L’auteure, qui interpelle l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, estime que le baccalauréat obligatoire pour pratiquer le métier ne va qu’empirer la situation dans le réseau de la santé.

Sara Lachance
Sara Lachance Élève en soins infirmiers au cégep du Vieux Montréal

Je suis complètement attristée, découragée et dans l’incompréhension. Des anges gardiens. C’est comme ça qu’on appelle les infirmières et infirmiers depuis quelque temps. Ce surnom gratifiant à lui seul devrait en motiver plus d’un à plonger dans l’aventure quotidienne d’aller étudier en soins infirmiers au cégep. Ce programme est rempli d’une diversité d’étudiantes et d’étudiants, tissés serré, qui ont comme dévotion la santé d’autrui.

Il y a, depuis longtemps, un manque de personnel dans le réseau de la santé et, depuis la pandémie, ce manque est devenu criant. Les personnes dévouées envers les patients quittent le réseau de la santé en raison des conditions de travail exécrables. Malheureusement, ce manque de personnel plus qu’important n’est pas près de disparaître.

Faire en sorte qu’un baccalauréat soit obligatoire pour pratiquer le métier d’infirmier et d’infirmière ne va qu’empirer la situation, créer d’autres problèmes majeurs et engendrer des conséquences graves. Cette décision ne ferait que du mal aux étudiants en soins infirmiers ainsi qu’au système de la santé.

J’ai peur. Peur pour moi, peur pour mes collègues, peur pour tous les patients actuels et peur pour les patients futurs.

Le réseau de la santé ne tient qu’à un seul fil, un fil qui est, ma foi, très mince. Il est temps d’arrêter de nier les conséquences que le baccalauréat obligatoire aura sur celui-ci, les étudiants en soins infirmiers, les patients et le personnel qui est au bout du rouleau.

Parlons-en, des étudiants qui sont passionnés et qui veulent faire un changement pour notre société en la soignant. Malheureusement, nous allons en perdre une partie en obligeant le baccalauréat. Je pense aux jeunes femmes qui étudient lorsqu’elles ne sont pas en cours, travaillent et sont parents. Être aux études longtemps n’est pas une option pour plusieurs.

L’avantage du DEC en soins infirmiers, qui s’échelonne sur trois ans, c’est que nous sommes adéquatement formées pour avoir l’obtention d’un emploi à la fin de celui-ci. Étudier en soins infirmiers, c’est vraiment loin d’être facile. Jongler entre travail et études, c’est absolument déchirant. Nous devons négliger des parties de nos vies quotidiennes afin de pouvoir réussir adéquatement ce programme.

Les parents-étudiants méritent une reconnaissance et un travail stable après des études qui ne s’éternisent pas. Je pense aux étudiants qui ne peuvent pas se permettre, financièrement parlant, des études supérieures s’échelonnant sur cinq ans.

Pensez-y, ce n’est pas leur manque de désir de soigner la population, ou bien leur incompétence qui les empêche d’exercer le métier, mais bien leurs moyens financiers.

Il est inconcevable de ne pas permettre à une personne compétente et passionnée d’exercer ce métier, à cause de ses moyens financiers. Nous savons tous que nous avons un besoin pressant de ces étudiantes qui ne demandent qu’à pouvoir venir en aide à la partie de notre population qui a besoin de nous, les futurs infirmiers et les futures infirmières.

Dirigeants de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, êtes-vous certains que vous protégez les patients en réclamant le baccalauréat obligatoire ?

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