La relève du Québec, en provenance des sciences naturelles, humaines et sociales, propose une réflexion sur les nombreux défis qui attendent la société québécoise pour affronter la crise de la COVID-19 et en sortir. *

Marc-André Anzueto Marc-André Anzueto
Professeur en développement international, Université du Québec en Outaouais

La décision du président des États-Unis, Donald Trump, de suspendre la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) engage à réfléchir sur l’importance de coopérer dans un ordre libéral international qui était déjà fragilisé avant la COVID-19.

Comme l’a souligné dans ce quotidien le professeur Jean-Philippe Thérien, les débats politiques de l’ère post-COVID-19 s’organiseront autour de l’autonomie des États et de la coopération internationale. L’ampleur de nos interdépendances à l’échelle mondiale et de notre dépendance au commerce international, en particulier avec les États-Unis, pousse le Canada et le Québec à favoriser la voie de la coopération internationale.

Conjuguer les valeurs de la coopération internationale aux intérêts nationaux

Dans une lettre adressée le 3 avril dernier à la ministre du Développement international, Karina Gould, plus de 200 représentants du secteur de la coopération internationale ont évoqué avec justesse que « l’isolationnisme prôné par d’autres pays agite le spectre d’un désengagement généralisé envers la coopération et l’aide internationale ». Peu après, le gouvernement du Canada a annoncé un financement de 159,5 millions de dollars pour soutenir les efforts mondiaux dans la lutte contre la pandémie de COVID-19. Néanmoins, il faudra penser à maintenir, voire augmenter cette aide. Celle-ci s’avérera cruciale pour ralentir la propagation du virus chez les populations les plus vulnérables du monde, dont l’impact dévastateur se fait déjà sentir ici et ailleurs.

Du côté de la communauté internationale, une déclaration conjointe de l’Alliance pour le multilatéralisme a réitéré le besoin « d’une coopération et d’une solidarité mondiales sans faille pour lutter contre la COVID-19 ».

Cette coalition franco-allemande, à laquelle s’est joint le Canada en 2019, vise à préserver l’ordre international libéral sans les États-Unis.

Des défis de nature sanitaire, financière, économique, de prévention et de désinformation ont été évoqués par les pays signataires qui s’engagent à soutenir, entre autres, l’OMS dans cette gestion de crise. Cet effort multilatéral a pour vocation d’arrimer une feuille de route commune avec le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Accord de Paris.

Réalisme éclairé face à la crise

Face à l’ampleur sans précédent de cette crise, on remarque des similarités avec la voie diplomatique adoptée par le Canada au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dans une récente biographie sur Lester B. Pearson, Jean-François Thibault évoque son « réalisme éclairé » qui conjuguait lucidité politique, pragmatisme et éthique de la responsabilité.

Cette combinaison d’idéalisme et de réalisme est encore hautement pertinente pour orienter la conduite des affaires internationales, notamment dans la promotion de la coopération internationale.

Toutefois, il faut combler le fossé entre la rhétorique et les moyens déployés pour rendre le monde plus juste, durable et sécuritaire. Cet écart est particulièrement visible dans les récents chiffres sur l’aide publique canadienne au développement (APD). En effet, l’APD du Canada, pour l’année 2019, représente 0,27 % de son revenu national brut (RNB). Stephen Brown souligne à ce sujet que les principaux rivaux du Canada dans la course au siège du Conseil de sécurité, la Norvège et l’Irlande, ont accordé respectivement 1,02 % et 0,31 % de leurs RNB à l’APD en 2019.

Réévaluer la relation d’interdépendance santé-sécurité-prospérité

Pour reprendre les termes de la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, la Dre Diane Francoeur, « un virus, ça n’a pas d’agenda, pas de frontière ». Jusqu’à présent nos gouvernements ont su faire preuve d’un réalisme éclairé en suivant les consignes de l’OMS et en gérant les relations avec notre voisin du Sud concernant la sortie de crise et la reprise de l’économie.

En dépit d’une volonté d’autonomie nationale, n’oublions pas notre dépendance à la main-d’œuvre étrangère, particulièrement importante dans le secteur agroalimentaire. À titre d’exemple, les travailleurs étrangers temporaires qui viennent planter et récolter nos fruits et légumes proviennent majoritairement du Mexique et de l’Amérique centrale, des régions particulièrement vulnérables aux effets de la pandémie. Notre santé et bien-être ne peuvent prospérer au détriment de leurs droits et de leur dignité. Si nos décideurs politiques souhaitent s’engager sérieusement sur le terrain de la coopération internationale dans l’ère post-COVID-19, nous devons repenser le triptyque santé-sécurité-prospérité au Canada et au Québec.

* Ce dossier est coordonné par Catherine Girard, Isabelle Laforest-Lapointe et Félix Mathieu, respectivement de l’Université Laval, de l’Université de Sherbrooke et de l’Université du Québec à Montréal.