En cette période de pandémie, les écoles se sont transformées.

Stéphanie Godin Stéphanie Godin
Directrice générale, Externat Mont-Jésus-Marie

Ces milieux d’ouverture, de fraternité, d’amitié, d’accolades ont dû être repensés dans leur intégralité. L’école primaire a ouvert ses portes en août dernier avec des règles, des consignes, des procédures, des marques au sol tous les deux mètres, des panneaux de plexiglas et des enseignantes de maternelle masquées.

Chaque bulle-classe a son endroit bien défini dans l’école et dans la cour. Les déplacements dans les corridors, dans les escaliers et à l’extérieur sont régis à la minute près. Les visites aux toilettes réglementées, les fontaines hors d’usage. Les chants d’enfants sont devenus dangereux, les câlins interdits.

Un matin de neige et de soleil, une enseignante de première année a souhaité amener son groupe à l’extérieur pour profiter du beau temps avec ses petits mousses. Or, cette année, la spontanéité se voit vite confrontée aux contraintes « COVID-19 ».

Lorsqu’elle est arrivée dans la grande cour gentiment prêtée par nos voisins, un groupe s’activait déjà avec la professeure d’éducation physique. On ne mélange pas les bulles-classes ! Elle a donc rebroussé chemin avec le sourire : « Ce n’est pas grave les enfants, on va faire autre chose, on va s’adapter ! » En arrivant dans la cour d’école, la récréation avait débuté et les grands avaient pris la place, tous divisés par des lignes imaginaires. Chaque territoire d’une bulle-classe est dorénavant déterminé par des frontières plus ou moins floues : à partir de la maisonnette, avant la toile d’araignée, après le mur d’escalade. Des amis de classes différentes se disent bonjour de chaque côté de ces divisions, autrefois inexistantes.

Bref, Mme Mireille et ses élèves ne pouvaient évidemment pas prendre la place des plus vieux qui, portant leurs masques depuis quelques heures en classe, avaient bien besoin d’air frais. « Les enfants, on va aller marcher, ce n’est pas grave, on va s’adapter et on va tout de même profiter du soleil. » C’est donc avec le sourire que la joyeuse petite bande de pompons multicolores a déambulé autour de l’école. Impossible d’aller au parc, car les arrondissements n’ont pas tous permis les rassemblements d’enfants, même si c’est par bulles-classes, même si c’est pour l’école. Impossible d’aller au musée, car ils sont ouverts, mais les sorties demeurent toujours interdites pour les écoles.

Les directeurs et directrices du primaire n’arrivent tout simplement pas à avoir le même son de cloche d’un quartier à l’autre. Cela dépend des centres régionaux de santé publique, qui, bien sûr, n’ont pas tous les mêmes règles. Comme nos élèves, nous nous adapterons.

Nous ferons des journées thématiques, un festival d’hiver, une bulle-classe à la fois, au gymnase nettoyé par le professeur d’éducation physique et la surveillante entre le passage des groupes différents. Nous remettrons des prix en présentiel et en virtuel pour ceux qui sont en confinement et surveillerons la ventilation de façon continuelle.

La semaine suivante, Mme Mireille cherchait un livre dans sa classe. Elle avait prévu une activité avec son groupe, mais n’arrivait pas à retrouver le cahier en question. Il n’était pas non plus dans la pile de livres en quarantaine. Voyait-elle clairement sous sa visière ? C’est ce moment qu’a choisi Mikel, 7 ans, pour la rassurer : « Ce n’est pas grave, Mme Mireille, on va s’adapter ! » Nous avons tous dû nous adapter, faire des sacrifices, nous isoler des nôtres pour mieux les protéger.

Or, les plus petits d’entre nous méritent toute notre admiration. Non seulement ils se sont soumis à toutes nos règles, à nos consignes et à de multiples tests de dépistage, mais ils l’ont souvent fait avec courage, résilience et la volonté de continuer d’apprendre, malgré tout, dans le plaisir.

À tous les enfants et adolescents, tout particulièrement mes 420 + 3 enfants, je vous félicite et vous avez toute mon admiration. À tous les membres du personnel du milieu scolaire qui, à travers leurs actions quotidiennes et leur attitude, ont permis des apprentissages parfois encore plus importants que ceux du programme, je souhaite une très belle semaine de relâche.