Les auteures s’adressent à Danielle McCann, ministre de l’Éducation supérieure

Lynda Champagne et Hélène Lambert
Enseignantes au collégial

Il y a beaucoup de rationnel dans ce que l’on vit en ce moment. Il y a des priorités. Des choix de société. Des secteurs de l’économie sont prospères et florissants, comme l’alimentation, d’autres sont à l’agonie, comme la culture. On peut en dire autant des humains qui traversent cette période. Certains réussissent à se sentir utiles, à contribuer, alors que d’autres sont contraints à l’isolement et forcés de se réinventer, comme on l’entend souvent.

Or depuis mars dernier, un groupe de la population est davantage laissé pour compte que les autres : il s’agit des élèves et étudiants du cégep et de l’université, nos « jeunes adultes ». Ils se sont exprimés sur différents médias pour qu’« on ne les oublie pas ». Danielle McCann, vous aviez alors dit les « avoir entendus » et reconnaître leur « besoin d’oxygène », pour reprendre les mots mêmes des étudiants.

Lundi dernier, les élèves du primaire ont retrouvé leurs groupes et leurs enseignants. Lundi prochain, ce sera le tour des élèves du secondaire. Et le lundi suivant ? Rien pour ceux et celles qui apprennent à distance (et s’auto-enseignent dans bien des cas) sans broncher depuis le 12 mars dernier, avec un bref sursis durant l’été. Les plus chanceux sont les élèves des domaines techniques requérant des laboratoires. Mais les autres ?

Pour certains d’entre eux, être privés de leurs contacts sociaux et être confinés à leur chambre depuis tant de mois les expose à un sérieux désenchantement et désintéressement de la vie.

Nous ne sommes pas psychologues, mais des enseignantes soucieuses de la santé de nos élèves qui souffrent dans l’indifférence généralisée en ce moment.

Votre gouvernement fait énormément de calculs coûts/bénéfices pour guider ses décisions. Malgré leurs appels répétés, les demandes des élèves pour recevoir un enseignement notamment en classe hybride sont restées très limitées sinon absentes. Les directions des collèges soutiennent qu’elles ont les mains liées par vos mesures restrictives. Par conséquent, quels que soient leurs cris sourds, ils restent dans le bas-fond des priorités de votre gouvernement.

Pourquoi pas les cycles supérieurs ?

Vos méthodes de calculs pour autoriser l’ouverture des écoles primaires et secondaires peuvent-elles s’appliquer aux cycles supérieurs ? Masques en permanence, distanciation, nettoyage systématique, création de groupes stables, etc. ? Que vaut la santé mentale de milliers de jeunes élèves et étudiants de 17 à 25 ans ? C’est à votre gouvernement de leur répondre avec humanité et de baliser autant que de restreindre.

Plusieurs de nos jeunes sont au bord du précipice en ce moment. Les abandonner à leur isolement et leur solitude prolongés sans faire les efforts nécessaires pour répondre à leur besoin de socialisation, lequel contribue grandement à leur apprentissage, c’est leur faire payer un prix trop élevé pour le danger qu’ils représentent dans cette pandémie. C’en est assez. Nous n’en pouvons plus de savoir qu’ils s’éteignent derrière des carrés noirs. Nous attendons de vous, Mme McCann, des indications claires afin que les établissements d’enseignement postsecondaire, notamment les cégeps où nous œuvrons, puissent davantage favoriser le mieux-être de nos étudiants, de jeunes adultes.