Tous s’entendent pour dire que pour contrôler la pandémie, il doit y avoir un dépistage massif qui permette de trouver les personnes infectées et un retraçage des contacts pour les isoler. Ainsi, en trouvant les personnes malades et les gens avec qui elles ont été en contact, on veut assiéger le virus, briser la chaîne de propagation et permettre un retour à un semblant de normalité.

Benoit Gareau Benoit Gareau
Président du Groupe Espace Santé

Des équipes épidémiologiques mènent un interrogatoire serré auprès de la personne récemment diagnostiquée afin de connaître ses déplacements et savoir avec qui elle a été en contact dans les derniers jours. Fort de cette information, l’équipe peut alors partir à la recherche des contacts afin de les prévenir d’une possible exposition. Les équipes font ensuite des recommandations pour un isolement de 14 jours et donnent l’information sur les symptômes à surveiller.

Le retraçage de contacts est un processus long et laborieux.

Bien entendu, l’équipe doit interviewer le patient infecté, mais elle doit surtout approcher plus d’une douzaine de contacts, la famille, les amis, les collègues de travail et les contacts dans divers milieux pour connaître l’étendue de la propagation. On sait par exemple que l’endroit le plus à risque est souvent la maison lorsqu’une personne vient d’être infectée. Il faut agir vite.

Selon le DTrevor Bedford, spécialiste de l’évolution et de la propagation de virus du Centre Fred Hutch de Seattle, de ce qu’on connaît du virus, le système doit chercher les contacts de la personne infectée 48 heures après son test positif si on veut briser la chaîne de transmission.

Des Hercule Poirot épidémiologiques

Le retraçage de contacts peut donner de bons résultats lorsque déployé avec vigueur et persévérance. D’ailleurs, il a été utilisé avec efficacité à de nombreuses reprises, qu’on pense au SRAS de 2003 ou au virus de l’Ebola de 2014. Toutefois, on comprend que le retraçage fonctionne bien quand le niveau d’infection est faible et que les communautés sont petites. Le retraçage peut aussi être utile dans des communautés plus petites, comme les hôpitaux et les centres de soins de longue durée.

Dès qu’il y a beaucoup de personnes infectées, le système devient vite surchargé et il est difficile de joindre tout le monde.

Le travail des équipes épidémiologiques devient très important et s’apparente à celui de l’ingénieux détective Hercule Poirot des romans d’Agatha Christie, toujours à la recherche d’indices, en train de traquer le suspect dans les moindres recoins pour trouver le virus et arrêter la propagation.

Selon la Dre Laura Breeher, directrice médicale en santé et sécurité au travail à la Mayo Clinic, avec la COVID-19, beaucoup considèrent qu’un individu est à risque lorsqu’il a été en contact durant une période de 10 à 15 minutes et à moins de 6 pieds avec une personne infectée. En milieu de soins de santé, la période à risque est réduite à 5 minutes. Les employés de la santé doivent donc être particulièrement sur leurs gardes.

Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association révèle aussi que la charge virale et la transmission du virus sont plus élevées au moment des premiers symptômes de la maladie et peut-être même avant. Avec le temps, il y a diminution du niveau de contagion dans les étapes subséquentes de la maladie. Il y a une diminution graduelle après 10 jours.

Or, des symptômes comme la fièvre, la dyspnée et des signes de pneumonie apparaissent d’ordinaire de cinq à sept jours après un symptôme initial. L’infection serait donc souvent transmise avant la détection de la maladie. Le retraçage de la COVID-19 devient difficile parce que des personnes infectées ne présentent pas toujours de symptômes marquants.

Des applications et des équipes

Pour contrer le virus, des pays sont à déployer des applications sur des cellulaires pour suivre la maladie et avertir de points de contagion. Les applications seront pour la plupart volontaires, mais on envisage déjà des problèmes de fiabilité, de sécurité et de confidentialité. De plus, dans un éditorial de la revue Nature, on évalue à seulement 4 % de chance que l’application soit utilisée par deux personnes au même moment.

Les applications seront déployées sur le terrain, mais elles ne peuvent remplacer les centaines d’équipes épidémiologiques nécessaires pour retracer les contacts. À Wuhan, en Chine, les autorités ont déployé 1800 équipes constituées d’un minimum de cinq personnes pour retracer des milliers de contacts par jour.

De nombreux pays sont à déployer des équipes sur le terrain dans le but de stopper la propagation. Leur nombre est amené à croître dans les prochaines semaines. Il faut recruter des étudiants et toute personne prête à donner un coup de main.

À cause de symptômes non spécifiques et modérés, les patients sont souvent diagnostiqués et hospitalisés à des stades ultérieurs de la maladie lorsqu’en fait la contagion a déjà commencé à diminuer.

Tout un casse-tête pour la Santé publique, il faudra continuer à distancier, à tester massivement, à chercher d’autres façons de trouver des personnes infectées et à retracer les contacts rapidement pour isoler et briser la chaîne de propagation.

Le retraçage nous aidera à bloquer et à stopper le virus, mais ce sera une tâche difficile, une tâche que les équipes sur le terrain devront exécuter avec rigueur, vigilance et persévérance.

Le dernier mot revient à Hercule Poirot, qui nous dit : « C’est leur histoire, laissez-les vous montrer pourquoi et comment tout est arrivé. » Il sait bien, comme toutes les personnes travaillant d’arrache-pied dans les équipes épidémiologiques, que le premier rôle sera plus tard pour eux.