Le mouvement Black Lives Matter sera-t-il un élément central des élections municipales à Montréal ?

Sacha-Wilky Merazil
Sacha-Wilky Merazil L’auteur a été candidat pour Projet Montréal aux élections municipales de 2017

Ce n’est un secret pour personne. À la suite du décès de l’Afro-Américain George Floyd asphyxié par le policier Derek Chauvin, l’an dernier, aux États-Unis, le mouvement #BlackLivesMatter (BLM) a laissé place à un autre mouvement.

En effet, des militants et des groupes communautaires réclament le désarmement, voire le définancement de la police ou une réduction du nombre d’agents.

Ce phénomène est d’une telle ampleur qu’il trouve un écho même ici au Canada. Que ce soit à Montréal, à Ottawa, à Toronto ou dans d’autres grandes villes canadiennes, les militants scandent « Defund the police ».

Un cas similaire à celui de George Floyd à Montréal ?

La semaine dernière, la vidéo de l’arrestation d’un jeune adolescent noir a fait le tour des réseaux sociaux. Dans la vidéo, on voit l’un des deux agents de police du SPVM qui utilise une technique d’immobilisation avec le genou comme ce fut le cas pour George Floyd.

Ce qui a retenu l’attention, c’est le fait que le jeune homme semble être calme et ne semble pas se débattre, selon la vidéo.

De nombreux élus ont fait part d’une situation qu’ils qualifient de troublante et choquante. Le premier ministre du Québec, François Legault, a dit qu’il n’a pas aimé les images qu’il a vues et qu’il ne veut pas revoir une pareille situation. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, dit vouloir que lumière soit faite dans ce dossier. Le candidat à la mairie Denis Coderre a réclamé la tenue d’une enquête. Le SPVM a déclaré que la situation était analysée à l’interne. Ce cas a ravivé de bien mauvais souvenirs pour plusieurs personnes d’ici qui ont vu l’agonie de Floyd filmée en mai 2020.

Enjeu électoral

La vidéo de l’arrestation musclée de l’adolescent est venue s’immiscer dans la campagne. Les élections municipales qui auront lieu le 7 novembre prochain, à Montréal, donneront aux citoyens une panoplie de sujets qui risquent d’enflammer la campagne électorale.

Parmi ceux-ci, l’avenir de la police pourrait bien revenir fréquemment.

Le définancement de la police, la brutalité policière et la sécurité publique sont des enjeux que les partis politiques devront aborder régulièrement, à l’instar de la relance économique post-COVID, de la lutte contre l’itinérance, de la crise du logement et du REM.

Peut-on moderniser la police ?

Ces dernières semaines, près d’une dizaine de fusillades ont eu lieu à Montréal.

En raison de ce regain de violence dans la métropole, tout un chacun peut reconnaître qu’il n’est pas question de définancer ou de désarmer la police.

En vue du scrutin de novembre prochain, il faut que les partis politiques exposent leur vision sur la police de demain.

Cette année, le budget du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) se chiffre à 679 millions de dollars. Quand on regarde de l’autre côté du pont Jacques-Cartier (dans l’agglomération de Longueuil), le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) vient tout juste de mettre sur pied une unité spécialisée qui opterait pour une approche sociale. Le gouvernement provincial a contribué à hauteur de 3,7 millions pour la mise en place du projet. Montréal, qui est une grande métropole, peut elle aussi moderniser son service de police.

Les partis municipaux doivent joindre à leur plateforme électorale des balises axées sur la prévention auprès des jeunes.

Les principaux intéressés à la mairie de Montréal doivent se pencher sur les questions que sont la lutte contre le trafic d’armes et de drogues, le financement des caméras portatives au SPVM et le rétablissement du lien de confiance entre les citoyens et la police. Avec des vidéos comme celle que nous avons vue au cours des derniers jours, ce genre d’intervention laisse un goût amer aux jeunes, qui ont une perception déjà négative de la police.

Aux yeux de la population, la police ne doit pas être perçue comme étant un outil de répression, mais plutôt comme un outil de prévention visant à protéger et servir.

Le moment est venu pour que les candidats à la mairie de Montréal proposent des idées novatrices alliant la prévention et la modernisation des forces policières, une institution montréalaise de plus de 170 ans.