Contrairement à la très grande majorité des pays, nous avons la chance d’avoir des autorités qui cherchent à aider à tous les ordres : fédéral, provincial, régional et municipal. Leurs moyens d’aide vont nous épargner des souffrances qui affecteraient des générations. Nous pouvons donc en être reconnaissants. 

Jean Routier Jean Routier
Sociologue et consultant en gestion et communication

Malgré les bonnes intentions, une telle crise met en péril nos institutions démocratiques. Mes connaissances et mon expérience de 50 ans comme sociologue et consultant en gestion et communication me motivent profondément à participer avec l’analyse institutionnelle suivante : 

1. Pour que le gouvernement soit légitimé à gérer la crise, il fallait constituer un cabinet de crise avec les chefs des trois autres partis, chacun d’eux devant organiser une consultation régulière des élus de son parti. De cette façon seulement nous pouvions respecter le choix de tous les électeurs québécois et conserver notre démocratie représentative. Car le parti au gouvernement n’a en aucune façon été élu pour gérer seul une crise de cette ampleur et de cette durée, avec des décisions qui contrôlent toute la vie sociétale et toutes les ressources économiques. Si, en plus, le gouvernement contrôle toute la vie politique, alors notre démocratie s’évapore et nous nous retrouvons avec une dictature de l’exécutif.

Sans le législatif, le gouvernement ne peut reconduire sans cesse « l’état d’urgence ». Il faut donc constituer dès maintenant ce cabinet de crise qui, lui, sera légitimé de reconduire « l’état d’urgence ». Il en va de même aux autres paliers d’autorité.

2. La Direction générale de santé publique n’a et n’aura jamais une légitimité, même au nom de l’expertise médicale, à prendre des décisions sociétales. Les membres de cette direction n’ont jamais été élus ni engagés pour prendre de telles décisions. Elle est légitimée à exercer un rôle de consultant pour l’État. Elle doit donc se comporter comme un consultant pour le cabinet de crise (à mettre en place).

3. Le cabinet de crise ne peut bien fonctionner par des communications électroniques. Il doit être réuni physiquement, en respectant les mesures de protection, comme cela se passe entre le premier ministre et les ministres. Ce cabinet de crise doit être présent aux yeux de la population, lors des conférences de presse, lesquelles doivent être beaucoup plus explicites et très améliorées, afin que tous les citoyens soient en mesure de bien comprendre les problèmes, leur analyse et les solutions. Pour cela, il faut faire voir avec des images, des schémas, etc.

4. Le cabinet de crise doit tenir des réunions avec les autorités régionales et municipales et avec des délégués des organismes qui jouent un rôle sectoriel important dans la société, afin de garantir une identification des réelles priorités. La tâche est si colossale qu’il faut la contribution de toutes les compétences de notre société. Déjà, quelques grosses bêtises ont été faites et une autre, peut-être plus importante, est en route avec une opération précipitée de déconfinement sans un véritable plan.

5. Il faut retrouver ce qu’est réellement une priorité. Pendant un demi-siècle, des milliers de gestionnaires au Québec et au Canada ont été formés pour déterminer parmi toutes leurs activités, les 20 % à haut rendement, c’est-à-dire les activités procurant 80 % des résultats et à leur consacrer jusqu’à 50 % de leur temps, quitte à négliger les 80 % à bas rendement, puisque ces activités ne procurent que 20 % des résultats. Cette formation aux réelles priorités utilisait les connaissances les plus avancées des sciences sociales. Quand les informaticiens, qui n’y connaissent rien, ont convaincu les gestionnaires de gérer avec des ordinateurs, ce savoir et ce savoir-faire s’est évaporé. Quand une personne parle de priorité maintenant, elle parle de ce qui compte le plus à ses yeux et cela n’a rien à voir avec le haut rendement. Son plan n’est qu’un calendrier d’activités.

6. La meilleure méthode de planification, appliquée avec les plus grands succès, est la planification stratégique participative (la PSP), où l’ensemble du personnel d’une organisation ou d’une entreprise participe à la définition des buts jusqu’à l’identification des priorités et ensuite à la gestion coordonnée de 50 % du temps de tout un chacun à ces priorités. Voilà le joyau que nous commencions à bien implanter partout et qui a été abandonné pour un mirage technique. Alors on gaspille des milliards de dollars sur des activités à bas rendement en espérant illusoirement obtenir des résultats. Le plus bel exemple est notre système de santé qui bouffe plus de la moitié du budget national et qui en demande toujours plus, pour de moins en moins de résultats et pour l’horreur des CHSLD. Ne nous leurrons pas, la gestion de la crise présente et de ses effets en cascade aura la même issue, si on ne revient pas au joyau délaissé.

7. On pourrait en venir, par exemple, à : 

– construire une démocratie plus participative ;

– redéfinir le processus de distribution des produits et services à travers le Québec et le Canada ;

– une sorte de Peace Corps avec les jeunes pour l’agriculture : des semis à la récolte et de l’emballage à la distribution à travers le Québec ;

– préparer l’autosuffisance agroalimentaire du Québec pour le XXIe siècle ;

– revoir la formation des soignants et le système hospitalier et des cliniques ;

– préparer l’autosuffisance pharmaceutique du Québec pour le XXIe siècle ;

– s’affranchir au plus tôt de notre dépendance envers la Chine et se réaligner vers une mondialisation réduite, car les leçons de l’histoire sont claires : ne jamais dépendre d’un pays non démocratique pour répondre à nos besoins et résister aux mondialisations qui correspondent à des pouvoirs voulant dominer le monde à leurs fins.

En terminant, une demande spéciale à nos médias qui ajoutent, inconsciemment, une misère au sein du confinement. La radio et la télé surtout consacrent la presque totalité des informations à la pandémie, avec une répétition obsessionnelle des mots « la pandémie de COVID-19, la pandémie de coronavirus ». S.V.P., limitez-vous à : « pandémie ou virus » et seulement quand c’est indispensable. Car une répétition jusqu’à des milliers de fois par jour ne peut qu’affecter le psychisme des gens. Cette façon de faire est connue en torture : enfermez quelqu’un, répétez-lui sans cesse les mêmes mots et constatez, après des semaines et des mois, les ravages de son psychisme. Il faudrait aussi cesser d’en rajouter tous les soirs avec des films de violence et de misères diverses. C’est le temps des beaux films et belles séries où l’on met en scène bons sentiments, belles relations d’amour, d’affection, d’amitié, d’entraide.