À l’aube de la présentation du prochain budget de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, le cabinet fédéral annoncera probablement un important programme d’infrastructures. La construction, dans le corridor Québec-Windsor, d’une voie réservée à un train à grande vitesse (TGV) devrait être prioritaire.

Michel Archambault
Professeur émérite en tourisme, fondateur de la Chaire de tourisme Transat, Université du Québec à Montréal

Le train est plus écologique que l’auto, le bus et l’avion (ce dernier émet de 30 à 50 fois plus de CO2). Coïncidence, l’Union européenne a déclaré 2021 « Année européenne du rail », demandant à ses pays membres de consacrer 70 % des financements en transport au train plutôt qu’à l’avion ou à l’automobile. Face aux enjeux des changements climatiques, « la mobilité est la composante du voyage qui impacte le plus sur l’empreinte carbone… et le train l’emporte toujours sur l’avion et l’auto pour la protection de l’environnement » (G. Cromer, etourisme.info, 15 février 2021).

Le train à grande fréquence (TGF) est certes une évolution dans le domaine du rail au Canada. Toutefois, le TGV constitue un projet d’avenir, une révolution dans le transport des personnes en Amérique du Nord.

Il répond aux besoins des voyageurs qui exigent rapidité et ponctualité sur de longs trajets. C’est le meilleur moyen pour les amener à privilégier le train. Par analogie, on aspire, dans le choix du futur type de train, non pas passer de l’iPhone 5 à l’iPhone 7, mais à l’iPhone 21 !

Pourquoi choisir ce tronçon Québec-Windsor ?

- Le corridor Québec-Windsor (1145 km) touche plus de 20 millions de personnes (plus de 50 % de la population du Canada), dont quelque 70 % dans les grandes agglomérations de recensement de Montréal et de Toronto (Golden Horseshoe) ;

- Les gares Union et Centrale (distantes de 540 km) voient passer plus de 50 % des voyageurs annuels de VIA, au nombre de cinq millions ;

- Le trafic aérien entre Montréal et Toronto est d’environ 3,2 millions de passagers, et plus de 4,5 millions en ajoutant les liaisons avec Ottawa et Québec ;

- VIA prévoit en 2030 quelque 10 millions de passagers sur ses trains. Avec un TGV, la croissance serait encore plus marquée ;

- S’ajoutent les voyageurs qui utilisent le bus, mais surtout l’auto – qui représente toujours 90 % des déplacements dans les tronçons du corridor tels Montréal-Québec, Montréal-Ottawa, Montréal-Toronto, Ottawa-Toronto, etc. Au Québec, on dénombre plus de 24 millions de véhicules (de toutes sortes) qui transitent sur les autoroutes situées dans ce corridor.

Pourquoi choisir le TGV plutôt que le TGF ?

- Économie de temps et d’argent pour le voyageur (majoritairement d’affaires entre Montréal et Toronto) ;

- Le TGV s’avère près de deux fois plus rapide que le TGF : Montréal-Québec en 1 h, Montréal-Toronto en 2 h, de centre-ville à centre-ville ;

- Le voyageur (d’affaires) délaissera facilement l’avion pour le train, si le temps de déplacement est avantageux ou équivalent. De plus, le train est moins sensible aux intempéries que l’avion et l’auto, il y a donc moins de retards et d’annulations ;

- Le TGV va diminuer la circulation routière : moins d’autos et de bus, moins de collisions et d’accidentés, économie d’entretien des autoroutes ; un impact important sur la réduction des émissions de GES.

En termes de coût, la construction d’une ligne à grande vitesse est du même ordre de grandeur qu’une autoroute. Exigeons de nos acteurs politiques qu’ils privilégient un transport plus écologique, plus sécuritaire, et en synergie avec le futur Réseau express métropolitain (REM) de Montréal.

Le plan du président américain Joe Biden privilégie le train dans le développement d’infrastructures de transport pour atteindre des objectifs compatibles avec l’accord de Paris sur le climat (The New York Times, 2 avril 2021). Le gouvernement canadien doit s’en inspirer et révolutionner le transport de personnes entre grandes villes. La France et l’Allemagne ont aussi ouvert la voie. Leurs plans de soutien à AF et Lufthansa, respectivement de 11 et 9 milliards d’euros, préconisent entre autres la mise au rancart de vieux appareils polluants et, surtout, l’adoption de mesures pour que le train rapide soit la norme pour remplacer les voyages en avion inférieurs à 2 ou 3 heures.

L’investissement est certes important, mais un TGV dans le corridor Québec-Windsor serait un gage de succès pour les voyageurs et la planète. On pourrait, par la suite, rêver : relier Montréal et New York et réaliser la vision de feu Jean Drapeau, il y a près de 50 ans ! Relier New York et Montréal, c’est favoriser les liens tissés depuis des années ; c’est mettre Montréal à l’agenda touristique du plus grand bassin de voyageurs internationaux atterrissant aux États-Unis, soit quelque 14 millions de personnes !

Le TGV représente un héritage structurant pour les générations futures et un projet mobilisateur sur les plans économique et touristique.