Ces derniers jours, le projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles est souvent présenté sous l’angle de la joute politique. Le fédéral aurait pris de court Québec, alors le gouvernement québécois doit occuper la glace.

Jonathan Plamondon Jonathan Plamondon
Porte-parole de l’organisme Les Communes*

Voir la promotion de notre langue uniquement sous l’angle de la compétition entre Québec et Ottawa favorise une confrontation. Or, ce n’est que par le dialogue et la collaboration que nous pourrons mettre en place un plus grand nombre de mesures pour favoriser l’utilisation du français.

Depuis des décennies, les deux ordres de gouvernement ont peu collaboré sur cette question. Pendant ce temps, le français a reculé au Québec comme dans le reste du Canada. Il n’y a pas de lien de causalité entre les deux, mais l’action unique de Québec ne constitue pas la solution optimale pour renverser cette inquiétante tendance. Le fédéral se doit d’agir aussi.

Il faut reconnaitre que pendant longtemps il n’y a pas eu de propositions formelles pour renforcer l’utilisation du français de façon systémique dans les compétences fédérales comme le fait la Charte de la langue française (loi 101) pour l’État du Québec.

Cette page est maintenant tournée, le gouvernement fédéral veut agir pour augmenter l’utilisation du français. Il reconnaît que notre langue est à risque par sa situation minoritaire au Canada et en Amérique. Face à cette proposition, certains demandent que le gouvernement québécois soit le seul maître d’œuvre sur la langue au Québec. Ce devrait être Québec qui encadre la langue de travail dans les entreprises privées de compétence fédérale sur son territoire plutôt qu’Ottawa.

Pourtant, les éléments phares de ce qui se fait au Québec sur la langue de travail se retrouvent dans la proposition de modernisation de la Loi sur les langues officielles, notamment avec l’instauration du « droit d’exercer [ses] activités en français » dans les entreprises dites fédérales qui œuvrent au Québec.

Entre l’inaction et l’abdication, Ottawa a donc opté pour la conciliation en s’inspirant grandement de notre Charte de la langue française.

Le projet espère même une collaboration avec l’Office québécois de la langue française pour maintenir la pratique volontaire de certification des entreprises fédérales en vertu de la loi 101.

À la lumière de la proposition d’Ottawa, maintenir que le gouvernement québécois doit être le seul défenseur de notre langue nous éloigne d’un débat sur la mise en place de nouvelles mesures. Cela revient à rejeter la possibilité que deux gouvernements puissent partager des objectifs communs avec leurs propres actions dans leurs champs de compétences respectifs. Dans un monde où les gouvernements doivent plus que jamais travailler ensemble face aux problèmes globalisés, il semble essentiel de voir Ottawa et Québec favoriser la collaboration sur l’avenir de notre langue.

Les bases de cette collaboration y sont, car rien dans la proposition de la ministre Mélanie Joly n’érode les pouvoirs du Québec. En effet, Ottawa souhaite agir à l’intérieur de ses compétences, voire établir des « ententes administratives » avec le Québec pour la défense de notre langue.

Il est normal d’être ambitieux pour l’avenir du français et vouloir toujours plus de mesures. Ne laissons pas ce souhait détourné par la joute politique et assurons-nous d’un dialogue pour qu’à Ottawa comme à Québec on s’active pour le français.

* Les Communes est un organisme voué au dialogue sur les questions de politiques publiques fédérales-provinciales.