La pandémie déclarée il y a près d’un an n’a pas fini d’avoir des impacts sur nos vies individuelles et collectives. Les mesures de distanciation physique nous ont amenés à changer notre relation avec tout ce qui nous entoure, y compris avec les gens près de nous. Si certains apprentissages ont été positifs, il a parfois été difficile de s’habituer à d’autres changements.

Julie Caron-Malenfant Julie Caron-Malenfant
Directrice générale de l’Institut du Nouveau Monde

La jeunesse peut en témoigner. De nombreux jeunes vivent une situation financière précaire à la suite de la perte de leur emploi, en plus de souffrir du manque de socialisation dû à l’école à distance. Un sondage Léger commandé par l’Union étudiante du Québec, dans le cadre de son enquête éclair sur la santé psychologique étudiante en temps de pandémie, qui vient tout juste de paraître, met en lumière leur fragile santé mentale : 81 % des répondants ont eu un score élevé sur l’échelle de la mesure de la détresse psychologique.

> Consultez le rapport de l’enquête

Une récente étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) abondait dans le même sens, indiquant que les personnes de 18 à 24 ans sont plus nombreuses que leurs aînés à présenter des signes de détresse, d’anxiété et de piètre santé mentale.

> Visitez le site web de l’INSPQ

Ce mal-être relié à la pandémie s’ajoute aux inquiétudes déjà bien présentes dans la vie des jeunes. Il y a un an, au moment de la grève pour le climat, l’écoanxiété et l’incertitude en lien avec le futur dont souffre la jeune génération avaient déjà été mises en lumière. Cette situation est certes préoccupante, mais elle appelle surtout à l’action. Il est temps d’écouter les attentes de nos jeunes et de les inclure dans les décisions que nous prenons.

La jeunesse est inspirée et pleine de solutions, comme nous le voyons chaque année lors de nos activités qui l’impliquent. Dans son mandat d’éducation à la citoyenneté, l’INM se fait un devoir de mettre en avant cette parole de la jeunesse et de la faire résonner auprès des décideuses et décideurs.

En 2020, près de 400 jeunes de partout au Québec ont participé à notre grande école de citoyenneté annuelle pour échanger avec des spécialistes d’horizons divers autour de quatre grands thèmes : la démocratie, le vivre-ensemble, la parité et la démondialisation. À cette occasion, les jeunes ont proposé des pistes d’action qui méritent d’être exposées au public.

Assez de la désinformation

En ces temps de COVID-19 où l’écran est notre principal lien avec le monde, il est important de renforcer la démocratie pour construire une société plus inclusive, durable et participative.

Dans un Plaidoyer pour une reprise démocratique saine, les jeunes lancent un appel à une meilleure capacité à comprendre l’actualité. On demande au gouvernement d’appuyer davantage les médias traditionnels, si importants dans nos démocraties, qui font preuve de pratiques déontologiques rigoureuses permettant d’avoir accès à une information de qualité.

Autre enjeu : la fracture numérique. La pandémie l’a prouvé ; c’est encore un problème au Québec. Cette fracture contribue à l’exclusion de certains groupes du dialogue public. Les jeunes insistent pour la mise en place de politiques favorisant un accès universel aux technologies de l’information et de la communication.

Assez des inégalités

Pour une démocratie en santé, il faut des instances qui représentent la diversité de la population. À ce sujet, le Québec ne fait pas bonne mine. Les jeunes relèvent qu’une plus grande représentation des femmes au Parlement permettrait de résoudre un autre problème : celui de la crise climatique. En effet, la présence de femmes dans les parlements nationaux contribue à la mise en place de règles plus strictes quant à l’environnement et à une politique climatique plus ambitieuse.*

Mais au-delà de la parité dans le monde politique, c’est la parité dans la société qui préoccupe davantage les jeunes. Parmi les problèmes : la faible présence de femmes dans les conseils d’administration et dans les postes de direction ; et les écarts de salaire avec les hommes pour des postes similaires (au Canada, une femme gagne 0,89 $ par dollar fait par un homme dans le même emploi).

Pour la jeunesse, il est temps de passer à l’action pour faire de la parité une réalité dans notre société.

Les jeunes rêvent aussi de projets pour sensibiliser et déconstruire les préjugés en lien avec les personnes en situation de handicap ou encore pour créer une trousse d’outils autonomes pour en apprendre plus sur les enjeux autochtones et favoriser la réconciliation.

Assez de l’inaction climatique

Enfin, comment ne pas parler de la question environnementale avec des générations si mobilisées face à la crise climatique ? Les jeunes ont publié un recueil de textes passionnés qui lancent un appel à l’action et qui livrent leur vision d’avenir. Une invitation à changer nos modes de production et à miser sur l’éducation à l’environnement pour opérer le changement. Après tout, comme ils et elles l’affirment, « la transition, c’est la logique ».

La jeunesse québécoise ne manque pas d’idées ni de ressources. Souvent dépeinte comme démobilisée et blasée, la jeunesse que nous rencontrons chaque année fait la démonstration retentissante du contraire. Dans ces temps moroses où toute idée est bonne à prendre, pourquoi ne pas laisser une vraie voix aux jeunes ? La participation citoyenne renforce la démocratie. Écouter les jeunes peut lui donner un souffle nouveau pour un futur meilleur. Les jeunes ne sont pas que notre avenir, ils sont aussi le présent !

* > Consultez le site web de l’Union internationale pour la conservation de la nature (en anglais)