Le conseil municipal de Montréal votera lundi un règlement présenté comme ayant pour objectif d’améliorer l’offre en logements sociaux, abordables et familiaux. Le problème avec ce règlement, c’est que l’on mise sur des mécanismes qui auront des effets contraires aux objectifs poursuivis.

Jean-Marc Fournier Jean-Marc Fournier
Président-directeur général de l’Institut de développement urbain, et trois autres signataires*

Même si l’offre de logements sociaux et abordables est essentiellement tributaire du rehaussement des investissements des gouvernements du Québec et du Canada à la hauteur des besoins, la Ville propose d’adopter malgré tout un règlement qui instaurera le prélèvement d’une taxe supplémentaire à tous les nouveaux acquéreurs dans le but de subventionner un certain nombre d’unités. Cette mécanique poussera les prix à la hausse et découragera les citoyens de choisir de résider à Montréal. Au moment où Montréal enregistre un déficit migratoire record, selon le dernier rapport de l’Institut de la statistique du Québec, cette décision est totalement incompréhensible.

La mécanique

La Ville reconnaît elle-même que les prix sont trop élevés et que cela pousse ses citoyens vers les banlieues ; pourtant, elle choisit une mécanique qui les augmente davantage. Pourquoi ?

Avec sa nouvelle mouture, le règlement définit un logement abordable comme un logement vendu à 90 % de la valeur moyenne. Cependant, en imposant une charge supplémentaire, la valeur moyenne augmente et donc, le prix réel de l’abordable est lui-même poussé à la hausse. Pourquoi faire ce choix alors que les coûts de construction augmentent déjà et continueront d’augmenter dans la prochaine année ?

Montréal est la seule ville de la CMM à aller dans cette direction. Qui plus est, Montréal est la seule ville au Québec à suivre cette voie.

Ce sont les nouveaux logements du seul territoire de Montréal qui subiront une hausse de prix. Avant même la pandémie et ses effets sur le télétravail, il était clair que cette mécanique allait pousser les citoyens vers les banlieues. D’ailleurs, c’est en partie en raison des effets négatifs de cet « auto-isolement » de Montréal que l’Office de consultation publique de Montréal (OPCM) avait indiqué qu’il était préférable de reporter le volet abordable du projet. Alors, la question demeure : pourquoi choisir cette mécanique qui ne réduit ni la pénurie ni l’étalement urbain ?

Un autre choix

La pénurie de logements sociaux ne date pas d’hier. Déjà en 2016, la Direction de santé publique de Montréal demandait une action québécoise. Aujourd’hui, les effets économiques de la pandémie aggravent la situation des plus vulnérables. L’objectif de rehausser l’offre en logements sociaux, abordables et familiaux est encore plus pertinent. Les autorités montréalaises ont raison d’insister pour mettre en œuvre des actions urgentes en faveur d’un territoire plus inclusif où chacun a sa place. Malheureusement, la Ville promeut le mauvais plan de match.

Les signataires de la présente lettre, comme bien d’autres acteurs économiques et sociaux, plaident auprès du gouvernement du Québec pour une « Stratégie nationale de développement de logements sociaux, abordables et familiaux ». Nous avons lancé un appel à cet effet en décembre. Nous l’avons réitéré lors de la consultation prébudgétaire du ministère des Finances au début du mois. Pour quelle raison le conseil municipal de Montréal renonce-t-il à cette avenue et préfère-t-il adopter une mécanique qui va à l’encontre de l’objectif de mixité et d’inclusion qui fait consensus ?

Il y a un autre choix. Les élus de Montréal peuvent favoriser la mixité et l’inclusion par un ajout de logements et ainsi commencer à répondre à la pénurie. Ils peuvent adopter des mesures qui freinent la hausse des prix. Ils peuvent inciter plus de résidants à s’établir à Montréal. Comment faire cela ? En insistant auprès des gouvernements du Québec et du Canada pour un rehaussement de l’aide au logement.

En ajoutant chacun leur voix à celles des milieux économiques et sociaux, les élus montréalais pourront alors compter sur l’appui d’autres municipalités ailleurs au Québec et, qui plus est, sur la considération favorable des élus provinciaux et fédéraux.

Le conseil municipal peut saisir l’occasion qui se présente lundi pour faire preuve de leadership. Il peut choisir de regrouper tous les acteurs des milieux économiques et sociaux et devenir le leader d’un mouvement pour revendiquer des investissements majeurs en matière de logements sociaux auprès des gouvernements. Dans cette perspective, suivre la recommandation de l’OPCM constitue le bon choix. Si la Ville de Montréal souhaite une plus grande inclusion, cela devrait se réaliser à l’échelle métropolitaine, et assurément à l’ensemble du Québec.

*Cosignataires : Jean-François Arbour, ingénieur et président de l’Association de la construction du Québec ; Luc Bélanger, président-directeur général de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec ; Eric Côté, président-directeur général de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec