Les nageuses artistiques de l’équipe nationale sont présentement à l’entraînement pour les Jeux olympiques de Tokyo, qui ont été reportés à juillet.

Publié le 13 mars 2021
Sylvie Fréchette et Jean-Luc Brassard Médaillés olympiques

L’automne dernier, leur entraîneur était au cœur d’une polémique qui a secoué l’équipe et le sport qu’elles représente, lorsque 44 % d’entre elles ont témoigné d’allégations de comportement abusif et de harcèlement. Le programme a ainsi été arrêté et une enquête externe a été lancée.

Le rapport de cet examen indépendant sur la pratique du sport de façon sécuritaire (Safe sport), préparé par ITP Sport et disponible jusqu’à tout récemment sur le site web de Natation artistique Canada, a révélé qu’il y avait des expériences d’abus psychologique, d’intimidation, de négligence, de harcèlement sexuel sous forme de commentaires offensants et de nature sexuelle, en plus de propos misogynes. Comme si ce n’était pas suffisant, le tout accompagné de discrimination et d’une culture générale de la peur !

Une émouvante conférence de presse, le 9 mars, nous a appris que malheureusement, d’autres athlètes de ce sport furent victimes de ces méthodes d’entraînement inacceptables au fil des ans, méthodes souvent transmises d’une génération d’athlètes humiliés devenus entraîneurs à l’autre.

Il est difficile de croire que ces athlètes d’exception, d’une force phénoménale enveloppée d’une élégance artistique, furent contraintes d’être sous les ordres d’un entraîneur, dont la précédente escale en Slovaquie avait également été ponctuée de plaintes contre lui. Tout cela amène à se demander ce que la direction et le conseil d’administration de Natation artistique Canada savaient des engagements antérieurs de l’entraîneur dans trois pays d’Europe de l’Est avant de venir au Canada.

À l’aube des prochains Jeux olympiques, les nageuses ont le courage de demander de l’aide. Elles sont fatiguées, honteuses, humiliées et désillusionnées, car leur entraîneur leur a brisé le moral et certaines ont même abandonné le sport dont elles étaient tombées amoureuses lorsqu’elles étaient enfants.

Pourtant, dès 2008 des athlètes avaient déjà manifesté pour apporter des changements de culture en natation artistique.

Leurs demandes sont restées lettre morte.

Seules contre le système, elles avaient pourtant osé changer les choses, pour elles, et pour les plus jeunes qui suivaient, en vain.

Une telle démarche inspire une grande admiration pour ces athlètes. À l’époque, elles n’essayaient pas de tout révolutionner, mais désiraient simplement une forme de respect minimale plutôt que des humiliations et des larmes.

Loi du silence

Mais comment se fait-il que le sport soit arrivé à des façons de faire si médiocre ?

Malheureusement, cela semble être une tendance dans les sports jugés ayant un élément esthétique, où des athlètes de divers milieux sportifs et de tous niveaux ont déclaré être victimes de cultures et d’environnements toxiques. Cette histoire de l’équipe de natation artistique nous montre que cette loi du silence, qui sévit trop souvent dans le monde du sport amateur, a une fois de plus conduit au chagrin et aux rêves brisés.

Demandez à toutes les personnes qui travaillent au sein ou autour du sport amateur au Canada et elles vous diront que ces évènements en natation artistique ne sont que la pointe de l’iceberg.

Les choses ne sont pas différentes dans le reste du monde, où il est généralement admis que seule une minorité de victimes dénoncent effectivement des abus.

Aussi fortes physiquement et émotionnellement que soient ces nageuses, elles n’étaient pas équipées pour faire face à un environnement d’entraînement aussi toxique lorsqu’elles se sont jointes à l’équipe. Ainsi, elles ont progressivement accepté l’inacceptable dans l’espoir de l’excellence et du succès. Au final, elles se retrouvent avec des blessures ouvertes et des souvenirs douloureux… exactement l’inverse du rôle que le sport est censé jouer dans la vie. En tant que Canadiens, est-ce vraiment ce que nous voulons faire vivre à nos athlètes ?

Quel triste constat. Triste pour les jeunes athlètes remarquables qui souffrent ; triste pour les parents qui font des sacrifices financiers pour permettre à leurs enfants de s’épanouir dans le sport, et triste pour leurs communautés qui perdent des ambassadeurs hors pair.

En janvier dernier, Natation artistique Canada a fait l’impensable. Soit permettre à un entraîneur qui fait l’objet d’un processus disciplinaire avec plusieurs athlètes de reprendre ses fonctions à la piscine de l’Institut national du sport du Québec, à Montréal.

Celles qui ont osé dénoncer les pratiques douteuses de cet entraîneur se retrouvent dans la situation insoutenable où l’homme à l’origine de leurs malheurs est de nouveau en position d’autorité !

Si les organisations sportives ne font pas ce qu’il faut pour protéger les jeunes contre les abus physiques et psychologiques, n’est-il pas enfin temps pour nos dirigeants qui sont en autorité à Québec et à Ottawa de prendre les mesures supplémentaires nécessaires pour protéger les athlètes amateurs contre les abus ?

Dans le cas de l’équipe de natation artistique du Canada, le message envoyé est clair : « Silence, nous coulons. »

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