Depuis quatre ans, aucune mesure contraignante n’a encore été prise par Ottawa pour corriger l’avantage injuste dont bénéficient les Netflix, Spotify, Amazon Prime et autres Apple Music ou TV, d’empocher des milliards pour envahir le marché canadien sans l’obligation de contribuer à sa production culturelle nationale, contrairement aux diffuseurs d’ici dont ils accaparent les parts de marché et les revenus publicitaires. Et voilà qu’une première législation en ce sens risque de mourir au feuilleton si des élections étaient déclenchées !

Alain Simard
Alain Simard Producteur de disques et de télévision à la retraite, et fondateur du Festival international de jazz*

Cette situation est d’autant plus grave et urgente pour la population francophone que ses jeunes, majoritairement branchés sur l’internet, sont de moins en moins exposés à la culture québécoise et que nos producteurs de contenus audiovisuels francophones voient leurs revenus fondre, tout comme leurs auditoires potentiels.

Il faut aussi rappeler que toutes les aides gouvernementales canadiennes pour la production audiovisuelle, via Téléfilm, CBC/SRC, l’ONF, le Fonds des Médias, Musicaction, sont généralement attribuées à un tiers (au mieux 40 %) pour la production francophone et deux tiers pour l’anglophone. Les producteurs d’ici disposent donc souvent d’une fraction du budget de leurs concurrents de Toronto pour livrer une heure de télévision, un disque ou un long-métrage, dont les coûts de production — technique, main d’œuvre et studios — sont pourtant les mêmes, quelle que soit la langue.

En comptant les revenus du marché international auquel les productions anglophones ont majoritairement accès, les productions francophones resteront donc doublement pénalisées tant que cette loi ne sera pas passée !

M. Trudeau, retardez les élections si vous croyez vraiment que la culture québécoise est importante !

* Alain Simard est également le fondateur de Montréal en lumière, des Francos, de l’Équipe Spectra et Spectra Musique, et cofondateur de l’ADISQ, des Disques Audiogram, du Quartier des spectacles et d’ARTV.