L’auteur réagit à la chronique de
Chantal Guy « Luttez, boomers » publiée le 31 mai

Yves Desjardins
Yves Desjardins PDG, Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA)

Depuis plusieurs jours, pour ne pas dire quelques semaines, des chroniques, des opinions et des entrevues paraissent dans divers médias sous le thème biaisé que l’on pourrait nommer « On place nos vieux ». Ces prises de position, en plus d’avoir un triste parfum d’âgisme, déforment les faits, instrumentent les aînés et, pire que tout, voilent un fait qui, lui, est indéniable : le Québec a besoin des résidences privées pour aînés (RPA), et une chance qu’on les a !

Plusieurs confondent CHSLD et RPA, alors qu’une différence très claire les distingue : si – par abus de langage par ailleurs – on place un vieux1 en CHSLD parce qu’il est en grande perte d’autonomie et qu’il ne peut plus vivre dans son milieu de vie habituel et que les services de maintien à domicile ne permettent plus d’assurer sa sécurité, les résidences privées pour aînés, elles, sont des DOMICILES librement magasinés et choisis par ceux et celles qui y habitent. Les 140 000 personnes qui y résident actuellement y évoluent parce qu’elles ont choisi ce milieu de vie et elles signent un bail de location chaque année, tant qu’elles souhaitent y demeurer.

Ce fait rétabli, abordons la question de la qualité et de la satisfaction. Savez-vous que beaucoup d’aînés se plaisent en RPA ? Que plusieurs préfèrent vivre en RPA que chez un de leurs enfants ? Que des sondages externes révèlent un taux de satisfaction général de 94 % et que ce taux augmente à 98 % concernant les soins prodigués par les employés dans les résidences destinées aux gens moins autonomes ?

Cela dit, je ne suis pas en train de dire que tout est parfait dans les 1700 RPA du Québec, mais je peux témoigner que tous ceux qui y travaillent visent constamment à être meilleurs et à offrir encore davantage à leurs résidants.

Autre point à clarifier : plusieurs mentionnent que le secteur des RPA est une industrie florissante. À ceux-là, je réponds : « Savez-vous que plus de 600 RPA ont cessé leurs activités depuis 6 ans ? » En temps de pandémie, c’est deux résidences par semaine qui fermaient leurs portes. Florissante, dites-vous ? La réalité est plus nuancée, encore une fois…

J’ai lu également dans certains articles qu’au Québec, 18 % des personnes âgées vivent en RPA alors que cette proportion varie entre 5 et 10 % dans les autres provinces. Je dis, bravo ! Qui plus est, c’est plus de 33 % chez les 75 ans et plus au Québec ! Ce qu’on oublie de mentionner est que selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement, le loyer moyen en RPA au Québec est le plus bas au Canada et s’établissait en 2020 à 1844 $ par mois alors que chez nos voisins ontariens, il est de 3865 $ par mois. Quelle chance pour les aînés du Québec !

Beaucoup parmi ceux qui s’expriment sur l’hébergement des aînés disent que la voie à prendre pour les soins au nombre grandissant d’aînés est le maintien à domicile. Nous souscrivons entièrement à cette orientation qui a fait ses preuves dans les pays scandinaves. Je le répète, les RPA sont des domiciles.

Une chose est claire : les RPA au Québec sont essentielles ! Cette affirmation ne vient pas de moi, mais bien du ministère de la Santé et des Services sociaux. JAMAIS l’État ne peut et ne pourra – encore moins au cours des prochaines années – assumer seul les services d’hébergement et d’assistance aux aînés.

J’ai tellement hâte que le Québec soit fier de son réseau de résidences privées pour aînés. Parce que les aînés qui y vivent, eux, en sont fiers.

1. Au Regroupement québécois des résidences pour aînés et dans les RPA, les mots « vieille » et « vieux » sont proscrits. J’ai utilisé le mot vieux ici puisqu’il est utilisé dans les textes auxquels je fais référence.

Une réflexion qui est loin d’être terminée

Monsieur Desjardins,

Je ne doute pas de l’utilité des RPA, ni qu’il s’agit d’un choix qui comble très bien les besoins de beaucoup de gens, sinon elles ne seraient pas aussi populaires. Je pense que si les articles et les chroniques se multiplient à ce sujet c’est que, probablement, nous avons besoin d’une discussion plus large sur le sort des personnes âgées au Québec, qui ont été durement frappées par la pandémie. Pourquoi les RPA sont un choix plus populaire qu’ailleurs ? Qu’en est-il des ressources pour les gens qui souhaitent continuer à vivre dans leurs maisons ou appartements ? Quelle est la qualité des soins dans les CHSLD ? En gros, quelles sont les options qui s’offrent à nous lorsque nous vieillissons ? Les RPA sont une partie de la solution dans une réflexion beaucoup plus large, qui est loin d’être terminée, comme le prouvent la correspondance entamée entre Louise Forestier et Réjean Hébert dans nos pages, la pièce Tout inclus de François Grisé ou le documentaire La dernière maison d’Annie-Soleil Proteau.

Chantal Guy, La Presse

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