Appel à tous les Québécois à investir dans l’innovation autochtone comme moyen d’aider le Canada à progresser vers la réconciliation

Sara Wolfe et Jocelyn Mackie Respectivement (Anishnawbe) directrice de l’initiative d’innovation autochtone et coprésident-directeur général, Grands Défis Canada

Le 30 septembre est la Journée du chandail orange, une journée consacrée à « commémorer l’expérience des pensionnats, afin de reconnaître et d’honorer le parcours de guérison des survivants et de leurs familles, et s’engager dans le processus continu de la réconciliation ». Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a reconnu cette journée comme un jour férié pour donner aux Canadiens et Canadiennes l’occasion de faire une pause et de réfléchir, de vivre leur deuil et d’aller de l’avant vers la vérité et la réconciliation. Cette reconnaissance est importante et attendue depuis longtemps. Ce n’est pas non plus suffisant. Nous devons aller au-delà des symboles des chandails orange et des journées commémoratives et prendre des mesures concrètes.

Les derniers mois ont été difficiles pour les Québécois, qui se sont retrouvés devant une horrible vérité : le secret hideux du Canada sur l’étendue des traumatismes vécus par les enfants autochtones dans les pensionnats. Plus de 150 000 enfants autochtones ont été forcés de fréquenter ces horribles établissements. Alors que les histoires relatées par tant d’Autochtones et que le travail important de la Commission de vérité et réconciliation n’ont apparemment pas réussi à émouvoir les Québécois, les preuves crues et tangibles des radars à pénétration de sol et les fosses communes ont finalement brisé le silence. Beaucoup se demandent : « Pourquoi ne savais-je pas ? » et « Que puis-je faire ? »

Bien que chacun d’entre nous doive répondre à ces questions par lui-même, nous pouvons offrir quelques-unes de nos propres réflexions, en tant que mères et en tant que leaders d’une plateforme d’innovation canadienne. Pour l’une d’entre nous, l’héritage et le traumatisme des pensionnats sont une réalité vécue depuis la naissance, qui a eu un impact sur moi, ma famille et ma communauté dans tous les aspects de notre vie. Pour l’autre, ce n’est qu’il y a trois ans, lorsque notre équipe a participé à l’exercice des couvertures de Kairos, que l’horreur infligée aux enfants autochtones dans les pensionnats gérés par l’Église et le gouvernement m’a frappée. J’étais enceinte de mon plus jeune enfant à l’époque et l’idée de perdre ne serait-ce qu’un de mes bébés m’a fait tomber à genoux de chagrin, de sorte que la perte de générations d’enfants dépassait littéralement mon imagination.

De nos origines disparates, nous avons toutes deux reconnu la nécessité d’aller au-delà du chagrin et du souvenir pour contribuer au travail critique de guérison et de réconciliation, sans jamais perdre de vue la vérité.

L’une des façons dont nous démontrons notre engagement envers l’action et le changement est notre travail dans le cadre de l’Initiative d’innovation autochtone, hébergée par Grands Défis Canada. Nous soutenons l’innovation ayant un impact social par et pour les peuples et les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Au cours de la dernière année, grâce au financement de démarrage provenant du gouvernement fédéral, nous avons consacré plus de 2,7 millions de dollars pour financer le travail de 10 femmes et leaders de genres divers. Leurs innovations créent des emballages de consommation respectueux de l’environnement ; enseignent aux jeunes les compétences nécessaires pour travailler en mobilité aérienne de pointe ; conçoivent une application de santé numérique afin d’améliorer les résultats pour les femmes enceintes ; et bâtissent une entreprise sociale pour aider des personnes ayant une expérience vécue à prévenir la traite et l’exploitation sexuelle des jeunes femmes, des filles et des personnes autochtones de genres divers. Dix projets embauchant tous des employés autochtones, aidant la terre et renforçant les communautés.

Plus généralement, il y a une nouvelle génération de peuples autochtones, replongés dans leur propre culture, qui guident ce parcours vers la guérison et la réconciliation. Des entreprises autochtones ont montré comment on peut agir comme agent de changement en redonnant à sa communauté et en travaillant pour protéger la terre et l’eau. Cependant, les peuples autochtones ne peuvent pas faire ce travail seuls. La Journée du chandail orange nous rappelle que tous les Québécois ont un rôle à jouer, et les politiciens, les entreprises et les fondations y tiennent une place particulièrement essentielle, en vue d’éliminer les obstacles persistants à l’accès aux ressources et de mettre en œuvre des solutions autodéterminées innovantes qui seront l’expression concrète du changement.

Nous devons faire progresser les cadres d’investissement ESG – en utilisant des critères et des engagements en matière d’environnement, de société et de gouvernance – vers une perspective d’IESG, en ajoutant les Autochtones en tant que puissante force autonome de réconciliation et partie intégrante des mandats ESG plus vastes, au Canada et dans le monde. La Journée du chandail orange doit être plus qu’une occasion pour les Québécois de réfléchir à la façon dont ils ont bénéficié de la colonisation et des horreurs du passé – elle doit constituer un cri de ralliement pour prendre des mesures concrètes.

Malgré nos réalités contrastées de la vie au Canada, nous sommes unies dans la solidarité. Le 30 septembre, nous porterons toutes les deux fièrement nos chandails orange comme un engagement commun à canaliser notre réflexion, notre choc et notre colère vers l’action. Nous vous invitons, que vous soyez une personne ayant un pouvoir d’achat, un dirigeant d’entreprise ou un député nouvellement élu, à agir également en marchant côte à côte avec les innovateurs et les acteurs du changement autochtones et en leur apportant votre appui. La réconciliation n’exige rien de moins.

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