Alors qu’a été franchi le premier anniversaire du confinement lié à la pandémie de COVID-19, la communauté artistique canadienne se concentre sur la création d’un avenir meilleur et plus durable. Un avenir qui doit profiter des bouleversements engendrés par la pandémie pour réparer le modèle brisé.

Nathalie Maillé et Claire Hopkinson
Respectivement directrice générale du Conseil des arts de Montréal et présidente-directrice générale du Toronto Arts Council et trois autres signataires*

Il faut s’inspirer des solutions du rapport de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC) – Pour que les arts demeurent vivants, publié le 15 mars – et entreprendre les réformes législatives nécessaires qui permettront d’améliorer les conditions socio-économiques des artistes. Pour être efficace, cette réparation devra comprendre un revenu de base garanti.

> Consultez le rapport de la FNCC

Nous, les dirigeantes et dirigeants des plus grands conseils artistiques municipaux du Canada, nous unissons pour la toute première fois pour défendre les intérêts des artistes et des résidants de Calgary, d’Edmonton, de Montréal, de Toronto et de Winnipeg. Collectivement, nous représentons les plus grandes concentrations d’artistes au pays. Nous connaissons bien nos collectivités et leurs défis.

Il suffit de passer devant n’importe quel théâtre ou n’importe quelle salle de concert du pays pour constater que le secteur artistique canadien a été dévasté par la pandémie. Partout, les arts et les spectacles ont subi des effets encore plus graves que les secteurs de l’hébergement et de la restauration. Le PIB du secteur des arts de la scène a chuté de 62 % depuis l’an dernier (The Globe and Mail, 11 mars).

De plus, ce sont les artistes qui ont payé le plus lourd tribut pour cette perte : les heures travaillées dans le secteur des arts, des spectacles et des loisirs ont globalement baissé de 36,6 % en 2020, et de plus de 60 % chez les travailleurs des arts de la scène.

Malgré ces difficultés, les artistes ont répondu aux besoins des Canadiens d’un océan à l’autre. Ils ont mis leurs habiletés, leur imagination et leurs talents à profit par l’entremise de plateformes numériques et de spectacles en plein air.

Ils ont tendu la main aux personnes âgées dans les établissements de soins et aux intervenants de première ligne. Ils nous ont offert leur compagnie lorsqu’on risquait d’être submergés par l’anxiété. Leur art nous a rappelé que le beau temps reviendra et que l’on peut trouver la joie dans des endroits inattendus.

Le recours à l’inspiration face à l’adversité n’est pas nouveau pour les artistes canadiens. Mais il y a une solution à ces difficultés – et cette solution se fait attendre depuis longtemps. Depuis de nombreuses années, les artistes font face à une insécurité financière en raison de leur dépendance à des contrats à court terme précaires dépourvus d’accès à des avantages sociaux, à des congés de maladie payés ou à de l’assurance-emploi, ce que de nombreux travailleurs canadiens tiennent pour acquis. Plus récemment, les plateformes numériques ont érodé les niveaux de rémunération équitables pour le travail artistique. De plus, même si la grande majorité des artistes de notre pays vit dans les villes, les villes elles-mêmes aggravent les problèmes, car le coût de la vie et des espaces de travail des artistes y est particulièrement élevés. Il est bien établi que les travailleurs canadiens, y compris les artistes, issus de communautés marginalisées, sont touchés de façon disproportionnée par des conditions d’emploi précaires.

Les artistes sont des travailleurs et, à bien des égards, la précarité des artistes n’est pas différente de celle des autres travailleurs à forfait ou pigistes dont les moyens de subsistance étaient précaires avant même l’avènement écrasant de la pandémie. Paradoxalement, en cette période de grande crise, une solution s’est faite de plus en plus évidente. Les mesures positives prises par le gouvernement au début de la pandémie telles que la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) ont été essentielles pour les travailleurs individuels, dont les artistes, et peuvent servir de modèles pour l’avenir.

Maintenant, alors que le pays se tourne vers la relance, nous savons que ce sont nos artistes qui travailleront à ouvrir la voie.

Les artistes jouent un rôle unique dans ce pays. Ils sont les porteurs du flambeau de notre culture et de notre identité. Les arts mobiliseront les gens en les encourageant à sortir de leur solitude et à se mêler de nouveau à leur collectivité.

Ils collaboreront avec d’autres secteurs pour élaborer et mettre en œuvre des solutions et des stratégies novatrices de rétablissement. Il ne pourrait y avoir de meilleur moment pour souligner cette contribution avec un revenu de base garanti.

Les arguments en faveur d’un programme de revenu de base garanti efficace et équitable pour les artistes canadiens sont évidents. L’occasion se présente maintenant. La PCU et la PCRE ont prouvé qu’il est possible de soutenir les personnes dont le revenu est précaire, et la mise en œuvre de ces programmes a suscité un appui généralisé du public à l’égard d’un programme permanent. Un nouveau modèle offrant un soutien de base à nos artistes créera un avenir de créativité et d’inspiration qui profitera à toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens.

* Cosignataires : Carol Phillips, directrice générale du Winnipeg Arts Council ; Patti Pon, présidente-directrice générale du Calgary Arts Development ; Sanjay Shahani, directeur général de l’Edmonton Arts Council