À la lecture du texte de la mère qui allait faire passer un test de dépistage de la COVID-19 à sa fille autiste1 en compagnie de sa chienne Mira et qui ont été traitées d’une façon inacceptable, je n’ai pu m’empêcher d’écrire cette réflexion.

Publié le 27 avr. 2021
Jean Hébert
Jean Hébert Psychiatre, Laval

Je suis psychiatre depuis plus de 30 ans, et j’ai eu la chance de m’occuper des clientèles démunies, ostracisées, oubliées, celles souvent qu’on veut oublier plutôt qu’aider, et je vous avoue avoir appris tellement auprès d’elles sur le plan humain, sur le plan courage, et à mes yeux, ce sont de vrais champions face à une société plutôt indifférente et distante.

Plus la pandémie s’allonge, plus les souffrances psychologiques et morales grandissent, élargissent leurs territoires des personnes affectées par l’isolement dû à la COVID-19. Au-delà des belles affiches, des belles publicités, des messages à la radio, à la télévision et sur les réseaux sociaux pour souligner l’importance de prendre soin de sa santé mentale, au-delà des mots… où sont les vraies actions, les vrais outils pour répondre aux besoins d’une population qui nécessite du soutien et des interventions ?

Avant la COVID-19, les services en santé mentale étaient déjà débordés, en grand déficit, vous pouvez imaginer maintenant, quand on ajoute toutes ces personnes fragilisées par l’isolement et les contraintes de la COVID-19.

On nous demande d’être à l’affût des jeunes qui subissent les contrecoups de la COVID-19. Essayez de trouver un professionnel de la santé pour un enfant ou un adolescent déprimé, bonne chance ! C’est la même chose pour les sans-abri, pour les autistes en besoin, les personnes avec un retard mental, les démunis qui cherchent un appartement ou nos aînés qui, malgré les vaccins, demeurent isolés, sans visite dans les CHSLD et qui vont jusqu’à demander l’aide médicale à mourir pour fuir cette réalité inhumaine.

Attendre l’hécatombe

Pourquoi faut-il attendre l’hécatombe, dans le cas des personnes âgées, l’augmentation effarante des féminicides avant de réagir et d’intervenir quand ces réalités sont identifiées depuis trop longtemps ? Pourquoi favorise-t-on l’inertie plutôt que la prévention ? Ce sont des choix de société. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont priorisé la santé mentale, le bien-être des familles, la lutte contre la pauvreté, l’élimination de la violence conjugale, l’aide aux démunis et la recherche de solutions à l’itinérance. Ce ne sont pas des vœux pieux, car elles injectent des milliards de dollars pour atteindre leurs objectifs et mettent en place le personnel et les outils pour y arriver. Pourquoi pas nous ?

Un autre facteur important dans une société épanouie est la reconnaissance et le respect de tous les artisans qui y œuvrent. En ces temps de pandémie, peut-on dire que nos professeurs, nos éducatrices, nos infirmières, nos travailleurs sociaux, et bien d’autres, reçoivent un grand soutien, qu’ils sont reconnus pour l’excellence de leur travail ? Cela pourrait tout simplement commencer par le règlement de leurs conventions collectives et l’établissement de saines conditions de travail !

C’est cette réalité qui est cachée derrière l’écran de fumée que l’on a créé par les informations journalières ad nauseam du nombre de cas de COVID-19, des décès, des cas aux soins intensifs des variants, des points de presse, des restrictions, du couvre-feu, des vaccins, des mauvais vaccins, de la cible du 24 juin prochain. Malheureusement, cette réalité fait peur, mais un jour ou l’autre, il sera nécessaire de s’en occuper, car la qualité de nos services et de nos soins, l’excellence de l’enseignement, la protection des plus démunis et nos valeurs sociales s’étiolent depuis trop longtemps.

C’est facile d’être empathique quand cela n’engage à rien, c’est beaucoup plus difficile lorsque s’y rattachent des responsabilités. Le changement n’est plus un choix, mais bien une nécessité incontournable pour le bien commun.

Je termine sur un moment vécu durant la période des Fêtes 2020. Mes patients m’ont envoyé beaucoup plus de cartes de Noël que les autres années, probablement un effet de la COVID-19. Ça m’a fait tellement de bien et beaucoup touché, d’autant que la période avant Noël a été très difficile pour l’ensemble de ma clientèle. Mais ce qui m’a marqué le plus, à la lecture de celles-ci, est cette phrase qui revenait constamment : « Merci pour votre écoute ». Parfois, ce n’est pas toujours compliqué d’aider les autres. Cette phrase, je l’envoie dans l’univers…

1 (Re)lisez « Quand l’ignorance s’invite au rendez-vous »

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