La pandémie que nous vivons frappe particulièrement les personnes âgées. Au Québec, 91,2 % des personnes mortes de la COVID-19 ont 70 ans et plus. Et de ces tristes morts, 70 % se sont produites, souvent dans des conditions inhumaines, dans des CHLSD et 19 % dans des résidences pour personnes âgées. On ne doit donc pas se surprendre que ce drame sans nom occupe une large partie de l’espace médiatique et des efforts gouvernementaux pour redresser, si c’est encore possible, la situation dans les CHLSD.

Robert Lacroix Robert Lacroix
Professeur et recteur émérites, Université de Montréal, Fellow CIRANO

Dans ce contexte, les jeunes de 30 ans et moins, parmi lesquels on ne trouve aucun mort et qui ne semblent pratiquement pas souffrir, du point de vue de la santé, de cette pandémie, sont implicitement vus comme les épargnés de cette crise sanitaire. Et ils le sont bien involontairement. Toutefois, ce drame sanitaire se conjugue à une crise économique et des finances publiques qui frappe et continuera de frapper, de façon tout à fait particulière, notre jeunesse.

Sur le marché du travail

Il faut réaliser que dans moins d’un mois, plus de 100 000 jeunes sortiront du secondaire professionnel, du cégep technique et des universités avec un grade scolaire les ayant préparés à entrer de plein pied sur le marché du travail.

Ces jeunes étaient, en janvier dernier, remplis d’espoir quant à leur perspective d’avenir sur un marché du travail qui n’avait jamais été, depuis des décennies, aussi accueillant pour les nouveaux arrivants. En quelques mois tout s’est écroulé. Tout compte fait, personne n’embauche, bien au contraire, l’économie est en pause. Donc, pas d’offres d’emplois ni d’entrevues pour eux ni maintenant ni pour un bon bout de temps. L’incertitude est complète, et leur déception, immense.

Pour les quelque 200 000 autres jeunes diplômés de nos établissements qui ont été embauchés au cours des deux dernières années, la situation n’est pas plus rose. Comme l’économie risque de rouler nettement en dessous de son haut niveau des dernières années, ils seront probablement les premiers à se retrouver au chômage pour une période plus ou moins longue.

Or, la littérature économique nous enseigne que pour un jeune, l’entrée sur un marché du travail perturbé nuit à la qualité du déroulement de sa carrière et au revenu qu’il en retirera durant sa vie active. Compte tenu de l’ampleur de la présente perturbation, on peut raisonnablement penser que les coûts à terme de cette crise pour les jeunes seront considérables.

Sur le cheminement éducatif

Les jeunes aux études au cégep ou à l’université travaillent généralement, dans divers emplois, quelque 20 heures par semaine pour leur permettre de financer une partie des coûts de leur formation. Ces emplois risquent de se faire plutôt rares dans les deux prochaines années. Il y a là un risque de décrochage important surtout pour les jeunes venant de milieux moins bien nantis.

La pause éducative que vivent les jeunes du secondaire entraînera, elle aussi, une hausse du décrochage scolaire, taux de décrochage qui est déjà beaucoup trop élevé au Québec.

Compte tenu de la hausse vertigineuse de l’endettement de nos gouvernements, le réinvestissement dans nos universités et nos cégeps, déjà sous financés, sera remis aux calendes grecques. On risque même de vivre des coupures importantes dans ces financements. La qualité de l’éducation offerte à nos jeunes en souffrira grandement durant des années.

La crise appréhendée des finances publiques et celle que vivent nos entreprises toucheront aussi le financement de la recherche dans nos universités et dans le secteur privé. Les postes qui devaient s’ouvrir pour accueillir les jeunes chercheurs ayant terminé de très longues études universitaires ne s’ouvriront pas et beaucoup de jeunes chercheurs récemment embauchés perdront leur emploi.

En somme, même si les jeunes semblent épargnés par cette pandémie, ils sont déjà lourdement frappés par les dommages collatéraux de cette crise. Ce faisant, c’est tout le potentiel futur de notre société et de notre économie en matière de croissance, de dynamisme et d’innovation qui est fortement hypothéqué par cette crise. Dans l’ensemble des réflexions que fera notre société et des décisions que prendront nos gouvernements, on devra s’occuper de l’avenir de nos personnes âgées sans pour autant oublier le sort de nos jeunes, qui sont l’avenir de notre société.