Qui est vraiment Joe Biden ? Le journaliste Vincent Brousseau-Pouliot revisite l’histoire des 50 dernières années aux États-Unis à travers la vie du nouveau président américain, afin de comprendre les défis qui attendent l’administration Biden.

Publié le 31 janv. 2021

Je sais que parfois nous sommes un grand frère pénible, mais nous sommes plus comme une famille que comme des alliés.

Joe Biden lors de sa visite officielle à Ottawa en 2016

Dans l’histoire des relations canado-américaines, celle entre l’administration Obama et le gouvernement Trudeau pendant un peu plus d’un an, en 2016, est l’une des plus chaleureuses.

Sur le plan personnel, Barack Obama et Justin Trudeau s’entendent bien (cette amitié se poursuivra après la retraite politique d’Obama). Sur le plan politique, ils ont des philosophies similaires. Et, sur la scène internationale, Justin Trudeau pourra continuer de défendre les principes chers à Barack Obama.

L’administration Obama déroule donc le tapis rouge pour Justin Trudeau en l’invitant à un dîner d’État à la Maison-Blanche, le 10 mars 2016, une première depuis 1997 lorsque Bill Clinton avait invité Jean Chrétien. Joe Biden n’y assiste pas, étant en visite officielle en Israël ce jour-là. 1

Quelques mois plus tard, le 29 juin 2016, c’est au tour de Barack Obama de visiter Justin Trudeau dans la capitale canadienne pour le Sommet des leaders nord-américains à Ottawa. Après le sommet, Barack Obama livre un discours passionné et historique à la Chambre des communes. 2

Puis, en décembre 2016, c’est le dernier épisode de cette « bromance » diplomatique lorsque Justin Trudeau invite le vice-président de Barack Obama à Ottawa.

Dans son discours, Biden rappelle les liens forts qui unissent le Canada et les États-Unis, qui se partagent la plus longue frontière terrestre au monde. Celle-ci, longue de 8893 kilomètres, excède les frontières Russie-Kazakhstan (7644 kilomètres) et Argentine-Chili (6691 kilomètres).Mais, au-delà des frontières géographiques, Joe Biden parle des similitudes entre les Canadiens et les Américains.

« Je sais que parfois nous sommes un grand frère pénible, mais nous sommes plus comme une famille que comme des alliés, dit-il. C’est ce que la grande majorité des Américains ressentent à l’égard des Canadiens. Il est impossible pour les États-Unis d’abandonner le Canada. Il n’a jamais été bon de parier contre les États-Unis et le Canada en raison de la résilience de nos peuples. »

Citations :

Mes beaux yeux sont les seuls que vous allez voir aujourd’hui.

Justin Trudeau

Je me souviens de l’époque où on parlait de mes beaux yeux.

Joe Biden

Joe Biden connaît depuis longtemps la famille Trudeau.

Ce respect et cette amitié sont on ne peut plus évidents lorsque Joe Biden est en visite officielle à Ottawa, en décembre 2016. Son hôte : le premier ministre canadien Justin Trudeau.

En soirée, le tout-Ottawa est convié à un dîner en l’honneur du vice-président américain.

Trudeau prend la parole en premier. Avant les choses sérieuses, il se permet une blague en comparant cette soirée au dîner d’État à la Maison-Blanche quelques mois plus tôt. À Washington, il y avait des centaines d’invités prestigieux. Des politiciens, des gens d’affaires mais aussi des vedettes hollywoodiennes comme l’acteur canadien Ryan Reynolds et sa femme, l’actrice Blake Lively.

En cette soirée enneigée de décembre à Ottawa, il y a beaucoup de ministres fédéraux au pied carré, mais pas de trace d’aucune vedette hollywoodienne digne d’attirer les paparazzis. « [Il n’y a] pas de Ryan Reynolds ou de Blake Lively. Mes beaux yeux sont les seuls que vous allez voir aujourd’hui », dit Justin Trudeau.

Quand il cède la parole à Joe Biden, le vice-président s’approche du micro, prêt à commencer son discours. Les applaudissements cessent.

« Je me souviens de l’époque où on parlait de mes beaux yeux », dit le politicien qui vient alors de fêter ses 74 ans.

La foule s’esclaffe de rire. Comme amorce à son discours, c’est réussi…

Ce soir-là, Joe Biden parle aussi du père de son hôte, Pierre Elliott Trudeau. « J’ai connu votre père, dit-il à Justin Trudeau. C’était un homme bien et honorable. Quand j’ai perdu une partie de ma famille [NDLR : sa femme et sa fille sont mortes dans un accident d’auto en 1972], je me rappelle qu’il a communiqué avec moi. Je l’ai ensuite regardé travailler (dans les années 1970 et 1980) et c’était un homme d’une grande intégrité. Mon père disait qu’on mesurait son succès comme père quand on regardait ses enfants et qu’on réalisait qu’ils s’avéraient meilleurs que soi […]. J’ai connu du succès comme père, et votre père a connu beaucoup de succès. » 4

Joe Biden presse aussi le jeune premier ministre canadien d’être un « véritable leader » qui portera le flambeau du libéralisme économique sur la scène internationale, après le départ de Barack Obama.

« Si vous regardez à travers le monde, il y a des périodes où il y a pénurie de véritables leaders (genuine leaders) et des périodes où il y a une grande offre, dit Joe Biden. Actuellement, je n’ai jamais vu l’Europe douter autant d’elle-même. Le monde va passer beaucoup de temps à vous regarder, Monsieur le premier ministre, pendant que nous aurons plus de défis que jamais en matière d’ordre international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. » 5

Quand Joe Biden prononce ces paroles, en décembre 2016, Donald Trump vient de vaincre Hillary Clinton aux élections présidentielles et fera son entrée à la Maison-Blanche le mois suivant.

Joe Biden est loin de se douter que quatre ans plus tard, ce sera lui que le monde passera « beaucoup de temps à regarder » pour s’inspirer.

Sources des citations : discours lors de la visite officielle de Joe Biden à Ottawa en décembre 2016

1 William Booth et Carol Morello, « Biden arrives in Israel to talk billions in military aid-and try to patch things up », The Washington Post, 8 mars 2016

2 Vincent Brousseau-Pouliot et Hugo de Grandpré, « Le discours d’Obama en cinq thèmes », La Presse+, 30 juin 2016

3 Sharon Omondi, « Countries With the Longest Land Borders », WordAtlas com, 1er octobre 2019

4 Vincent Brousseau-Pouliot, « Il faudra des hommes comme vous, monsieur le premier ministre », La Presse+, 9 décembre 2016

5 Vincent Brousseau-Pouliot, « Il faudra des hommes comme vous, monsieur le premier ministre », La Presse+, 9 décembre 2016.

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

Joe Biden en 50 citations

Joe Biden en 50 citations
Vincent Brousseau-Pouliot
Éditions La Presse
Janvier 2021, 264 pages

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