L’auteure s’adresse au ministre de la Santé, Christian Dubé

Catherine Matte Néphrologue et chef du service de néphrologie du CISSS de la Montérégie-Ouest

Monsieur le Ministre, je vous écris en tant que néphrologue et chef du service de néphrologie du CISSS de la Montérégie-Ouest (CISSSMO), où je travaille depuis trois ans. Comme vous le savez sûrement, cette région est gravement touchée par la pénurie de personnel qui sévit au Québec. Je suis tout à fait convaincue de l’importance de la vaccination contre la COVID-19 et je suis moi-même vaccinée. Par contre, je suis très inquiète des répercussions sur la qualité des soins de la vaccination obligatoire pour les intervenants en santé dès le 15 octobre prochain.

Il y a actuellement six infirmières de dialyse qui refusent la vaccination aux deux unités du CISSSMO. L’annonce, la semaine dernière, de la vaccination obligatoire n’a pas su convaincre les employées en question, qui opteront plutôt pour un congé sans solde.

Les infirmières de notre service vivent beaucoup de détresse depuis des mois en lien avec la pénurie de personnel. Elles ont vu leurs vacances annulées et font régulièrement du temps supplémentaire obligatoire pour pallier le manque de personnel. L’épuisement est palpable. Cela se traduit par de nombreux départs dans cette période critique où il manque déjà cruellement d’effectifs. L’impact sur les soins prodigués aux patients est réel : on doit faire des pieds et des mains pour trouver suffisamment d’infirmières pour dialyser tous les patients, et les infirmières sur le plancher prennent en charge un nombre beaucoup trop élevé de patients, ce qui est propice aux erreurs médicales.

L’annonce de la vaccination obligatoire aggravera certainement cette problématique, puisqu’elle forcera les employés non vaccinés à quitter le bateau. Si six infirmières tombent en congé sans solde, nous vivrons un bris de service dans nos deux unités de dialyse. Cela signifie que nous n’aurons pas assez d’effectifs pour dialyser tous les patients et que nous devrons annuler des dialyses. Comme vous le savez assurément, la dialyse est un traitement nécessaire à la vie pour les patients atteints d’insuffisance rénale terminale. Je n’aurai malheureusement pas la possibilité de transférer ces patients vers d’autres centres de dialyse de la grande région de Montréal, qui vivent également difficilement la pénurie de personnel.

Je suis très inquiète de devoir prendre des décisions qui menaceront la santé et la vie de mes patients par manque de ressources. Si, faute d’effectifs, je dois annuler les dialyses de certains patients, j’expose ces derniers à de graves complications pouvant mener au décès.

Le gouvernement a le mandat de s’assurer que la population ait accès à des soins de santé adéquats. Sans personnel infirmier dans mon équipe, je ne pourrai pas prodiguer des soins acceptables à mes patients. Je vous prie de réviser votre décision de rendre la vaccination obligatoire. Cette mesure dangereuse punira surtout les patients en les privant d’infirmières qualifiées. Les employés non vaccinés pourraient plutôt devoir se soumettre à des tests de dépistage réguliers pour limiter les éclosions dans nos unités. Plus que jamais, il est important de se serrer les coudes tous ensemble.