La publicité télévisuelle québécoise a mal à sa langue.

Benoît Melançon Benoît Melançon
Professeur au département des littératures de langue française à l’Université de Montréal*

« Toutes les informations que t’as besoin », promet un site de revente de voitures en ligne. « Dont t’as besoin », ce ne serait pas plus mal.

Un laboratoire pharmaceutique semble croire que l’expression « à quelque part » est correcte. Désolé : non.

Il y a quelques années, une société de télécommunications diffusait un « ça leur dérange pas » du plus mauvais effet. Une autre ne comprenait pas le fonctionnement du subjonctif.

Le gouvernement du Québec n’est pas en reste. Défendant la nécessité du confinement, François Bellefeuille confond « amener » et « apporter ». Chez Loto-Québec, on préfère « les câbles, c’est moi qui les a » à « les câbles, c’est moi qui les ai ».

On pourrait multiplier les exemples. Comment expliquer ce phénomène ?

Les déclinistes, ceux qui croient que tout était mieux avant, prétendront que le niveau baisse, que les réclames étaient plus réussies linguistiquement dans le bon vieux temps. Ce n’est pas vrai : ouvrez n’importe quel journal du début du XXe siècle et vous verrez qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil.

D’autres s’interrogeront sur le vedettariat québécois. Il n’y a vraiment personne pour oser dire à l’omniprésent Pier-Luc Funk qu’il se trompe de genre en vendant un hamburger, qu’il confond le masculin et le féminin ?

Les messages publicitaires sont des entreprises collectives : on ne les fait généralement pas tout seul dans son coin. Il paraît assez peu plausible que les publicistes québécois, dans leur ensemble, ne maîtrisent ni l’usage du pronom relatif ni l’accord du verbe avec son sujet.

Il y a en fait une explication plus simple : au Québec, la correction linguistique minimale n’est pas une valeur de plusieurs entreprises commerciales et sociétés gouvernementales. Pour elles, mettre en ondes des publicités au français approximatif (pourtant faciles à corriger) est sans conséquence. Qui le leur reprochera ?

De plus, elles se donnent à peu de frais l’impression d’être proches de leurs clients, de parler la même langue qu’eux. Ils font des fautes ? Nous aussi !

À société distincte, pubs distinctes.

* Benoît Melançon a publié Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Del Busso éditeur, 2015