Comme nombre de Québécois, je me suis fait un devoir d’écouter notre premier ministre François Legault faire le point quasi quotidiennement sur la terrible période que nous traversons dans l’incertitude et, pour plusieurs, dans une profonde douleur.

Claude Castonguay Claude Castonguay
Collaboration spéciale

Malgré la masse d’information qui circule, le caractère inédit, sournois et invasif de la COVID-19 fait en sorte que nous en savons encore très peu sur ce nouveau virus. Toutefois, dans la mesure du possible, nous avons été bien renseignés sur les mesures prises par le gouvernement pour contrôler la situation. Par contre, nous sommes restés sur notre appétit quant aux résultats obtenus par rapport aux cibles retenues et aux résultats de nos voisins.

Une foule de questions demeurent sans réponse. Parmi elles, il en est une qui m’intrigue de façon particulière. Comment expliquer que le nombre de décès causés par le coronavirus demeure si élevé au Québec par rapport à l’Ontario, soit au 11 mai 3013 contre 1669 ? D’autant plus que la population de cette dernière est beaucoup plus nombreuse. Elle comptait en effet 14,6 millions d’habitants en 2019 par rapport aux 8,5 millions au Québec, soit un imposant écart de 71,7 %.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

« C’est cette déplorable situation qui dure depuis longtemps dans les CHSLD que la COVID-19 vient de mettre subitement en pleine lumière », écrit l'auteur.

En fait, logiquement, nous aurions dû constater une incidence des décès beaucoup plus élevée en Ontario puisque leur gouvernement a été lent avant d’agir. Compte tenu également des échanges quotidiens très élevés, avec les risques que cela comporte, entre l’Ontario et les États-Unis, notamment entre Windsor et Detroit.

De plus, les conditions de vie dans les deux provinces étant grosso modo similaires, chacune ayant une grande métropole et le contrôle des frontières étant exercé par la même autorité fédérale, rien sur ce plan ne peut expliquer l’écart si élevé du nombre de décès entre les deux provinces. Enfin, les différences entre les méthodes utilisées pour établir le nombre des décès peuvent possiblement expliquer une partie de l’écart, mais certainement pas sa totalité.

La différence entre les décès en Ontario et le Québec trouve donc son explication sur un autre plan, soit sur celui des milieux de vie.

Le premier ministre a d’ailleurs insisté à plusieurs reprises, dans ses rapports quotidiens, sur la grande concentration des décès dans les CHSLD. En fait, les décès dans ces établissements ont compté pour plus de 90 % de l’ensemble des décès. En outre, on doit constater que l’incidence des décès est beaucoup plus élevée dans le Grand Montréal et ses environs que dans le reste du Québec. Une incidence des décès de 800 par 100 000 habitants à Montréal par rapport à quelque 200 décès par 100 000 dans le reste du Québec.

C’est cette déplorable situation qui dure depuis longtemps dans les CHSLD que la COVID-19 vient de mettre subitement en pleine lumière. D’une part, le fait que le Québec compte trois fois plus de CHSLD et de résidences pour personnes âgées que l’Ontario, bien que sa population soit 65 % moins nombreuse. D’autre part, le fait que le taux de mortalité dû au coronavirus soit plus élevé au Québec qu’en Ontario, soit 74 % contre 41 %. Voilà d’où provient la terrible crise au Québec créée par la pandémie du coronavirus.

La façon dont nous traitons les personnes les plus vulnérables et dépendantes constitue un véritable scandale.

Le mot n’est pas trop fort, car c'est notre culture, notre façon de nous comporter envers ces personnes qui est à la base de ce honteux gâchis.

Avant de continuer, il m’apparaît nécessaire de dissiper une fausse impression, celle que la crise est purement montréalaise. Alors que le traitement de nos personnes âgées et des plus vulnérables constitue un choix de l’ensemble de la société québécoise. D’ailleurs, n’eût été la pandémie, le Québec aurait poursuivi dans la construction d’un plus grand nombre encore de CHSLD.

En définitive, le Québec se trouve devant une absence de politique à l’endroit des plus vulnérables chez les personnes âgées, une absence qui s’ajoute à celle de la protection de l’enfance et de la jeunesse mise à jour par le décès de la fillette de Granby.

Aussi, dès que le déconfinement et la reprise de l’économie seront enclenchés, la priorité va devoir être accordée à l’adoption d’un programme d’action sur le recentrage et l’assainissement des CHSLD et le maintien à domicile. Les Québécois n’accepteront pas que la question soit renvoyée une fois de plus aux oubliettes.