Deux points de vue sur le conflit qui déchire une fois de plus Israël et le peuple palestinien.

Le droit légitime d’Israël de se défendre

David Levy
David Levy Consul général d’Israël à Montréal

Et si Montréal et Québec avaient été ciblés par des centaines de roquettes ? Si des sirènes d’alarme retentissaient dans le Plateau-Mont-Royal ? Si vous aviez à peine quelques secondes pour vous mettre à l’abri ? Que feriez-vous ?

Depuis lundi, le Hamas et d’autres organisations terroristes islamiques à Gaza ont tiré 1600 roquettes sur Jérusalem, Ashkelon et les communautés israéliennes le long de la frontière avec Gaza. Heureusement, le système de défense israélien Dôme de fer a réussi à intercepter environ 500 roquettes qui auraient frappé des quartiers résidentiels. Environ 150 autres roquettes provenant de Gaza ont manqué leur cible et sont retombées dans l’enceinte même de la bande de Gaza, mettant ainsi à risque la population palestinienne.

Comment en sommes-nous arrivés à une situation aussi grave ?

Au cours des dernières semaines, Israël a pris toutes les mesures possibles pour calmer la situation et prévenir les tensions et la violence.

La police israélienne a, de façon sans précédent, limité l’accès des lieux saints à Jérusalem aux fidèles juifs. Et ce, alors que les différents sites religieux de la vieille ville de Jérusalem continuent d’être ouverts aux musulmans.

Récemment, le trajet du défilé annuel de la Journée de Jérusalem a été changé et le défilé a ensuite été annulé, tout cela pour éviter des tensions additionnelles. De plus, la Cour suprême a reporté pour une période de 30 jours l’audience concernant la dispute immobilière controversée de Sheikh Jarrah.

Malgré ces efforts de la part d’Israël, des civils ont encore une fois été la cible des roquettes provenant de Gaza. Ce sont donc 5 millions d’Israéliens qui ont été forcés de se réfugier dans des abris anti-bombe. Mardi, c’est la région de Tel Aviv qui fut attaquée, et au moins sept civils israéliens ont été tués, deux d’entre eux étant musulmans, tandis que des centaines de civils israéliens ont été blessés.

Il s’agit d’attaques délibérées et préméditées du Hamas et du Djihad islamique palestinien avec le soutien de l’Iran qui fait la promotion d’une révolution islamiste à travers le Moyen-Orient.

Ces attaques indiscriminées sur des populations civiles constituent un double crime de guerre : Hamas a non seulement attaqué des civils israéliens, il a également utilisé des civils palestiniens comme boucliers humains.

Aucun civil, ni juif, ni musulman, ni de quelque autre confession religieuse ne devrait avoir à subir de tels actes de violence.

Rappelons que depuis 2005, aucun soldat israélien ne se trouve dans la bande de Gaza. Ce territoire est entièrement contrôlé par Hamas. Chaque roquette tirée à partir de Gaza est la responsabilité du Hamas.

Aucun pays au monde ne peut accepter d’être ainsi attaqué. Israël ne permettra pas aux groupes terroristes islamistes d’attaquer sa population civile et prendra toutes les mesures nécessaires afin de protéger ses citoyens. Israël fera usage de la force tout en faisant preuve de retenue afin de respecter les principes de discrimination et de proportionnalité et d’éviter des pertes de vies de non-combattants palestiniens. Israël réagit comme l’aurait fait toute autre nation dans une situation similaire.

Nous appelons la communauté internationale à condamner avec la plus grande fermeté ces attaques terroristes contre les citoyens israéliens et à soutenir le droit légitime d’Israël de se défendre.

Sheikh Jarrah, ou la Nakba permanente

Dyala Hamzah
Dyala Hamzah Professeure agrégée d’histoire à l’Université de Montréal et spécialiste du monde arabe

Quartier hors les murs au nord de Jérusalem, Sheikh Jarrah est le site bucolique choisi par des notables palestiniens au tournant du XXe siècle pour se faire construire des maisons plus cossues que ne le permettait l’exiguïté des ruelles de la vieille ville. La création d’Israël en 1948 entraîne l’expulsion catastrophique de 750 000 Palestiniens : c’est la Nakba. Sheikh Jarrah, comme l’entièreté du territoire conquis (devenu Israël) et résiduel (devenu les « territoires palestiniens » : Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est), absorbera son lot de réfugiés palestiniens.

