Il y a, aujourd’hui, au Québec, 1 250 000 personnes âgées de 60 à 70 ans. À celles-ci s’ajoutent 420 000 personnes qui ont de 71 à 75 ans. Vous en connaissez sans doute plusieurs.

Bernard Morency, Luc Godbout et René Beaudry
Respectivement professeur associé à HEC Montréal, professeur titulaire en fiscalité et en finances publiques et actuaire*

Jusqu’à la mi-mars, elles étaient actives dans leur communauté. Certaines, comme notre premier ministre, occupaient un emploi à temps plein. D’autres occupaient des emplois à temps partiel. Plusieurs faisaient du bénévolat. Elles côtoyaient des jeunes et des moins jeunes partageant leurs expériences. Elles offraient un coup de main à leurs enfants ou à leurs parents. La très grande majorité est en bonne santé. Elles veulent, elles aussi, contribuer à la relance de la vie économique et communautaire… tout en étant prudentes.

De nombreux Québécois ont des parents qui ont vécu ou qui vivent encore dans les CHSLD ou les résidences pour personnes âgées. Ils ont vu leurs conditions de vie se détériorer et se disent : pas question que je finisse ma vie dans de telles conditions !

Pourtant, si rien n’est fait, dans 20 ans, lorsqu’ils auront plus de 75 ans, ce sera pire qu’aujourd’hui. En 2040, au Québec, il y aura près de 1 350 000 personnes de plus de 75 ans, alors qu’il y en a environ 650 000 aujourd’hui. Or, le nombre de personnes de 20 à 64 ans restera pratiquement inchangé (5 030 000 contre 5 050 000). Si d’aucuns sont d’accord pour dire que nous manquons de personnel dans les CHSLD aujourd’hui, que dirons-nous dans 20 ans ? Aurons-nous les moyens financiers et humains d’offrir aux aînés qui résident en CHSLD, en RPA ou de manière autonome les services dont ils auront besoin ?

Que peut-on faire ? Beaucoup.

Prenons exemple sur le côté financier de notre système de retraite. Dans les années 70, au-delà de 25 % des personnes de 65 ans et plus vivaient sous le seuil de la pauvreté. En 2018, le pourcentage de personne de 65 ans et plus à faible revenu au Québec, mesuré à l’aide du panier de consommation, n’était plus que de 2,5 %. 

La situation financière de nos aînés s’est considérablement améliorée, mais il ne faut pas baisser la garde, et nous ne le faisons pas.

En effet, de nombreux groupes se préoccupent de l’efficacité de notre système de retraite. Lorsqu’ils trouvent des failles, ils proposent des solutions. On n’a qu’à penser à l’amélioration récente du Régime des rentes du Québec ou à la promesse des libéraux fédéraux de hausser la Pension de sécurité de la vieillesse à 75 ans.

Pouvons-nous en dire autant des conditions de vie, surtout après 80 ans ? Malheureusement, non. Pourtant, une Québécoise de 65 ans a, aujourd’hui, 80 % de chances de vivre jusqu’à 80 ans et 50 % de chances de vivre jusqu’à 90 ans. La longévité, c’est cela. Avec de tels chiffres, nous devons nous préoccuper davantage de nos conditions de vie après 80 ans que du risque de mourir avant 80 ans.

Notre système actuel craque de partout. On manque d’espace. On manque de personnel. On manque d’argent. Lorsque les soins sont offerts, ils ne sont pas toujours à la hauteur. Le temps n’arrangera les choses que si nous faisons des gestes maintenant pour corriger le tir et éviter de simplement transférer le fardeau aux plus jeunes.

Parmi les pistes à étudier pour les services aux personnes âgées en perte d’autonomie, il y a :

– l’équilibre entre le public et le privé : doit-on tout « nationaliser » ou chercher un meilleur équilibre et une meilleure gouvernance ?

– la gestion des ressources humaines : est-ce normal d’avoir autant recours aux agences privées pour combler les besoins de main-d’œuvre ?

– la place des soins à domicile : l’aide est-elle adaptée pour soutenir ceux qui choisissent de vivre chez eux et ceux qui les aident ?

– un financement à moyen et long terme : pouvons-nous faciliter les mesures fiscales et autres crédits, promouvoir la valeur du soutien financier des prestations des régimes publiques, financer les individus plutôt que le système, comme le dit le Dr Hébert, et envisager une tarification utilisateur-payeur adaptée pour ceux qui en ont les moyens ?

– une meilleure gestion de crise, car, malheureusement, il y en aura d’autres.

Toutefois, notre réflexion doit être plus large, plus audacieuse. Elle doit inclure le rôle que nous voulons que les personnes de 60 ans et plus jouent dans notre société, particulièrement celles âgées de 60 à 75 ans. Comment pouvons-nous les aider à bien préparer leur avenir ? Car oui, elles en ont un. Donnons-leur la chance de faire partie de la solution plutôt que de leur dire qu’elles sont celles que l’on doit protéger à tout prix !

* Les trois ont été membres du comité d’experts sur le système de retraite québécois