Après un temps d’arrêt imposé par la pandémie, plusieurs secteurs de l’économie reprennent graduellement leurs activités.
Même si la COVID-19 n’est pas encore derrière nous, nous pouvons déjà tirer quelques leçons de la crise et viser à prendre les bonnes décisions pour que la reprise actuelle soit solide et durable, notamment dans le secteur de la construction et dans le domaine manufacturier.

Kathy Baig Kathy Baig
Présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

La construction est un acteur majeur de la relance. Certains chantiers qui avaient débuté avant la crise sont maintenant en mode rattrapage. D’autres débuteront au cours des prochaines semaines. Dans tous les cas, il nous faut collectivement demeurer vigilants et nous assurer que la qualité, la durabilité et la résilience des bâtiments et des infrastructures demeurent prioritaires. Les contribuables et les consommateurs s’attendent légitimement à en avoir pour leur argent.

À cet égard, plusieurs ingénieurs qui font de la surveillance de travaux évoquent certaines préoccupations, dans la mesure où les activités de surveillance pourraient être appelées à se faire plus rapidement, voire à être réduites. C’est sans compter les travaux qui ne font l’objet d’aucune surveillance puisque celle-ci n’est toujours pas obligatoire au Québec, contrairement aux autres grandes provinces canadiennes. Rappelons que la surveillance permet de rectifier à la source des défauts qu’il est coûteux de corriger lorsqu’ils sont découverts après la fin des travaux.

L’étape de la conception est également cruciale pour la qualité et la durée de vie d’un ouvrage. Pour déployer pleinement leur savoir-faire et proposer des solutions innovantes, les ingénieurs et les autres professionnels impliqués doivent pouvoir compter sur un environnement propice, notamment sur des échéanciers et des budgets raisonnables de la part des donneurs d’ouvrage et des entrepreneurs.

Un secteur manufacturier innovant

Pour des raisons évidentes, on a moins parlé du rôle des ingénieurs que de celui des professionnels de la santé dans la lutte contre la COVID-19. La crise a toutefois révélé à quel point la rapidité d’adaptation de nos industries est névralgique. La capacité des ingénieurs à réorienter rapidement une ligne de production ou encore à adapter des matériaux ou des composantes à des usages nouveaux a contribué à assurer la qualité de services essentiels. Nous n’avons qu’à penser aux manufacturiers qui ont entrepris de fabriquer des visières de protection, du gel antiseptique ou de l’équipement médical tels les ventilateurs.

Dans le contexte de la reprise, les ingénieurs veulent continuer à soutenir le secteur manufacturier québécois. Pour la fabrication de biens jugés critiques, mais également pour d’autres produits dont la fabrication au Québec pourrait être accentuée afin de favoriser l’achat local.

Pensons à la transformation agroalimentaire. Pensons aussi aux technologies propres pour faire face au défi climatique des prochaines décennies. Plusieurs l’ont d’ailleurs souligné : nous pouvons profiter de la relance pour accentuer le virage vers une économie plus verte.

Dans tous les domaines du secteur manufacturier, les ingénieurs peuvent soutenir les fabricants dans leur recherche d’une productivité accrue afin d’être en mesure de compétitionner encore mieux avec les grandes chaînes de production mondiales. Les ingénieurs sont les champions de l’amélioration continue des produits et des procédés. Les manufacturiers peuvent compter sur leurs compétences techniques et leur créativité pour produire de manière plus efficiente tout en maintenant, voire en augmentant, la qualité des biens fabriqués.

La reprise ordonnée et graduelle est vitale. Profitons de cette relance pour mettre en place les conditions qui permettent aux professionnels de déployer pleinement leur savoir-faire. C’est toute la société qui en sortira gagnante !