Copie d’une lettre envoyée à Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration

Catherine Fournier Catherine Fournier
Députée de Marie-Victorin, Indépendante

Monsieur le Ministre,

Le 19 mai, nous apprenions que la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) attendue depuis l’automne serait finalement déposée « sous peu », selon les propos de votre porte-parole, Marc-André Gosselin, rapportés par le journaliste Romain Schué de Radio-Canada. Le même jour, en conférence de presse, le premier ministre François Legault a cependant précisé que cette réforme était « encore en analyse ». C’est donc dans ce contexte que je me permets de vous soumettre la présente proposition : celle d’un PEQ-santé.

Ce PEQ-santé pourrait s’articuler sur deux fronts : d’abord, celui – habituel – des étudiants étrangers ayant obtenu un diplôme au Québec. Il s’agirait alors de déployer un effort particulier de recrutement au sein des diplômés des secteurs de la santé, surtout ceux issus des programmes d’assistance à la personne en établissement et à domicile et des sciences infirmières, là où les besoins sont les plus importants, sans aucune barrière à l’entrée, c’est-à-dire sans exigence d’expérience professionnelle au préalable. De toute manière, dans l’immense majorité des cas, leur formation aura comporté un ou plusieurs stages au sein du système de santé québécois.

Le second front pourrait quant à lui être érigé dans une toute nouvelle catégorie, en sus des étudiants étrangers ayant obtenu un diplôme au Québec et les travailleurs étrangers temporaires : celle des demandeurs d’asile.

En effet, nous savons qu’un nombre significatif de demandeurs d’asile récents – dont la majorité est d’origine haïtienne – œuvrent présentement comme préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD de la grande région de Montréal, particulièrement touchés par la pandémie de COVID-19.

La crise que nous vivons à l’heure actuelle met d’ailleurs en exergue les besoins criants de personnel dans nos établissements de soins de longue durée, alors que nous vivions déjà une pénurie d’employés dans ce secteur bien avant l’arrivée du coronavirus.

Bien sûr, la question des salaires et des conditions de travail en général est fondamentale pour corriger la situation, et je me réjouis que votre gouvernement semble avoir la volonté ferme d’agir en ce sens. Au-delà du recrutement, il serait toutefois complètement illogique, comme société, de se permettre de perdre des travailleurs (surtout travailleuses) déjà en place au sein de notre réseau, des travailleurs qui ont acquis une connaissance de nos institutions, qui partagent notre langue française et qui, au surplus, auront mis leur vie en danger pour soigner celles de plusieurs milliers d’aînés vulnérables au Québec dans les derniers mois.

Le partage des compétences en immigration entre le Québec et le Canada stipule que les demandes d’asile relèvent du gouvernement fédéral. Or, ces dernières années, la Commission de l’immigration et du statut de réfugiés a vu ses délais de traitement de dossiers s’allonger considérablement, de sorte qu’une fois la décision rendue, le demandeur d’asile est souvent déjà pleinement intégré au Québec. Mais pourquoi attendre l’octroi d’un statut de réfugié par le gouvernement du Canada pour ces personnes contribuant déjà à la société québécoise ? Le gouvernement du Québec ne doit pas se contenter du laisser-faire fédéral en la matière. Il peut agir lui-même en offrant des certificats de sélection du Québec (CSQ) à ces demandeurs d’asile à l’œuvre dans les CHSLD et autres établissements de soins de santé du Québec, en créant une catégorie pour ce faire à même le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), dans le cadre de ce nouveau PEQ-santé. Cette démarche s’inscrirait par ailleurs très bien dans la volonté de votre gouvernement de procéder au rapatriement de l’ensemble des compétences en matière d’immigration.

Au plaisir d’en discuter avec vous.

Le PEQ-santé, en résumé
• Étudiants étrangers ayant obtenu un diplôme au Québec dans les secteurs de la santé, sans exigence d’expérience professionnelle préalable.
• Demandeurs d’asile œuvrant déjà dans les établissements de soins de santé du Québec, dont les CHSLD