(Winnipeg) Lors d’élections générales, des centaines de candidats font campagne dans l’une ou l’autre des 338 circonscriptions qui découpent la carte électorale du pays. Comme vous et moi, ces personnes ont leurs vertus et leurs vices. La quête du pouvoir tout comme la volonté de faire avancer certains intérêts en encouragent plusieurs à se lancer dans la mêlée.

Félix Mathieu
Félix Mathieu Professeur de science politique, Université de Winnipeg

Or, pour le meilleur et pour le pire, les députés sont des acteurs incontournables dans notre régime politique. Les élus sont ainsi appelés à exercer plusieurs fonctions, méconnues, pourtant toutes plus importantes les unes que les autres pour faire vivre la démocratie canadienne.

À la Chambre des communes

Fondamentalement, le parlementarisme canadien n’exige pas que les députés qui siègent à la Chambre des communes soient affiliés à un parti politique. Certes, la logique suivant laquelle le gouvernement affronte la « loyale opposition de Sa Majesté » encourage cette dynamique partisane et polarisante. Il n’en demeure pas moins que la pratique que l’on appelle la ligne de parti – exigeant des députés qu’ils s’alignent systématiquement avec la position officielle de leur formation – était loin d’être aussi rigide il y a 150 ans.

Au fur et à mesure que ladite ligne de parti s’est imposée, les députés pris individuellement ont perdu de leur autonomie dans les travaux parlementaires.

Certains avancent d’ailleurs que l’élu d’aujourd’hui n’est plus qu’une pâle copie des représentants du peuple qu’on associe à l’âge d’or (perdu) du parlementarisme (XIXe siècle).

Son rôle et son influence ont très certainement évolué au fil du temps, mais l’importance du député dans notre système politique demeure entière.

Éloge de nos députés

Si la Chambre des communes est souvent perçue comme le foyer de la vie démocratique canadienne, les députés en sont à la fois le bois, l’oxygène et l’étincelle qui l’alimentent, en remplissant trois (+1) fonctions essentielles.

D’abord, le député est un représentant. Parvenu à ce poste au terme d’une élection dans une circonscription électorale, il a pour vocation de représenter les intérêts de tous ses commettants, pas seulement ceux qui ont voté pour lui. Les citoyens peuvent à loisir le rencontrer à son bureau de circonscription et demander son soutien. En raison de leur ancrage socioculturel et régional, les députés représentent aussi certaines catégories de la population et défendent « leurs intérêts » sur une panoplie d’enjeux (avortement, pipelines, services de garde, racisme, etc.).

Ce sont aussi des représentants d’un parti politique donné : non seulement s’inscrivent-ils dans l’horizon idéologique d’une formation particulière, mais ils ont aussi été choisis par une association de circonscription. Chacun à leur manière, les représentants doivent concilier leurs diverses appartenances et légitimités, qui peuvent entrer en contradiction et mener à des contestations.

Le législateur et le contrôleur

Le député est aussi un législateur : au sens original du terme, les députés contribuent collectivement à faire, voter et briser des lois. Au premier chef, une majorité d’entre eux doit adopter le discours du Trône et le budget pour qu’un gouvernement puisse débloquer des fonds et diriger le pays. À Ottawa, cette fonction est partagée entre les représentants élus, les députés, et non élus, les sénateurs (rappelons qu’en principe ces derniers ont globalement les mêmes pouvoirs que les premiers, sauf pour ce qui se rapporte aux finances).

Si aucune loi ne peut entrer en vigueur avant d’obtenir la sanction royale, cette étape n’est franchie que lorsqu’une majorité de députés s’est d’abord prononcée en sa faveur. L’imposante ligne de parti qui prévaut au Canada ne rend pas l’exercice très excitant ; mais les élus ne sont pas pour autant que de vulgaires rubber-stampers.

D’une part, les députés (de l’opposition) ont le mandat de contrôler l’action gouvernementale et d’exiger une reddition de comptes aux ministres dans la gestion de leurs portefeuilles. D’autre part, loin des caméras et de ces périodes de questions assassines et théâtrales, le député est aussi appelé à intervenir dans de nombreux comités parlementaires. À cette occasion, il étudie minutieusement et travaille à améliorer les différents projets de loi, et ce, dans un esprit de collaboration et de négociation, bien davantage que de confrontation, avec ses collègues et adversaires partisans.

+1 : l’animateur de foule

En plus, donc, d’être un représentant, un législateur et un contrôleur de l’action gouvernementale, le député est aussi un véritable G. O. qui anime la vie communautaire de sa circonscription. Évidemment, parmi les nombreuses activités auxquelles s’adonnent les députés, la plupart ont une finalité partisane. Mais les députés participent aussi à des jeux et activités organisés par des membres de la société civile, ils remettent des prix et des honneurs à des citoyens qui se démarquent, ils vantent la culture et la valeur des produits du terroir, ils financent des projets citoyens, etc.

Certes, les députés ne font pas cela gracieusement : ils reçoivent un salaire décent et disposent de certains privilèges pour faire un travail d’une très grande importance. Néanmoins, ils ne sauraient accomplir leurs fonctions sans tous ces bénévoles qui s’investissent pour faire avancer diverses causes sociales. Des rangs de ces bénévoles émanent plusieurs leaders de demain.

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La vie politique réserve souvent un traitement ingrat aux personnes qui s’y lancent. Mais il ne faut pas perdre de vue le rôle essentiel que les députés ont dans notre démocratie. Et il importe de le rappeler si l’on souhaite que certains de nos meilleurs talents et espoirs y tentent leur chance.