L’auteur réagit à l’éditorial du 10 juin « Un vote populaire pour le REM de l’Est »

Daniel Chartier
Daniel Chartier Montréal*

À la mi-décembre, le projet de REM de l’Est est présenté comme un extraordinaire cadeau de Noël, avec tambours, trompettes et confettis. Depuis lors, CDPQ Infra distille l’information complémentaire au compte-gouttes, répétant sans cesse que le véritable projet sera rendu public un jour, qu’il sera sublime et qu’entre-temps, il faut aveuglément lui faire confiance. Les documents présentés depuis sont grossièrement incomplets, redondants.

En contrepartie de cette parcimonie en analyses, propositions et ententes techniques et financières accessibles au public, CDPQ Infra et ses alliés nous inondent de propagande grâce à ses ressources quasi illimitées.

Face à cette opacité, citoyens et organismes ont réclamé un véritable processus de consultation publique. Le 10 mai, à une semaine de préavis, CDPQ Infra lançait sa première de trois séances de questions-réponses, de webinaires et d’échanges sur les quartiers traversés. Malheureusement, ces étapes de « consultation publique » se sont avérées extrêmement bancales. Bien pire que nos appréhensions les plus sombres, exception faite de la lumineuse prestation de Catherine Morency, sommité en mobilité, affiliée à Polytechnique, qui décrivait les exigences d’un processus de planification adéquat.

À chaque période de questions-réponses ou webinaire, les demandes des citoyens étaient soigneusement filtrées par CDPQ Infra pour empêcher les auditeurs d’entendre les requêtes désagréables à l’oreille du promoteur. Les demandes et suggestions complaisantes ou faciles à réfuter étaient systématiquement choisies. Les réponses étaient pour la plupart évasives, incluant un nombre impressionnant de rappels que les vrais études et plans seraient déposés en 2022, pour le BAPE.

À la suite de ce simulacre de dialogue, CDPQ Infra a publié un recueil de questions-réponses qui, là encore, omet systématiquement une multitude de demandes faites par des citoyens et organismes qui, après avoir examiné le projet à la loupe, avaient ciblé ses zones d’ombre.

Depuis deux semaines se déroulent les séances que CDPQ Infra et quelques politiciens décrivent comme une véritable consultation publique. Là encore, CDPQ Infra choisit soigneusement les sujets dont de petits groupes de citoyens devront débattre, tout comme il contrôle les comptes rendus. Toujours aucune présentation publique de mémoires à l’horizon pour les citoyens et organismes.

Bref, le simulacre de consultation publique ne pourrait être plus flagrant, révoltant. Cette parodie doit être démasquée, dénoncée avec force.

Le REM de l’Est drainera plus de 10 milliards d’argent public à court terme. Il hypothéquera les capacités techniques et les moyens financiers d’offrir un transport collectif adéquat pour 99 ou 198 ans. Ses coûts directs et indirects, financiers et humains, seront immenses, y compris ceux résultant d’une déstructuration profonde des quartiers traversés par un REM aérien.

Revenons à l’opinion citoyenne. En décembre, ce projet fut dévoilé alors que les sujets à l’ordre du jour étaient l’ampleur présumée de la troisième vague de COVID-19, les vaccins en voie d’homologation et leur disponibilité future.

Peu à peu, les citoyens et organismes qui scrutent ce projet découvrent de nouveaux vices cachés. Pour les personnes respectueuses des consignes sanitaires, sans moyens financiers immenses, il était et demeure extrêmement difficile de trouver les informations, de les partager ou d’en discuter avec les autres citoyens sur la place publique.

Pourquoi faudrait-il se précipiter sur l’idée de tenir un référendum alors que le projet n’a pas encore été scruté comme doit l’être toute dépense de cette envergure ? Tout doit être mis en œuvre pour que la population comprenne l’essentiel des tenants et aboutissants de ce projet, le contraire du processus opaque que mène CDPQ Infra.

CDPQ Infra a démontré qu’il ne peut être responsable du nécessaire processus d’examen des différentes options de transport collectif structurant permettant de répondre aux besoins origine-destination actuels et futurs. Ce mandat doit être confié à un tiers neutre, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), par exemple.

* L’auteur est vice-président du Collectif en environnement de Mercier-Est. Il signe ce texte à titre personnel.

Lisez l’éditorial du 10 juin « Un vote populaire pour le REM de l’Est »