En juillet 1974, Robert Bourassa fait adopter la Loi sur la langue officielle. Jusque-là, le Québec était la seule province canadienne à pratiquer le bilinguisme français-anglais au niveau institutionnel. En août 1977, René Lévesque fait promulguer la Charte de la langue française. Ayant comme but d’assurer la qualité et le rayonnement de la langue française, cette charte fait du français la langue de l’État, de l’enseignement, du commerce, des affaires et du travail.

Jean-Claude Bernatchez Jean-Claude Bernatchez
Professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières

La Charte précitée faisait transiter le Québec d’une situation de bilinguisme à une situation d’unilinguisme officiel. Elle créait un modèle québécois francophone dans un océan anglo-saxon. Ce modèle, dont plusieurs à l’époque doutaient de la pérennité, fut un succès. Sur le plan économique, le Québec a transité du neuvième rang au cinquième rang des provinces canadiennes en 40 ans. Est-ce possible de prospérer en français en Amérique du Nord ? La réponse est oui !

Mais la langue française n’est pas seule au monde, où coexistent environ 7000 ethnies. Le français compte environ 280 millions de locuteurs, dont près de 100 millions le parlent comme langue maternelle. Il se situe au sixième rang des grandes langues du monde après le mandarin, l’anglais, l’hindi, l’espagnol et l’arabe. Cela dit, la langue française est certes la grande culture la plus menacée puisqu’elle est minoritaire partout sauf en France, laquelle traverse présentement une phase notable d’anglophilie. En effet, en France, l’affichage de produits ou de marques de commerce en anglais champignonne. C’est un effet de mode de glisser des expressions anglaises un peu partout dans la langue parlée.

Depuis l’adoption de la Charte de la langue française, il y a 45 ans, deux phénomènes ont surgi : l'internet et la mondialisation du commerce.

Cela a servi abondamment l’anglais, qui, déjà parlé par plus d'un milliard de locuteurs, s’est érigé au rang de langue prédatrice. L’anglais s’infiltre maintenant, par la force des choses, tant dans les domiciles que dans les entreprises. On ne saurait le manquer sur tous les téléphones intelligents. En outre, la mondialisation du commerce oblige une communication universelle. L’anglais devient ipso facto une forme d’esperanto.

Le vent du large

Face à une langue anglaise qui frappe comme un vent du large, le ministre responsable de la Langue française à Québec, Simon Jolin-Barrette, a de quoi se gratter le cuir chevelu. Quoi faire avec tout cela ?

Réaffirmer les principes forts d’une charte âgée de 45 ans ne suffira pas.

Reste des mesures comme obliger une scolarisation en français dans les cégeps ou exiger un flux migratoire francophone.

S’ajoute certainement une meilleure surveillance des entreprises dans leur démarche de francisation.

Mais le solutionnaire viendra peut-être du même corridor que la menace, soit des technologies d’information avec des traducteurs numériques plus performants. Dès lors, nul besoin que tout le monde parle anglais. Il suffira de communiquer dans n’importe quelle langue adéquatement traduite instantanément. En outre, la mondialisation invite aussi les citoyens à retourner vers leur langue maternelle dans une nouvelle quête identitaire. L’anglais deviendrait ainsi une langue parmi d’autres dans un Québec multiculturel.

Dans un tel contexte, la force légale et informelle du français, spécialement au travail, doit être telle à en faire une langue nationale de liaison. Voilà le nouveau défi linguistique du gouvernement du Québec.

Preuve est faite qu’un modèle québécois francophone fonctionne. Mais il faut l’adapter aux exigences d’un monde industriel branché et mondialisé. À cet égard, le Québec devrait cogner à la porte de la France afin de la conscientiser à ses responsabilités face à l’avenir de la langue française.