Les auteurs s’adressent au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

Publié le 21 janv. 2021
Stéphane Bilodeau et Amir Khadir Respectivement ingénieur mécanique et médecin spécialisé en microbiologie médicale-infectiologie*

Le 8 janvier, vous avez rendu public le bilan des tests réalisés en décembre dans 330 classes des écoles primaires et secondaires pour mesurer le taux de gaz carbonique (CO2). Puis vous avez déclaré que la qualité de l’air dans les écoles n’est pas une source d’inquiétude. Avec respect, cette affirmation est fausse.

Étant respectivement ingénieur mécanique avec un doctorat en ventilation des bâtiments et médecin spécialisé en infectiologie, chacun depuis plus de 25 ans, c’est avec une certaine incrédulité que nous nous sommes rendu compte que le rapport du groupe d’experts sur lequel vous vous êtes appuyé comporte de graves lacunes et erreurs méthodologiques.

Ce rapport vous fait dire que seules 3 % des classes testées poseraient un problème, car c’est seulement dans ces classes que les concentrations de CO2 auraient dépassé 2000 parties par million (ppm). Ce seuil est presque trois fois plus élevé que le niveau de risque reconnu par les experts.

Les connaissances scientifiques accumulées depuis le début de la pandémie montrent qu’il faut assurer de cinq à six changements d’air par heure dans une classe de taille moyenne pour limiter les risques de contagion. Une telle pratique maintient le taux de CO2 à moins de 800 ppm. Un taux supérieur à cette concentration est associé à un risque accru de contagion par les aérosols infectieux émis par un élève ou un enseignant porteur du SRAS-CoV-2.

Vos tests ont été réalisés en majorité dans les écoles munies d’un système de ventilation mécanique. Or, la majorité des écoles n’en ont pas. L’absence de correction de ce biais de sélection est une erreur méthodologique inexplicable.

Le rapport d’experts que vous avez commandé soutient que, lorsque les tests étaient pris pendant les cours, le taux de CO2 était inférieur à 1000 ppm dans 64 % des classes. Or, ce taux était supérieur à ce seuil dans 49 % des classes dépourvues de ventilation mécanique. Ce seuil établi avant la pandémie, et qui est trop élevé pour contrer la contagion, est donc dépassé dans la moitié des classes qui ne comptent que sur les fenêtres et les portes pour assurer des changements d’air fréquents.

Purificateurs et échangeurs d’air

C’est une bonne idée que de suggérer d’ouvrir régulièrement les fenêtres dans les écoles qui n’ont pas de système de ventilation. Mais cette stratégie a ses limites lorsque les températures hivernales sont très basses. L’installation généralisée de systèmes de ventilation mécanique serait souhaitable, mais elle est complexe, surtout dans les vieux bâtiments, et elle ne peut pas se faire en quelques jours. Il faut donc sans tarder recourir à des mesures complémentaires. Les purificateurs d’air sont une de ces mesures, comme le reconnaît l’Agence de la santé publique du Canada. Il est aussi possible d’installer des échangeurs d’air dans une grande partie des classes qui posent problème. Cela peut se faire rapidement à des coûts raisonnables.

En août dernier, le gouvernement fédéral a accordé près d’un demi-milliard de dollars au Québec pour une réouverture sécuritaire des écoles. À cela s’ajoutent les fonds que votre gouvernement a engagés dans son plan triennal pour la modernisation des établissements scolaires.

L’argent ne manque donc pas pour rehausser la qualité de l’air dans les écoles.

Le temps presse. Une démographe a démontré qu’à Montréal, les écoles sont une source de contagion dans la communauté.

Bien entendu, les purificateurs et les échangeurs d’air pourraient être eux-mêmes une source de risque s’ils étaient mal conçus ou mal installés. Mais pourquoi le seraient-ils ? Le Québec dispose de milliers de professionnels, ingénieurs, techniciens et installateurs certifiés. Mettons-les à contribution.

Membres de COVID-Stop.ca

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