La publication des résultats de l’étude COLCORONA de l’Institut de cardiologie de Montréal dans la revue The Lancet Respiratory Medicine, l’une des plus prestigieuses publications médicales au monde, décrit comment la colchicine, un médicament anti-inflammatoire bien connu, pourrait s’ajouter à l’arsenal des thérapies disponibles pour réduire le risque de complications chez certains patients atteints de la COVID-19.

David Goodman, Ph. D.
David Goodman, Ph. D. Président et chef de la Direction, Pharmascience Inc.

Cette publication du 27 mai dernier est d’une importance capitale à plusieurs égards. Même si les progrès spectaculaires du programme de vaccination du gouvernement du Québec et l’efficacité des mesures préventives prônées par la Santé publique permettent maintenant d’envisager un retour graduel à la normale dans le réseau de la santé, l’étude apporte des données probantes de qualité qui pourraient un jour s’avérer utiles au traitement des patients, sous réserve des approbations requises de la part des autorités sanitaires.

Compte tenu des circonstances extrêmement difficiles qui prévalaient au début de cette étude, il s’agit là d’une réalisation remarquable.

Par ailleurs, les résultats de cette étude, soutenue financièrement par le Gouvernement du Québec, les Instituts nationaux sur la recherche en santé des États-Unis (NIH) et la Fondation Bill et Melinda Gates, démontrent plus que jamais l’importance pour le Québec et le Canada de se doter de programmes encourageant la recherche sur les médicaments dits repositionnés. Il s’agit globalement de molécules anciennes et peu dispendieuses pour lesquelles il est possible de développer de nouvelles applications cliniques.

La contribution des médicaments repositionnés au traitement des patients peut être considérable, à un faible coût pour le système de santé.

Malheureusement, très peu d’entreprises pharmaceutiques s’aventurent dans cette voie, très risquée d’un point de vue commercial.

En effet, une fois les brevets d’un médicament échus, rien ne permet que les investissements supplémentaires requis de la part du fabricant ne soient recouvrés. Les gouvernements disposent, grâce à leurs politiques d’achat ou de remboursement, de divers moyens qui pourraient être mis à contribution afin d’encourager le repositionnement des médicaments génériques. En ignorant totalement le potentiel des médicaments repositionnés, nos politiques de santé découragent malheureusement ce type de recherche et développement. Il s’agit là d’une lacune qui doit être comblée.

L’entreprise que je dirige, Pharmascience, s’est donné pour objectif de favoriser la réalisation de travaux de repositionnement des médicaments génériques existants. C’est ainsi que nous avons collaboré au projet COLCORONA sur la colchicine et la COVID-19.

Il est peu probable que le projet COLCORONA entraîne des débouchés commerciaux pour notre entreprise, compte tenu des progrès enregistrés dans la lutte contre la pandémie. Cela fait partie des risques du métier.

Mais pour Pharmascience, le jeu en valait la chandelle, ne serait-ce qu’en démontrant l’importance de ce type de recherche, et son potentiel de retombées positives au Québec, en permettant à une entreprise locale et à un centre d’excellence en recherche médicale de collaborer à l’avancement des connaissances.

En définitive, l’expérience du projet COLCORONA démontre surtout la nécessité d’un dialogue accru entre chercheurs, fabricants génériques et gouvernements, afin de mettre en place des politiques qui soutiendront de tels projets dans le futur.

Ne pas le faire serait continuer à négliger le potentiel de médicaments connus et peu chers, comme la colchicine, au profit de nouvelles molécules inévitablement beaucoup plus coûteuses. En avons-nous les moyens ?

Lisez l’étude COLCORONA (en anglais)