Le Québec commémorera un triste anniversaire le 30 avril prochain, celui du décès d’une fillette de 7 ans survenu à Granby en 2019. Le premier ministre Legault a d’ailleurs promis que plus jamais un tel drame ne se produirait. En ce sens, il instituait, en mai 2019, une commission spéciale sur la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent.

Marie-Eve Brunet Kitchen Marie-Eve Brunet Kitchen
Mère de famille et directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille

« Nous nous sommes engagés à examiner toutes les composantes de ce système de protection de la jeunesse et à identifier les solutions à apporter pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise », avait indiqué le premier ministre au lancement de la commission.

M. Legault, à l’approche du dépôt du rapport final de la commission Laurent, dont plusieurs RecommandACTIONS sont déjà connues, je souhaite vous rappeler que les enfants ne pourront se contenter de demi-mesures et qu’il vous faudra du courage pour concrétiser les changements nécessaires au mieux-être de ceux-ci. Vous aviez d’ailleurs assuré à Mme Laurent, lors de sa nomination, que ce rapport tant attendu ne sera jamais tabletté. « Je refuserai que nos enfants soient tablettés », avait par la suite affirmé Mme Laurent.

Comme vous le savez, la crise sanitaire, économique et sociale causée par la pandémie de COVID-19 est venue exacerber les conditions dans lesquelles les tout-petits grandissent, augmentant le risque qu’ils soient victimes de maltraitance. Les membres de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille le constatent chaque jour et dans toutes les régions : la situation de nombreuses familles québécoises est critique. Je vous sais soucieux de cette réalité.

Nos enfants ne peuvent se contenter de demi-mesures

Les consultations de la commission, indépendante et non partisane, que vous avez instaurée, ont réuni une grande diversité d’acteurs œuvrant pour le mieux-être de la jeunesse. Les solutions proposées, par les 12 commissaires, ont été décortiquées, réfléchies et analysées. Elles doivent maintenant être appliquées, sans compromis. Cette application doit être viable et véritable, pour la sécurité et le développement des enfants. Le contraire serait un non-sens.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, lors d’audiences tenues en mai 2020

Si chaque enfant a le droit de grandir dans une famille bienveillante, comme l’a affirmé Mme Laurent, les organismes communautaires Famille (OCF) sont des acteurs de premier plan dans l’accompagnement des parents afin d’agir en prévention, pour que chaque enfant se développe sainement et en toute sécurité. Je sais que vous connaissez ces organismes, souvent connus sous le nom de « Maison des familles », et que vous appréciez leur impact dans chaque communauté. Vous me l’avez par ailleurs affirmé avec sincérité à la suite de votre premier discours à titre de premier ministre du Québec.

Un pas dans la bonne direction

Ainsi, depuis trois ans, quelques jalons ont déjà été posés, comme le rehaussement historique du financement annuel minimal de 130 000 $ pour chacun des 280 OCF du Québec.

Ce premier pas dans la bonne direction doit absolument mener à une bonification totalisant 200 000 $ par année, par organisme, comme l’a recommandé la commission Laurent en décembre 2019.

Cette décision permettrait notamment d’assurer la capacité d’agir des OCF partout au Québec et, surtout, de renforcer le soutien offert aux pères, aux mères et aux enfants.

Votre gouvernement, M. Legault, s’est toujours montré sensible aux familles et à la situation des enfants. Maintenant, le temps est venu de faire des choix à la hauteur de vos promesses et de vos engagements.

Comme l’a indiqué Mme Laurent lorsqu’elle a accepté de présider la Commission spéciale sur la protection de la jeunesse, la mission qui lui a été confiée ressemble à celle qu’elle défendait à titre d’infirmière : « détecter les maux d’un patient, soigner ces maux, atténuer ces maux et, enfin, le guérir ». Monsieur le Premier Ministre, je vous demande donc, s’il vous plaît, de tout mettre en œuvre pour assurer une guérison complète et durable de notre système et de ses alliés pour que chaque jeune puisse s’épanouir et grandir au sein d’une famille et d’une communauté fortes et bienveillantes à son égard.

Les enfants et les parents du Québec ont besoin que les mesures du rapport de la commission Laurent soient réalisées en totalité.