Plus de 55 % de la population mondiale vit aujourd’hui en milieu urbain ; au Canada, on parle de 80 %. Le Québec ne fait pas exception à ce phénomène de concentration de la population dans les villes, petites et grandes. Ici, nos villes se sont développées dans un contexte où l’énergie, la matière et les terres nécessaires à leur croissance étaient abondantes, peu dispendieuses et où les enjeux environnementaux étaient généralement locaux et visibles : pollution de l’air, de l’eau, disparition des espaces verts, etc.

Publié le 1er nov. 2021
Claude Codjia et Éric Pineault Respectivement directeur et président du comité scientifique, Institut des sciences de l’environnement (ISE), UQAM*

Tout au long du XXsiècle, et jusqu’à aujourd’hui, la croissance de nos villes ne semblait rencontrer aucune limite. Nous avons donc hérité de villes énergivores, étalées, gourmandes en milieux agricoles et naturels. Des villes prisonnières de circuits économiques allongés et fragiles, avec des systèmes de transport inefficaces, des bâtiments peu adaptés aux changements climatiques, sous la menace de l’élévation du niveau de la mer et des libertés que prennent les grands cours d’eau dans un climat changeant. C’est pour contribuer à l’étude et à la résolution de ces défis que s’est constitué à l’UQAM un pôle de recherche interdisciplinaire sur la ville résiliente qui regroupe 40 chercheuses et chercheurs.

La ville a de multiples facettes. C’est un milieu d’épanouissement, de concentration des populations, de la richesse et du pouvoir, de mélange et de foisonnement des cultures, de création et d’innovation. Les villes ont été le berceau de la démocratie, des arts, des marchés et des premières universités. Or, sur le plan écologique, la ville n’existe actuellement que par sa capacité d’extraction massive des flux de ressources de son environnement : nourriture pour ses habitants, énergie pour les infrastructures et véhicules, bâtiments et résidences, eaux purifiées et usées, matières premières pour les industries et chantiers, concentration de déchets et résidus à ultimement dissiper. Les villes, foyer d’accumulation de capital, sont aussi un lieu de dépossession et d’inégalités. Aujourd’hui, les multiples interactions entre le milieu urbain et son environnement se sont globalisées et exercent d’immenses pressions socioécologiques qui les rendent peu résilientes comme milieu de vie.

Ainsi, les villes sont non seulement le lieu où vivent la majorité des Québécois, mais également là où se concentrent nos plus importants défis socioécologiques : lutter contre les changements climatiques et atteindre la carboneutralité, préserver la biodiversité, mais également lutter contre l’exclusion et la pauvreté.

Ce sont ces villes que nous devons transformer en milieux résilients, capables à la fois de s’adapter à l’existence de limites écologiques et d’entreprendre ces changements dans une perspective de justice sociale et d’extension de la démocratie. C’est-à-dire une transition qui ne se fait pas sur le dos des plus vulnérables. La recherche le démontre, l’égalité sociale est porteuse de résilience.

Cette transformation est déjà en cours. De multiples acteurs sur le terrain innovent pour développer une ville résiliente, juste et capable de respecter les limites écologiques. C’est pour contribuer à cet effort que l’UQAM a regroupé de nombreuses expertises au sein du Pôle sur la ville résiliente. Il sera un lieu pour approfondir la recherche sur des enjeux tels que la ville nourricière, l’équité, l’identité et l’appartenance, la démocratie dans la transition écologique, des villes qui travaillent avec les forêts, les eaux et les sols pour développer des infrastructures naturelles, la mobilité, le bâtiment, la contribution de l’agriculture urbaine et du patrimoine à la résilience.

Ancré dans la vie des villes, le Pôle sur la ville résiliente de l’UQAM a été constitué pour coconstruire des savoirs et des outils avec les acteurs urbains, les citoyens, les OBNL, les élus, les administrations et les acteurs économiques. Cette mission est conforme à l’esprit d’engagement et d’action de proximité qui a toujours animé l’UQAM comme université urbaine et progressiste. Alors que les enjeux environnementaux marquent les élections dans plusieurs municipalités, il est plus important que jamais que les universités et leurs partenaires de tous horizons se mobilisent pour bâtir la ville résiliente. Nous interpellons les futurs élus, autant que les candidats actuels, à se faire les promoteurs et les porte-parole de projets innovateurs qui sont à la hauteur des transformations qu’exige ce virage de la ville vers la résilience. Les chercheurs du pôle sont aux premières loges pour accompagner ce changement.

*Claude Codjia est professeur au département de géographie de l’UQAM ; Éric Pineault est professeur au département de sociologie de l’UQAM. Consultez la liste complète des signataires : https://villeresiliente.uqam.ca/signataires-de-la-lettre/

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