menons au-delà des COP sont bien plus importantes. Voici comment vous pouvez contribuer au mouvement :

  • Écrivez à vos élus et élues à tous les ordres de gouvernement (municipal, provincial et fédéral) et demandez de les rencontrer pour leur faire part de vos préoccupations. Nous croyons en vous. Votre voix compte.
  • Si vous êtes admissible, votez dès que vous en avez l’occasion, lisez les programmes politiques et choisissez la justice climatique.
  • Soutenez les Premières Nations et les Inuits qui défendent leurs terres ainsi que les communautés les plus vulnérables.
  • Renseignez-vous sur les impacts de la crise climatique sur votre communauté et discutez-en avec votre entourage.

Nos vies et notre futur collectif dépendent des actions que nous prenons aujourd’hui.

Consultez la carte de CarbonBrief sur les phénomènes météorologiques extrêmes (en anglais)
Consultez l’Atlas climatique du Canada
Lisez le résumé pour les décideurs du rapport du GIEC (en anglais)

* Cosignataires : Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) ; Maheep Sandhu, Projet de la réalité climatique Canada ; Aliya Hirji, Grève pour le climat Canada, Ontario ; Stuart Oke, président du comité consultatif jeunesse de l’Union nationale des fermiers, Ontario ; Jessie MacInnis, vice-présidente du comité consultatif jeunesse de l’Union nationale des fermiers Nouvelle-Écosse ; Sadie Vipond, LaRose c. La Reine, Alberta ; Andréanne Brazeau, Québec ; Émile Boisseau-Bouvier, Québec ; Léa Ilardo, Québec Xavier Courcy-Rioux, Québec ; Élisabeth Sanscartier, Association des étudiants et étudiantes du Collège Gérald-Godin ; Julie-Christine Denoncourt, Québec ; Alexis McGivern, Ontario ; Kennedy Tuccaro, Colombie-Britannique ; Marissa Ng, Colombie-Britannique ; Laura Chen, Colombie-Britannique ; Lea Anderson, Colombie-Britannique ; Alexandra Wenzel, Colombie-Britannique ; Ashoke Mohanraj, Ontario ; Thule van den Dam, Colombie-Britannique ; Tyjana Connolly, Alberta/Saskatchewan ; Clément Badra, Québec ; Sophia Mathur, Ontario ; Raphaël Savaria, Québec ; Alexis Ortolano, Québec ; Tristan Poulin, Québec ; Marouane Joundi, Québec ; Lylou Sehili, Québec ; Katarina Scutari, Québec ; Jérémie Lamarche, Québec ; Alyssa Scanga, Ontario ; Anne Hamon Martínez, Québec ; Alexandra Nadeau, Québec ; Valentine Machut, Québec ; Oswaldo Andrés Paz Flores, Québec

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