Face aux enjeux de vitalité du français, en particulier à Montréal, plusieurs personnes ont proposé d’étendre au niveau collégial les dispositions de la Charte de la langue française concernant la langue d’enseignement. Même si cette proposition est discutable, on ne peut que se réjouir de cette volonté de réagir pour assurer l’avenir de la langue française au Québec. Car les constats sont là et demandent une réaction vigoureuse.

Bernard Tremblay Bernard Tremblay
Président-directeur général de la Fédération des cégeps

Cependant, une question demeure : que faire pour intervenir de manière judicieuse et efficace ? Il peut être tentant de proposer des solutions simples à des problèmes complexes. L’application de la « loi 101 » au cégep se rangerait assurément parmi ce type d’approches. Cela reviendrait à dire que les cégeps font partie du problème. Or, ce n’est pas le cas. En revanche, ils font partie de la solution : l’ensemble des cégeps, y compris les cégeps anglophones, souhaitent exprimer leur volonté de contribuer à l’effort collectif pour assurer la vitalité du français au Québec.

Rappelons que les collèges anglophones contribuent pleinement à la société québécoise et jouent un rôle dans l’acquisition de compétences langagières en français au sein des communautés d’expression anglaise. Ils participent à l’accessibilité à l’enseignement supérieur, à la vitalité de ces communautés, mais aussi à l’édification d’une culture du dialogue.

Rappelons également que les cégeps figurent parmi les pierres angulaires de la francisation des personnes immigrantes dans les régions du Québec et favorisent leur intégration citoyenne, en français, à la société québécoise.

Souvenons-nous, par ailleurs, qu’en cohérence avec la Charte de la langue française, l’action gouvernementale doit aborder plusieurs fronts, notamment ceux de la langue du travail, de la langue de l’administration publique et de la langue du commerce et de l’affichage. Cette Charte, malgré les attaques qui l’ont affaiblie, a généré au fil des années un faux sentiment de sécurité au sein de la population québécoise. Pour plusieurs, le chapitre le plus révolutionnaire de cette loi est celui consacré à la langue de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire et secondaire. Loin de nous l’idée de remettre en question cette mesure et sa pertinence. Cependant, est-ce en élargissant la contrainte aux jeunes adultes qui font le choix de l’enseignement supérieur qu’on réglera le problème ? Et quel serait l’effet d’une telle contrainte sur la vitalité du français ? Ne serait-ce pas une autre façon de créer un faux sentiment de sécurité linguistique en évitant l’enjeu fondamental de la langue de travail et des exigences démesurées que ressent une partie de notre jeunesse ?

Assurer le prestige du français

Il faut plutôt agir pour assurer à la langue française au Québec le statut incontesté de langue commune et en assurer le prestige face à l’anglais, pour en faire le facteur de cohésion sociale permettant d’établir des ponts et un dialogue interculturel dans une société fière de sa diversité.

Pour ce faire, il faut intervenir sur une multitude de fronts, mais principalement sur la langue de travail et la culture. Si le désir d’étudier en anglais chez des jeunes est motivé par des considérations liées au marché du travail, de plus en plus exigeant à cet égard, il faut se rappeler que la langue est l’une des clés qui permettent de participer à cette culture unique que le Québec a développée au cours des siècles. Ainsi, au lieu de rassurer superficiellement les Québécoises et les Québécois en mettant en œuvre des dispositions qui ne nourriront jamais leur ambition et leur fierté de se définir comme peuple francophone, il faut redonner à l’ensemble de la population le goût de cette langue et de cette culture.

Dans cette revalorisation du français au Québec à travers sa culture, les cégeps peuvent être des acteurs clés. Lieux d’apprentissage, mais aussi de diffusion de la culture, les cégeps peuvent contribuer encore plus à ce rôle de diffuseurs.

Nous proposons qu’une vaste campagne de diffusion de la culture québécoise soit mise en place, contribuant ainsi au renforcement du puissant symbole d’appartenance commune que représente la langue française.

Nous sommes prêts à mettre en œuvre, dans l’ensemble des collèges du réseau public, y compris dans les cégeps anglophones, un déploiement intensif d’activités éducatives et culturelles faisant la promotion du français, mettant en lumière des œuvres et des artistes québécois. Cette approche aurait pour effet de repositionner la langue française comme l’expression d’une culture unique au monde, une culture vivante, attirante, ouverte.

En conclusion, souhaitons que ce débat fondamental pour l’avenir du Québec ne se limite pas à l’adoption de solutions simplistes, en occultant des questions auxquelles nous devons collectivement répondre pour agir de manière durable. Nous avons grand besoin d’une approche rassembleuse et mobilisatrice autour de notre langue commune, véritable socle de notre culture et de notre identité.