Or, les milices du projet national-colonialiste sioniste ne se contentent pas des 55 % du territoire qui leur est assigné par le plan de partage de l’ONU de 1947. Elles en usurpent 20 % de plus, dont la partie ouest de Jérusalem, alors que la ville, dans le plan de partage, devait constituer un corpus separatum sous administration internationale. La Guerre de 1967 consacre ensuite la mainmise israélienne sur l’intégralité du territoire historique de la Palestine : Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est sont occupés ; « réunifiée », la ville trois fois sainte est annexée et déclarée « capitale éternelle de l’État d’Israël » en 1980, en violation du droit international.

Emblématique de l’expansion israélienne continue depuis 1967, Sheikh Jarrah subit de plein fouet une politique de judaïsation de Jérusalem et les assauts répétés des colons, qui s’en prennent au quartier, maison par maison.

Copieusement documentée, cette judaïsation se traduit pour les Palestiniens par des révocations de permis de résidence, des refus de permis de construire, des destructions de maisons. La stratégie expropriatrice complémentaire des colons consiste à contester en cour les titres de propriété des Palestiniens : ni le cadastre ottoman ni les titres fonciers délivrés par la Jordanie ou les contrats de l’agence onusienne en charge des réfugiés (UNRWA) ne semblent admissibles en droit israélien, dont l’application est pourtant illégale en territoire occupé.

Parallèlement à ces violations de la 4Convention de Genève (transfert de populations, application par l’occupant de son droit, dans le territoire qu’il occupe), la restriction d’accès à la ville et à l’Esplanade des mosquées constitue un autre mécanisme de dépossession permanent des Palestiniens de Jérusalem même, de Gaza et de Cisjordanie – un mécanisme d’autant plus pernicieux qu’il s’exerce au nom de la « sécurité ». Cette restriction d’accès s’accompagne de campagnes archéologiques, tout aussi permanentes, dans les fondations mêmes de l’Esplanade, harcelantes, puisqu’on vit, au moins depuis 1990, avec l’angoisse diffuse de pyromanes bibliques déterminés à raser le Dôme du rocher et à y élever à la place un Troisième temple juif. Cette restriction d’accès s’accompagne enfin de campagnes politiques de provocation-profanation, inaugurées par Ariel Sharon en 2000, lorsque ce dernier décida d’aller « se promener », avec une escouade de policiers, sur l’esplanade des Mosquées, mettant le feu aux poudres de la seconde Intifada.

Comment susciter la colère palestinienne

On aura compris, je crois, que la classe politique israélienne sait très bien sur quels pitons appuyer pour susciter une explosion de colère palestinienne. Les tensions de ces derniers jours à Sheikh Jarrah, devant l’expropriation imminente de plusieurs familles palestiniennes ; l’assaut contre la mobilisation solidaire des fidèles rassemblés sur l’esplanade des Mosquées, en plein mois saint de Ramadan ; le mépris de l’ultimatum du Hamas (de voir les forces occupantes se retirer de l’Esplanade) ; le refus par Israël de l’offre de cessez-le-feu du Hamas – tout cela était réglé comme une partition pour faire fuser les roquettes palestiniennes vers Israël, feu d’artifice pitoyable que la batterie antiaérienne israélienne intercepte systématiquement à 90 %, mais feu d’artifice quand même pour un premier ministre israélien aux abois.

Alors non, cette parade des prouesses mortifères de la seizième armée du monde dans ce laboratoire d’expérimentation qu’est Gaza – ce n’est pas une démonstration du « droit d’Israël à se défendre » mais bien celui de son hubris. À vrai dire, d’une hubris en bout de course.

Fossoyeur du sionisme ou révélateur de sa nature raciste ? Apprenti-sorcier ou suprémaciste juif ? En courtisant les colons et les partis ultrareligieux, Benyamin Netanyahou a diffusé la gangrène fasciste au cœur d’une société qui se pensait vertueuse. L’histoire confirmera son rôle dans le délitement d’une fiction colossale : celle de la démocratie israélienne. Dans la ville de Lod, les colons lyncheurs de Cisjordanie descendus sur la ville ont été applaudis par… le ministre de l’Intérieur Amir Ohana, qui les a qualifiés de « citoyens respectueux de la loi, qui portent des armes pour assister la police ». À Sheikh Jarrah, des élus d’extrême droite, le parlementaire Itamar ben Gvir, et le maire adjoint de Jérusalem, Arieh King, se sont tenus aux côtés des colons pour provoquer les Palestiniens pendant la rupture de leur jeûne et se faire les porte-voix d’un « mort aux Arabes » entendu trop de fois ces derniers jours.

À quand des sanctions ?