Le Québec commémore le quatrième anniversaire de la tuerie à la Grande Mosquée de Québec qui a eu lieu le 29 janvier 2017. Cette tuerie a laissé six pères de familles tués, six veuves, 17 orphelins et un père de famille tétraplégique. Plusieurs personnes qui étaient à la mosquée au moment de la tuerie seront traumatisées pour la vie.

Publié le 30 janv. 2021
Hassan Guillet
Hassan Guillet Avocat à la retraite et ingénieur

Des activités de commémoration ont eu lieu à travers le Canada. Au-delà de ces activités, nous devons agir collectivement pour protéger notre société des préjugés, de la haine et de la violence.

Nous avons fait du chemin depuis le 29 janvier 2017, mais le chemin qui nous reste à parcourir est long. Voici mes constatations du progrès que nous avons fait et des défis qui nous restent à soulever :

– Auparavant, les Québécois de confession musulmane étaient souvent considérés comme les représentants du monde musulman et, par conséquent, tenus responsables de tout acte blâmable commis par un musulman dans le monde. Cette accusation par association est heureusement moins visible aujourd’hui dans notre société.

– Auparavant, plusieurs associaient le terrorisme à l’islam. Maintenant, on peut dire qu’il y a un grand courant populaire qui réalise que le terrorisme n’a ni religion ni nation. Le terrorisme est un crime et ses auteurs doivent rendre compte de leurs crimes.

– La tuerie de Québec a encouragé certaines personnes à faire ce qu’on appelle du Quebec bashing, en traitant les Québécois de xénophobes ou d’islamophobes. À cet égard, on peut signaler qu’avant la tuerie de la mosquée à Québec et après, il y a eu malheureusement plusieurs tueries à travers le monde. Comme il ne faut pas blâmer tous les musulmans pour des crimes que certains musulmans commettent, il ne faut pas tenir tous les Québécois responsables du crime commis à la Grande Mosquée de Québec.

– Plusieurs églises, synagogues, mosquées et organisations de la société civile ont pris l’initiative en 2019 de consacrer la dernière semaine du mois de janvier de chaque année à la sensibilisation du fait musulman dans la société québécoise. Cette année, nous organisons la troisième édition de la semaine de sensibilisation du 25 au 31 janvier. Cette année, à cause de la pandémie, toutes les activités de cette semaine sont virtuelles. L’objectif de la semaine de sensibilisation musulmane n’est pas religieux et ne vise pas à expliquer l’islam aux non-musulmans.

L’objectif est plutôt de mettre l’accent sur les Québécois de confession musulmane comme citoyens qui ont les mêmes aspirations, les mêmes droits et les mêmes obligations que tous les autres membres de la société.

– Le gouvernement fédéral a annoncé son intention de faire du 29 janvier la Journée nationale de commémoration de l’attentat à la mosquée de Québec et d’action contre l’islamophobie, en l’honneur des victimes et en solidarité avec les survivants de cette tragédie. C’est un pas dans la bonne direction. Par contre, il faut que cette déclaration soit suivie par des lois pour bien définir l’islamophobie, pour rassurer les sceptiques et identifier les mesures à prendre pour protéger la société de l’islamophobie. Il serait opportun que le gouvernement du Québec reconnaisse l’existence de l’islamophobie et adopte les mesures nécessaires pour la combattre. Certainement, ça ne voudra pas dire que le Québec est raciste ou islamophobe. Par contre, il y a des racistes et des islamophobes et on doit prendre les moyens pour les identifier et les mettre hors d’état de nuire.

– Malgré le progrès qui est fait, il ne faut pas perdre de vue que l’intégration et le vivre-ensemble ne réussiront pas tant que les diplômes et les compétences des néo-Québécois ne seront pas reconnus. Un ingénieur qui conduit un taxi ou une infirmière qui travaille en usine faute de reconnaissance de leurs diplômes ne pourront pas se sentir citoyens à part entière. La pandémie à laquelle nous faisons tous face nous enseigne jusqu’à quel point la société a besoin des compétences de tous ses membres, indépendamment de leurs origines ou leurs appartenances religieuses.

– La polémique qu’a suscité la nomination récente de trois personnalités musulmanes à des postes importants nous montre la profondeur des préjugés auxquels les Québécois et Canadiens de confession musulmane sont confrontés. Il faut rêver au jour où ces personnes seront évaluées selon leurs compétences et non leur confession ou leur origine.

– Un des plus grands défis de notre société est encore le rôle que doivent jouer les médias et les réseaux sociaux dans le projet du vivre-ensemble. Nous avons une responsabilité collective de trouver un équilibre entre la liberté d’expression et la nécessité de lutter contre la désinformation, la culture de la haine et le diabolisation de l’autre.

Finalement, c’est avec le dialogue qu’on va respecter la mémoire de nos martyrs et qu’on va réussir à offrir à nos enfants un avenir libre de préjugés, de haine et de violence. Nous ne pouvons rien faire pour les morts, mais nous devons protéger les vivants.

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