Définition d’ethnocide : destruction de l’identité culturelle d’un groupe ethnique.

Publié le 1er nov. 2021
Jérôme Bacon St-Onge, Éric Kanapé et Marie-Hélène Rousseau Respectivement vice-chef, conseiller et conseillère au secteur Territoire et Ressources, Conseil des Innus de Pessamit

Le caribou est une espèce sacrée pour les Innus et bien d’autres Premières Nations. C’est cette espèce qui nous a maintenus en vie sur notre territoire pendant des millénaires. Le déclin du caribou forestier a des conséquences considérables sur notre culture et notre identité. Pour protéger l’espèce et favoriser son rétablissement, la Première Nation des Innus de Pessamit a investi des efforts substantiels, faisant notamment le sacrifice de ne plus prélever l’espèce au risque d’y perdre d’importants éléments de nos connaissances, de notre savoir-faire, de notre langue et de notre spiritualité associés à l’espèce.

Or, bien que le caribou forestier figure au registre québécois des espèces menacées depuis 2005, aucune mesure efficace n’a été appliquée à ce jour par le gouvernement.

Est-ce par manque de connaissance sur l’espèce ou sur les mesures d’intervention nécessaires pour son rétablissement ? Absolument pas. C’est toutefois ce que plaide le gouvernement de la CAQ pour gagner du temps. Rappelons que le gouvernement avait lancé en décembre 2019 la commande d’une méta-analyse sur l’espèce qui avait alors été largement critiquée par les scientifiques qui estiment que les connaissances sont déjà amplement suffisantes pour agir. Nous apprenons maintenant que le gouvernement repousserait le dépôt de sa Stratégie à 2024, laquelle devait initialement être rendue publique en 2019, puis en 2021.

Pour le gouvernement, agir maintenant aurait pour effet d’impacter la possibilité de coupe forestière, ce à quoi s’oppose farouchement l’industrie forestière.

Ainsi, la stratégie du gouvernement est simple : gagner du temps en reportant sans cesse le dépôt de son plan de protection de façon à ce que le déclin de l’espèce se poursuive. Ne reste plus ensuite qu’à mettre en enclos les quelques individus restants. Cette stratégie a très bien fonctionné avec les populations de Val-d’Or, de Charlevoix et de la Gaspésie.

La prochaine victime est la population de caribous du Pipmuacan au nord de Forestville qui gêne particulièrement les sociétés forestières. Déjà, la survie des faons y est insuffisante pour assurer la persistance de cette population.

La disparition de cette population occasionnerait un recul considérable de l’aire de répartition continue de l’espèce au Québec, laissant le champ libre pour y extraire un maximum de bois.

Depuis la mise en place du tout premier forum de discussion sur la Stratégie gouvernementale pour les caribous, nous avons été présents. De la Table des partenaires aux Groupes opérationnels régionaux, puis à travers tous les canaux de communication possibles, nous nous sommes investis corps et âme afin de soulever nos préoccupations et d’apporter des solutions concrètes, rigoureuses et réalistes au gouvernement, tel que notre projet d’aire protégée Pipmuakan, sans jamais toutefois recevoir l’écoute adéquate.

À ce jour, le gouvernement n’a démontré aucune volonté réelle de protéger ni le caribou ni notre culture. Par son inaction, le gouvernement porte atteinte directement à nos droits ancestraux ainsi qu’à notre identité culturelle. Une telle destruction de l’identité culturelle d’un groupe ethnique se traduit par ethnocide, ou encore « génocide culturel ».

Le premier ministre Legault accepterait-il que le Canada mette en danger la culture québécoise pour satisfaire le reste du Canada à des fins économiques ? Alors pourquoi serait-ce acceptable pour notre peuple que notre identité culturelle soit mise en danger de disparaître ? Nous ne resterons pas passifs face au déclin du caribou forestier. Nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle pour notre survie culturelle.

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