La coalition Sortons la Caisse du carbone a évalué, dans un rapport publié le 17 février dernier, que les placements de la Caisse de dépôt et placement du Québec (la Caisse) dans le pétrole et le gaz ont été déficitaires dans la dernière décennie et que 2020 a été la pire année, autant en termes de perte de valeur que de pourcentage. La Caisse publiera sous peu les rendements obtenus en 2020. Un groupe d’experts universitaires du domaine économique et des politiques publiques se joignent aujourd’hui à la coalition pour poser les questions auxquelles la Caisse doit répondre dans le contexte de cet échec financier.

Sébastien Collard et Éric Pineault
Respectivement porte-parole de la coalition Sortons la Caisse du carbone et professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, et huit autres signataires*

Sortons la Caisse du carbone a évalué que le rendement des 50 principaux investissements boursiers de la Caisse dans les énergies fossiles (appelés Carbone 50 CDPQ) a connu une perte de valeur de 57 % entre 2011 et 2020 et que ces investissements placés sur le marché international sans énergies fossiles (MSCI ACWI ex fossil fuel) auraient permis aux Québécois de disposer de 16 milliards de rendements supplémentaires. L’année dernière a été la pire en 10 ans, avec une chute de valeur de presque 32 % pour Carbone 50 CDPQ, et une perte de rendements supplémentaires de 4,2 milliards.

Si la Caisse a perdu autant en 2020 et dans la dernière décennie, ce n’est pas faute d’avoir une politique sur le développement durable. La Caisse vise la carboneutralité de ses placements en 2050, elle veut diminuer l’intensité des émissions de ceux-ci de 25 % d’ici 2025 et elle finance une série de projets à faible intensité carbone.

Les pertes colossales dans le pétrole et le gaz reposent sur le refus d’entendre l’appel à la prudence lancé d’un côté par le mouvement du désinvestissement, et de l’autre par des économistes reconnus tels que Mark Carney, ancien directeur de la Banque d’Angleterre. Le message était clair : si l’humanité respecte l’Accord de Paris et arrive à contenir l’emballement climatique, une importante portion des investissements dans le secteur des énergies fossiles deviendra des pertes irrécupérables.

La question n’est pas idéologique, elle est mathématique. La Caisse, en gardant dans son portefeuille les entreprises exploitant les énergies fossiles, a fait le pari qu’elles demeureraient rentables, que les énergies renouvelables ne les supplanteraient pas. La Caisse affirme se positionner en acteur responsable face à la crise climatique, alors pourquoi avoir misé sur la réussite financière des entreprises qui l’alimentent ?

Nous avons toujours soutenu que « le meilleur moment pour vendre les actions dans le pétrole et le gaz était 2011 et le deuxième meilleur moment est maintenant ». Cette année, nous devons être plus clairs : vendez maintenant les actions du Carbone 50 CDPQ avant de tout perdre.

Cet appel rationnel à la prudence se voyait appuyé la semaine dernière par un nouvel acteur. L’agence de notation financière Fitch soulignait à grands traits les risques de décote pour les pays tels que le Canada et les grands investisseurs tels que la Caisse qui ont d’importants actifs dans le secteur pétrolier.

La Caisse présentera bientôt ses résultats financiers de 2020. Reconnaîtra-t-elle que ses pertes dans les actifs pétroliers et gaziers sont irrécupérables ? Fera-t-elle preuve de transparence en acceptant de les quantifier ? Quelle est l’imputabilité des gestionnaires concernés ? La Caisse s’engagera-t-elle à complètement désinvestir des énergies fossiles ? Enfin, informera-t-elle les Québécois-es de la stratégie qu’elle mettra en place pour limiter les dégâts et protéger notre bas de laine ? Nous avons déjà suffisamment payé de notre santé financière et environnementale, nous demandons des réponses et des actions cohérentes à la Caisse.

* Cosignataires : Caroline Brouillette, analyste des politiques au Réseau action climat Canada ; Annie Chaloux, professeure adjointe à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, directrice du Climatoscope ; Jérôme Dupras, professeur agrégé à l’Université du Québec en Outaouais, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique ; François Delorme, département de sciences économiques de l’Université de Sherbrooke ; Mélanie Busby, co-porte-parole de la coalition Sortons la Caisse du carbone ; Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada ; André-Yanne Parent, directrice générale, Réalité climatique Canada ; Diego Creimer, responsable, Solutions naturelles pour le climat et relations gouvernementales, à la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec