« Je ne dirai jamais que Montréal est dangereuse », a affirmé dimanche dernier la mairesse sortante Valérie Plante sur le plateau de Tout le monde en parle. La vive discussion entamée avec son opposant Denis Coderre concernait particulièrement la recrudescence de la violence armée dans la métropole québécoise.

Liv Cerba
Liv Cerba Étudiante à la maîtrise en affaires publiques et internationales à l’Université de Montréal

Certes, Montréal n’est pas dangereux, mais des enjeux sécuritaires subsistent et continuent d’être ignorés : il est particulièrement décevant de constater qu’une grille de lecture féministe n’est toujours pas à l’ordre du jour municipal. Les organismes communautaires et les militants montréalais ne manquent pas de solutions ; il faudrait maintenant les écouter, les amplifier et bonifier leurs initiatives.

Montréal a été pionnier par le passé dans ses initiatives pour rendre l’espace public accueillant et sûr pour les femmes.

Il y a notamment eu le service entre deux arrêts développé par la STM en 1992, permettant de réduire le temps de trajet des femmes une fois la nuit tombée, ou encore les marches exploratoires, dont l’objectif est de discerner les obstacles au sentiment de sécurité et d’y remédier.

Ces succès sont en grande majorité attribuables aux organismes communautaires et issus de la société civile ayant œuvré activement à réfléchir et à transformer le paysage urbain de Montréal pour le mieux.

Pourquoi s’arrêter là ?

Ces initiatives ont été les précurseures de réflexions de fond menées sur la sécurité et le sentiment de sécurité par l’aménagement de l’espace public. Contrairement à la page du SPVM « Femmes avisées, sécurité avisée » qui suggère que la sécurité des femmes dans la rue dépend d’elles-mêmes et de leurs stratégies individuelles, l’enjeu soulevé nous concerne tous et toutes. Que ce soit par le manque de volonté politique ou par le fait tout simplement de mettre ces questions sous le tapis, voici ce qu’on en comprend : ces problèmes sont les nôtres, en tant qu’individus, pas ceux de la société.

Montréal est une ville où parviennent à coexister en harmonie une multitude de communautés. Or, elle ne vivra pas à son plein potentiel tant que certaines de ses usagères ressentiront encore de l’exclusion ou de l'insécurité.

Les projets présentés par les partis politiques municipaux sont ambitieux, mais manquent de profondeur sociale, et ne prennent pas le problème à la racine.

Pourtant, les idées ne manquent pas.

Les initiatives préalablement développées à Montréal et à Québec par les organismes communautaires (les marches exploratoires, le service entre deux arrêts) ont permis de lancer le débat sur les principales fondations d’un aménagement urbain sécuritaire. Le conseil des Montréalaises, notamment, a émis de nombreuses recommandations à la Ville de Montréal, par exemple « l’aménagement de lieux sans cachettes ; près des transports collectifs ; avec un éclairage suffisant et la possibilité de demander du secours ». Nous pourrions penser aussi à développer des réseaux de solidarité plus denses, en y impliquant les divers acteurs de l’espace public tels que les commerçants ayant pignon sur rue. Il s’agirait en fait d’accroître les mesures compensatoires en attendant qu’un réel changement de fond se fasse.

L’éducation reste un des meilleurs moyens de changer les choses. Des projets ambitieux en la matière sont développés et portés par des organismes communautaires : on peut penser au Y des femmes de Montréal, qui élabore des activités destinées aux jeunes dans les écoles, pour les sensibiliser à l’égalité des genres ou à l’exploitation sexuelle.

La Ville de Montréal devrait donner une visibilité et une capacité d’action plus étendue à ces organisations de citoyens et de citoyennes qui contribuent chaque jour à l’avancée de l’égalité femmes-hommes. Les projets annoncés par les différents candidats et candidates sont insuffisants ; alors il faut pousser encore plus loin, et reconnaître que l’insécurité des femmes et le danger auxquels elles font face sont un problème profond, qu’il est impossible de le résoudre à nos échelles individuelles. Il ne s’agit pas de supplanter les organismes qui font déjà un travail énorme sur la question, mais de leur donner les moyens de changer la donne, collectivement. Ultimement, il s’agit d’envoyer un message clair à la moitié de la population : vos préoccupations sont entendues et légitimes, et méritent d’être partie intégrante des priorités politiques municipales ces prochaines années.

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