Le Québec n’a pas une grande tradition intellectuelle. On entend peu ceux qui développent une véritable pensée, qui prennent de la distance avant de s’exprimer. L’opinion n’est pas de la pensée. Pourtant, cette pandémie regorge d’exemples pour lesquels on aurait bien besoin de comprendre le pourquoi. Pourquoi tel groupe agit de telle ou telle façon ? Pourquoi certains partent en voyage ? Pourquoi certains ne veulent pas du vaccin ? Pourquoi certains ont fêté en groupe à Noël ?

David Crête David Crête
Professeur de marketing à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières

Au lieu de tenter de comprendre, on attaque, souvent avec violence. On leur colle des étiquettes d’idiots, de tatas, d’irresponsables, de nombrilistes et des pires. Ces attaques sont-elles révélatrices de qui nous sommes ? D’un Québec consensuel qui digère mal un comportement contraire à la majorité ? Pourquoi avons-nous de la difficulté à accepter que d’autres agissent différemment de nous ?

On pourrait se souhaiter, pour 2021, d’être moins sur la défensive et davantage à l’offensive avec des arguments fondés, un peu plus réfléchis.

Tenter de comprendre le pourquoi des comportements aide grandement. Ceux qui n’agissent pas comme la majorité ne sont pas tous des débiles.

Les dérapages surviennent souvent sur les réseaux sociaux, c’est vrai. Il faut se méfier de soi lorsqu’on est derrière un clavier. On perd notre jugement comme si le cerveau ne s’était pas encore adapté aux contacts virtuels.

Nous aimerions peut-être que l’humain soit constamment rationnel. Mais ce n’est pas le cas. L’économie comportementale le démontre depuis longtemps. Une décision, ne pas se faire vacciner ou voyager, par exemple, peut se prendre sans connaître les conséquences réelles, par manque d’information, en empruntant des raccourcis, un phénomène connu en psychologie. L’émotion et l’intuition peuvent jouer un rôle dans nos décisions, décisions que nous regretterons peut-être plus tard. Il faut également mentionner que nous avons tous une tolérance au risque qui diffère d’un individu à l’autre. Ce niveau de tolérance pourra influencer notre motivation à poser un geste ou non.

Les minorités

Les attaques que nous constatons depuis plusieurs mois visent des minorités. Le cas des voyageurs dans le Sud est le plus révélateur. La conformité est pourtant une force puissante. Nous avons une tendance naturelle à imiter les autres même si nous ne l’admettons pas consciemment. Les autorités doivent d’ailleurs s’en réjouir, les mesures sanitaires étant largement suivies. Mais l’amplification des médias et des réseaux sociaux est telle que nous avons l’impression qu’un phénomène est généralisé alors que ce n’est pas le cas. Remettons en perspective. Dans ce cas-ci, en réalité, peu de Québécois ont quitté le pays pour le Sud. Il est certain que notre entourage joue un rôle, cette influence sociale pouvant nous conforter à poser des gestes, à prendre une décision ou une autre.

Si en plus nous avons tendance à aimer nous distinguer, à être différent, nous prendrons sans doute une décision qui va à l’encontre de ce que fait la majorité.

Il faut reconnaître que l’époque est à l’émotion. Nous avons l’impression que les mauvaises nouvelles s’accumulent, l’expression de la peur étant partout. Tout le temps. Cette peur peut avoir un effet pervers, celui de pousser certains à poser des gestes qui semblent irrationnels : peur du vaccin, de retourner à l’école, écœurantite et désabusement menant au voyage, à se voir en groupe, etc.

C’est pour tout ce qui précède que nous devrions faire davantage l’éloge du recul. Et le pratiquer.