La protection des milieux naturels en zones urbaines et périurbaines est un enjeu majeur pour le Québec. Il requiert une attention prioritaire et immédiate. La pandémie, les changements climatiques et la destruction des milieux naturels sont des enjeux environnementaux qui menacent la santé physique et mentale ainsi que la qualité de vie de tout le monde. Malgré les nombreuses alertes lancées depuis des années, on continue de sacrifier à un rythme effarant le peu d’espaces verts subsistants, au profit de nouvelles habitations.

Patricia Chalifour et André Labarre
Respectivement cofondatrice de SOS Boisés de la Pinède de Saint-Jean-sur-Richelieu et fondateur du mouvement citoyen Dernier espace vert de Chambly, et 25 autres signataires*

Des groupes citoyens ne ménagent aucun effort pour se porter à la défense d’espaces verts de proximité (boisés, anciens golfs, terrains en friche, milieux humides et hydriques, etc.). Tous se heurtent aux mêmes contraintes, tantôt légales, tantôt financières ou politiques. À bout de souffle, à bout de ressources, nous souhaitons partager nos inquiétudes et notre conviction que l’on peut faire mieux pour protéger ces espaces.

La Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU), qui a 40 ans, ne répond plus aux besoins des villes, ni aux aspirations des résidants. Heureusement, en janvier dernier, le gouvernement annonçait une vaste consultation nationale sur l’aménagement du territoire. Le moment nous semble tout désigné pour décréter un moratoire national sur tout développement dans les milieux naturels et espaces verts urbains.

En plus de préserver temporairement le peu de territoire naturel, cette pause favoriserait une prise de décisions plus éclairées, reflétant les besoins et les enjeux actuels et futurs en matière d’occupation du territoire. Cela donnerait le temps nécessaire la population, aux scientifiques et aux experts d’exprimer leurs points de vue et préoccupations quant aux impacts néfastes des développements effrénés dans leurs communautés, mais également de proposer des solutions gagnantes.

En ces temps de réflexion, nous incitons fortement le comité consultatif désigné par Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, à reconnaître le potentiel et la valeur écologique de même que les nombreux bénéfices pour la santé de la population qu’offrent les milieux naturels, les boisés, les anciens golfs, les terrains en friche et les parcs. Nous encourageons la ministre à s’adjoindre tous les ministres concernés dans les enjeux de l’aménagement du territoire sur l’environnement, la sécurité publique et la santé. Il faut que tous les intervenants et les décideurs se concertent et s’engagent à adopter prestement des solutions novatrices et durables. Il est impératif de protéger, de restaurer et de connecter ce qui reste d’espaces naturels dans le sud du Québec : là où vivent et respirent 80 % des Québécois.

Afin de faciliter l’acquisition d’espaces verts urbains à des fins de protection, nous demandons au gouvernement de réformer la Loi sur l’expropriation en recentrant l’indemnisation sur une juste valeur marchande qui reflète davantage le zonage en place que la valeur spéculative et de reconnaître les efforts déployés par les villes.

Aux élus des municipalités régionales de comtés (MRC) et des villes, nous demandons de reconnaître et de valoriser les bénéfices des services écologiques rendus par les espaces naturels et de ne pas sous-évaluer leur potentiel social et économique à long terme. Il est nécessaire que les résidants soient entendus, que les municipalités soient réceptives à leurs demandes et qu’elles revendiquent auprès du législateur les moyens nécessaires pour les soutenir. Ce plan doit contribuer à améliorer concrètement la santé, la qualité de vie et le bien-être de la population, ce qui nécessite impérativement la protection de l’environnement. Enfin, nous demandons aux citoyens d’être vigilants et de s’unir pour exiger la protection des milieux naturels de proximité partout au Québec.

La conservation de la biodiversité et des milieux naturels doit être prioritaire pour le gouvernement du Québec. Nous voulons occuper le territoire en respectant la nature dont nous, humains, faisons partie intégrante. Ensemble, faisons preuve de volonté, de courage et de lucidité, pour l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.

Il est de notre responsabilité d’agir ensemble, ici et maintenant.

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