Au moment où le Canada s’apprête à traverser une quatrième vague, la COVID-19 continue de frapper durement le secteur des soins de longue durée au Canada, et les conditions qui y règnent ont généré une situation de crise pour les résidants et le personnel.

Linda Silas et Pat Armstrong Respectivement présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers et professeure émérite de recherche à l’Université York de Toronto

Nous savons depuis de nombreuses années que la population canadienne est vieillissante et que nous avons des défis importants à surmonter en matière de financement et de main-d’œuvre dans le secteur des soins de longue durée. Il a fallu, malheureusement, une pandémie mondiale, et la mort évitable de milliers de personnes âgées, pour finalement mettre en relief cette crise de longue date.

Plusieurs des défis cruciaux dans ce secteur sont le résultat direct de décennies de sous-investissement, de privatisation et d’une réglementation à la fois fragmentée et non mise en application. La mosaïque actuelle de services et la dépendance aux soins à but lucratif dans plusieurs régions du pays se sont traduits en une montée en flèche des coûts, en établissements inadéquats, dotation insuffisante et peu de protections pour assurer la santé et la sécurité des résidants et des travailleurs.

L’été dernier, la publication des rapports troublants des Forces canadiennes sur les impacts de la COVID-19 dans les établissements de soins de longue durée, majoritairement privés et à but lucratif, au Québec et en Ontario a choqué le public et les décideurs, et mis en relief les conditions déplorables de trop d’aînés et de travailleurs. Jusqu’à maintenant, 57 % de tous les décès liés à la COVID-19 au Canada sont survenus dans les établissements de soins de longue durée.

La triste réalité, c’est que ces problèmes ont persisté pendant des décennies loin des yeux du public.

Cette stratégie est le point culminant d’une approche qui a longtemps privilégié les pratiques commerciales faisant passer les profits avant les soins. De plus, afin de grossir les résultats nets, trop d’employeurs ne respectent pas les normes de base du travail et en matière de soins.

Par conséquent, les travailleurs – souvent des femmes racialisées et nouvelles arrivantes – font face à un défi impossible à surmonter, notamment dispenser des soins optimaux dans un contexte de ratios élevés résidants-personnel, de ressources limitées, et peu de mesures de protection au travail.

Pendant que le gouvernement fédéral déploie des efforts pour élaborer des normes nationales pour les soins de longue durée, nous devons nous assurer que ces normes soient assorties de conditions qui favorisent un système robuste de prestation de soins, administré par l’État, et qui permettra aux travailleurs d’utiliser leurs compétences pour dispenser les soins dont les résidants ont besoin.

Le gouvernement fédéral doit adopter une loi pour intégrer les soins de longue durée au système public de soins de santé, et selon les principes de la Loi canadienne sur la santé, ainsi que des conditions que devront respecter les provinces et les territoires pour obtenir le financement de la part du gouvernement fédéral.

Comme nation, notre objectif devrait être d’éliminer les compagnies à but lucratif du secteur des soins de longue durée, en commençant avec un moratoire sur l’ajout d’établissements à but lucratif. Ensuite, éliminer graduellement des établissements actuels de soins de longue durée, et les faire passer de privés à publics, ou à but non lucratif. Cette mesure sera cruciale pour stopper la course actuelle vers le bas dans le secteur des soins de longue durée.

Comme le démontrent clairement de nombreuses commissions et études, tout effort visant à restructurer les soins de longue durée doit reconnaître que les conditions de travail sont les conditions de soins, et s’accompagner de normes de base pour les soins, la santé et la sécurité au travail, et la dotation.

Nous devons assurer un minimum de 4,5 heures de soins directs par patient par jour, avec un minimum de 45 % de ces soins dispensés par du personnel infirmier autorisé, dont au moins une infirmière autorisée par quart de travail. Lorsque l’acuité des besoins des patients est plus élevée, la dotation devrait augmenter en conséquence. Actuellement, aucune province ou territoire au Canada ne respecte ces normes de base.

Il est temps de reconnaître l’importance cruciale du travail de ceux et celles dispensant les soins et s’assurer que les salaires et les avantages sociaux des travailleurs en soins de longue durée correspondent au travail qu’ils accomplissent, et que ces travailleurs aient la sécurité d’emploi et accès à des emplois à temps plein.

Le vieillissement étant une réalité inévitable pour nous tous, il est illogique pour les gouvernements d’éviter le problème ou de transférer la responsabilité des soins aux aînés à des compagnies privées à but lucratif dont le but ultime est de générer des profits pour leurs actionnaires et, ainsi, ne pas assurer des conditions de travail et de vie optimales dans les établissements de soins de longue durée.

Nous demandons aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux de mettre en œuvre, immédiatement, ces recommandations importantes afin de protéger, aujourd’hui et dans l’avenir, les personnes âgées et le personnel du secteur des soins de longue durée.

Nos êtres chers ne méritent rien de moins.