La Journée mondiale de l’habitat des Nations unies (ONU) est célébrée chaque année le premier lundi d’octobre, pour réfléchir au droit des personnes à un logement suffisant. Les reculs constatés au Québec en la matière doivent nous interpeller.

Véronique Laflamme
Véronique Laflamme Porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)

Dans les derniers mois, les crises du logement ont largement été incarnées par les témoignages de locataires incapables de se reloger à un prix respectant leur capacité de payer.

La majorité des villes du Québec sont aux prises avec une sévère pénurie de logements locatifs dont les effets s’ajoutent à ceux de la spéculation immobilière, qui mène à des rénovictions et d’autres évictions frauduleuses dans plusieurs secteurs.

Les plus récentes données publiées par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) ont confirmé ce que les comités logement constatent sur le terrain : les logements disponibles sont rares et ne sont pas à la portée de la majorité des locataires, leur revenu étant inférieur à 37 400 $ par an*. Dans ce contexte, l’insécurité résidentielle et les pratiques discriminatoires deviennent monnaie courante. Le tissu social de quartiers populaires se retrouve menacé, fragilisant d’autant plus les locataires déjà en situation de précarité.

S’il s’est construit beaucoup de logements ces dernières années, ceux-ci s’avèrent hors de prix, ne répondant pas aux besoins de la majorité des locataires.

Pour preuve, au lendemain du 1er juillet cette année, au moins 500 ménages locataires qui étaient accompagnés par un service d’aide au Québec se sont retrouvés sans logement. Jamais, sauf en 2002 et en 2003, le FRAPRU n’avait recensé un nombre aussi important de sans-logis après la journée des déménagements. Cette année, à la veille du 1er septembre, 300 ménages étaient toujours dans cette situation : du jamais vu. Malgré les appels répétés, le logement social, le seul dont on a la certitude qu’il sera abordable de façon pérenne, continue de se réaliser au compte-gouttes.

Pourtant, environ 38 000 ménages attendent une habitation à loyer modique, souvent depuis plusieurs années. À ce nombre s’ajoutent tous ceux qui espèrent obtenir un logement sans but lucratif ou coopératif pour avoir une sécurité d’occupation et un contrôle sur leurs conditions de vie. Depuis l’élection de la Coalition avenir Québec, à peine 3750 ont été bâtis, malgré la promesse d’en livrer 14 000. Les locataires qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, voire à se loger, n’ont que peu ou pas de solutions de rechange.

Malgré des chiffres et des témoignages éloquents, le gouvernement Legault s’obstine à nier les crises du logement vécues par des centaines de milliers de locataires. La légèreté avec laquelle la ministre responsable de l’Habitation répond aux questions sur le sujet, notamment celles posées à l’Assemblée nationale, laisse craindre que ces crises ne soient balayées sous le tapis, maintenant que le 1er juillet est passé.

Or, rien ne peut justifier un discours banalisant le fait que de plus en plus de ménages doivent être hébergés par des proches, vivre la violence d’être expulsés de leur milieu de vie, accepter de signer des baux dans des logements trop chers, trop petits ou insalubres, au détriment de leur santé physique et mentale.

Sans des actions gouvernementales supplémentaires ambitieuses, on peut sérieusement craindre que la situation n’aille de mal en pis. Dans plusieurs villes, des signaux – comme la recherche difficile de logement à la rentrée universitaire – laissent croire que la rareté des logements locatifs s’est intensifiée. La hausse rapide du coût des loyers dans les dernières années et les baisses de revenus liées à la pandémie vont assurément provoquer un appauvrissement des ménages locataires qui consacrent déjà une part trop importante de leur revenu pour se loger. Pour rappel, 457 000 ménages consacraient déjà plus que la norme de 30 % de leur revenu pour le logement lors du dernier recensement, il y a cinq ans.

Les changements climatiques menacent également les locataires, comme en ont témoigné les tornades et les inondations à Gatineau. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité d’aléas climatiques – comme les vagues de chaleur – affecte déjà les populations les plus vulnérables. Les mesures qu’ils appellent doivent tenir compte, en amont, de leurs besoins et de leur capacité de payer, si on veut éviter qu’elles ne se traduisent par plus d’exclusion.

Il est évident que les crises du logement vont s’enraciner si des mesures structurantes et ambitieuses ne sont pas mises en œuvre rapidement. Les différents ordres de gouvernement ont tous un rôle à jouer, à commencer par Québec. Le gouvernement québécois est maître d’œuvre de son programme de logement social et communautaire, programme dont le milieu attend depuis des années qu’il soit ajusté et bonifié. C’est aussi de lui que relèvent la protection du parc locatif – dont l’abordabilité s’effrite à vitesse grand V – et celle des locataires, aux prises avec des requins de l’immobilier qui profitent allègrement des failles de la loi.

Les solutions à mettre en œuvre pour débloquer la situation sont connues. D’une part les finances du Québec vont bien. D’autre part, l’État québécois s’est engagé à mettre en œuvre progressivement le droit au logement, au maximum de ses ressources disponibles, en adhérant au Pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels de l’ONU. Il n’a donc aucune raison de ne pas mettre en œuvre des mesures structurantes fortes, notamment en investissant dès maintenant des sommes supplémentaires dans le logement social et communautaire.

* Source : Statistique Canada, recensement de 2016

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