Le vapotage chez les jeunes a quintuplé en à peine quelques années et, aujourd’hui, c’est trois élèves sur dix qui vapotent tous les jours ou presque.

Publié le 13 févr. 2021
Flory Doucas
Flory Doucas Porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac

Face à ce désastre de santé publique, le fédéral a fini par corriger le tir, mais c’est en raison de la lenteur et la faiblesse de ces correctifs que de nombreuses provinces ont elles-mêmes décidé de légiférer, notamment sur la question critique des saveurs qui sont au premier plan des raisons données par les jeunes pour expliquer leur engouement envers ces produits.

À cet égard, le ministre de la Santé du Québec a enfin annoncé le 9 décembre dernier son intention d’agir pour « interdire la vente des produits de vapotage comportant une saveur ou un arôme autre que celui du tabac », un engagement qui va tout à fait dans le sens des recommandations du directeur national de Santé publique, du groupe spécial d’intervention (cliniciens, experts et ONG du Québec), du Conseil des médecins en chef du Canada et de plus de 130 autres organisations et intervenants scolaires, communautaires et en santé du Québec.

Sans surprise, les différents groupes et lobbys associés au vapotage n’ont pas tardé à manifester leur opposition à l’interdiction des saveurs.

Au moins un de ces lobbys, l’Association des représentants de l’industrie du vapotage (« VITA-ARIV »), est financé à 50 % par l’industrie du tabac et utilise les mêmes arguments douteux que cette dernière, auxquels est ajouté celui de la « réduction des méfaits ».

Or, si cet argument est valide lorsqu’exprimé par les intervenants en santé, il devient pour le moins suspect lorsqu’il est utilisé dans le cadre de la quête de profits d’une entité commerciale. En effet, dans tout l’historique de l’approche de la réduction des méfaits en lien avec l’abus de stupéfiants, les autorités gouvernementales n’ont jamais sollicité l’opinion des trafiquants de drogues pour concevoir leurs politiques de santé et de prévention étant donné le flagrant conflit d’intérêts en jeu.

Conflit d'intérêts

Si les fabricants et commerçants de produits de vapotage peuvent toujours affirmer avoir à cœur la réduction des méfaits, il n’en reste pas moins que ce même conflit d’intérêts teinte leurs positions, puisqu’ils ont tout intérêt à maximiser le nombre de personnes qui utilisent et deviennent dépendantes de leurs produits, qu’il s’agisse de fumeurs, de non-fumeurs et même – ou peut-être surtout – de jeunes. Le scandale entourant les tactiques de JUUL Labs (Philip Morris détient 35 % de l’entreprise) qui fait face à la justice américaine démontre éloquemment ce conflit d’intérêts.

Au Canada, les multinationales du tabac sont parmi les plus gros acteurs du marché du vapotage et on peut constater dans leurs documents internes leur enthousiasme face à l’élargissement du marché de la nicotine sur tous les fronts, autant par l’entremise du tabagisme que par le vapotage chez les non-fumeurs.

Soulignons que rien n’empêche les entreprises de cigarettes électroniques de soumettre leurs produits au processus d’homologation de Santé Canada pour les faire certifier en tant qu’aides thérapeutiques à l’arrêt tabagique, comme le sont les timbres dermiques, pastilles, gommes et inhalateurs de nicotine. En étant homologués, ils pourraient ainsi faire l’objet de publicités pour la cessation, être vendues dans les pharmacies et contenir des saveurs, et ce, même si cela était interdit pour les versions non homologuées.

Or, si l’industrie ne semble pas intéressée à soumettre ses produits au processus de validation, c’est sans doute parce que le vide réglementaire actuel ne lui fournit pas suffisamment d’incitatifs à le faire.

Pourtant, l’homologation est la seule voie qui forcerait l’industrie à se concentrer sur la commercialisation de produits sécuritaires et efficaces pour la cessation au lieu de concevoir des artifices et des saveurs qui attirent les jeunes.

Bien qu’on ne doute pas de la sincérité des vapoteurs affirmant avoir arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique, de même que la pertinence de permettre aux fumeurs d’y avoir accès dans le cadre de leurs tentatives de cessation, il faut reconnaître que, outre les nombreux cas anecdotiques, les études scientifiques révèlent que le vapotage ne favorise pas la cessation tabagique au niveau populationnel. Bien au contraire, les données montrent que la plus grande proportion des vapoteurs continuent de fumer (ce qui est pire pour la santé que le fait de fumer seulement) et que la majorité de ceux qui parviennent à arrêter vont continuer à vapoter, ce qui n’est pas rien.

D’ailleurs, de plus en plus de professionnels de la santé signalent que l’utilité de ces produits observée en milieu clinique (et documentée dans des études) découle, en grande partie, de l’encadrement serré des patients et du suivi effectué par de vrais spécialistes de la dépendance – ce qui diffère grandement du contexte des boutiques et des dépanneurs dans un contexte non clinique.

Pour ces raisons et le fait que le vapotage constitue une porte d’entrée au tabagisme pour de nombreux jeunes, il est clair que la cigarette électronique n’est pas la solution magique à l’épidémie du tabagisme. D’où l’importance et l’urgence pour le ministre Christian Dubé de limiter l’attrait des cigarettes électroniques en interdisant les saveurs qui continuent de séduire les jeunes.

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